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Le jury au procès de Magnotta avait trois questions pour le psychiatre Watts

20/11/2014 01:52 EST | Actualisé 20/01/2015 05:12 EST

MONTRÉAL - Les jurés au procès pour meurtre de Luka Rocco Magnotta ont voulu pour la première fois interroger un témoin, jeudi, au 33e jour d'audiences.

Le juge Guy Cournoyer a lu trois questions adressées par le jury au psychiatre Joel Watts, témoin expert appelé à la barre par la défense pour démontrer que Magnotta ne peut être tenu criminellement responsable du meurtre et du démembrement de l'étudiant chinois Jun Lin en mai 2012.

Les jurés voulaient notamment savoir du docteur Watts, qui en était à sa cinquième journée à la barre, quels effets pourrait avoir le mélange d'alcool, du somnifère témazépam et de l'antihistaminique Benadryl sur une personne souffrant de psychose paranoïde. Le docteur Watts a estimé que ce cocktail n'avait pas nécessairement d'influence directe sur les symptômes ou les hallucinations d'un psychotique.

Le jury avait déjà appris d'un autre témoin que des traces de ces médicaments ont été retrouvées dans l'organisme de Jun Lin.

Magnotta n'a pas dit au psychiatre qu'il avait pris du Benadryl le soir du meurtre, mais que lui et la victime avaient effectivement consommé de l'alcool et pris des comprimés de somnifère témazépam. «Ces deux médicaments et l'alcool n'ont pas nécessairement pour effet d'aggraver ou d'atténuer la psychose — ils n'ont pas d'impact direct sur les symptômes (de la maladie)», a estimé le docteur Watts. Il a toutefois précisé que ces deux médicaments peuvent provoquer chez l'utilisateur de la somnolence ou réduire l'anxiété.

Le psychiatre a ensuite confirmé aux jurés que l'hospitalisation de Magnotta à Miami, en 2011, avait pu, il est vrai, être liée en partie au fait que l'accusé avait alors cessé de prendre ses antipsychotiques. «Le fait qu'il ait cessé de prendre ses médicaments de façon régulière a assurément eu un impact sur l'aggravation de ses symptômes, de sa psychose», a-t-il estimé.

Les membres du jury voulaient enfin savoir jusqu'à quel point les réponses données par Magnotta au psychiatre auraient pu être influencées par ce que son avocat, Luc Leclair, lui avait confié de l'affaire. Le docteur Watts avait en effet indiqué plus tôt cette semaine dans son témoignage que Magnotta admettait lui-même avoir parfois de la difficulté à départager ses souvenirs des informations divulguées par son avocat.

Le psychiatre a répondu jeudi que si certains passages de ce que Magnotta lui avait raconté ont pu être influencés par les propos de son avocat, les souvenirs d'épisodes psychotiques de l'accusé, eux, n'appartiennent qu'à lui seul. «Je ne crois pas que ce qu'il me racontait de ses expériences psychotiques aurait pu être en soi déformé, parce que ces témoignages ne pouvaient venir que de lui», a soutenu le psychiatre. «Lui seul pouvait se souvenir de ces choses.»

Et le docteur Watts a encore une fois répété que selon lui, ces symptômes de psychose n'ont pas été fabriqués de toutes pièces par l'accusé.

Magnotta, âgé de 32 ans, a plaidé non coupable à l'accusation de meurtre prémédité, même s'il a reconnu les faits. La défense a fait témoigner deux psychiatres, dont le docteur Watts, pour démontrer que Magnotta se trouvait en état de psychose lié à sa schizophrénie lorsqu'il a tué et démembré sa victime, et qu'il ne pouvait faire la différence entre le bien et le mal.

La Couronne, elle, plaide que les gestes de l'accusé ont été planifiés et délibérés, et que Magnotta devrait être reconnu criminellement responsable du meurtre prémédité et du démembrement de Jun Lin.

Outre ces deux accusations, Magnotta, originaire de Scarborough, en Ontario, est aussi accusé de production et distribution de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène et de harcèlement criminel (du premier ministre Harper et d'autres députés fédéraux non identifiés).

Le procès entreprendra lundi prochain sa neuvième semaine d'audiences, alors qu'on estimait au départ qu'il pourrait durer de six à huit semaines. Lundi dernier, le juge Cournoyer disait espérer que les jurés puissent amorcer leurs délibérations pendant la première semaine de décembre.

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