NOUVELLES

Magnotta a-t-il fait la promotion de sa vidéo sur internet avant le meurtre ?

19/11/2014 02:02 EST | Actualisé 19/01/2015 05:12 EST

MONTRÉAL - Un des deux psychiatres qui témoignent pour la défense au procès de Luka Rocco Magnotta avait discuté avec l'accusé de présumés messages publiés en ligne et faisant la promotion d'une vidéo sur le décès de Jun Lin, avant même que le meurtre ne soit commis.

Toujours contre-interrogé par la Couronne, mercredi, le docteur Joel Watts a soutenu qu'il avait questionné Magnotta sur ces présumés messages, et que l'accusé lui avait répondu qu'il ne se souvenait pas les avoir publiés, et qu'il espérait ne pas l'avoir fait.

«J'ai tenté d'en tirer un sens, j'espère que ce n'était pas moi, je ne me souviens pas d'avoir fait ça, je me sens bizarre», aurait dit Magnotta à M. Watts.

Le psychiatre a expliqué qu'il ne se rappelait plus qui lui avait parlé de ces messages, ou si cette information faisait partie de la preuve au dossier. Il avait estimé à l'époque qu'il était pertinent d'aborder cette question avec l'accusé.

Magnotta, âgé de 32 ans, a plaidé non coupable à l'accusation de meurtre prémédité de l'étudiant Jun Lin en mai 2012, même s'il a reconnu les faits. La défense fait témoigner deux psychiatres, dont le docteur Watts, pour démontrer que Magnotta était dans un état de psychose lié à sa schizophrénie lorsqu'il a tué et démembré sa victime, et qu'il ne pouvait faire la différence entre le bien et le mal.

La Couronne, elle, plaide que les gestes ont été planifiés et délibérés, et que Magnotta devrait être reconnu criminellement responsable du meurtre prémédité et du démembrement de Jun Lin.

Mémoire sélective

Le docteur Watts a par ailleurs estimé, mercredi, que la mémoire de Magnotta est sélective. «Lorsqu'il dit qu'il ne se souvient pas, il pourrait, selon moi, se souvenir s'il y mettait un peu d'effort. Mais d'autre part, je reconnais que ses pertes de mémoire peuvent être en partie attribuables au fait qu'il ne veut pas accéder à ces souvenirs, pour ce qu'ils représentent et pour la douleur qu'ils causeraient», a soutenu le psychiatre.

M. Watts a spécifié que les blancs de mémoires entre le 24 et le 26 mai 2012 ne devraient pas servir à conclure que Magnotta faisait de la simulation, c'est à dire qu'il exagérait ou faisait semblant d'avoir des symptômes psychotiques, ce que suggère la Couronne, qui croit que Magnotta pourrait avoir fait semblant d'être schizophrène pour éviter les accusations auxquelles il fait face. Le docteur Watts lui-même, au départ, pensait que Magnotta jouait la comédie avant de connaître son historique psychiatrique.

«Ne pas être capable de se souvenir ne signifie pas que quelqu'un simule», a fait valoir le docteur, ajoutant qu'il est fréquent qu'une personne ne se souvienne pas d'un événement aussi troublant.

Le docteur Watts a aussi demandé à Magnotta s'il avait lui-même choisi le titre à donner à la vidéo sur le démembrement de Jun Lin, «One Lunatic, One Ice Pick» (Un fou, un pic à glace). L'accusé lui aurait répondu qu'il ne se souvenait pas, mais a admis qu'il fréquentait des sites internet «gore».

«Peut-être que j'ai vu trop de films, peut-être que je voulais faire peur au monde — je ne sais même pas (si j'ai publié en ligne cette vidéo)», a-t-il répondu, selon le psychiatre.

Magnotta, originaire de Scarborough, en Ontario, est aussi accusé de production et distribution de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène, et de harcèlement criminel (du premier ministre Harper et d'autres députés fédéraux non identifiés).

PLUS:pc