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Le psychiatre de la défense est contre-interrogé au procès de Magnotta

18/11/2014 02:16 EST | Actualisé 18/01/2015 05:12 EST

MONTRÉAL - Un des deux psychiatres qui témoignent pour la défense au procès de Luka Rocco Magnotta a admis, mardi, qu'il n'avait pu rencontrer deux personnes qui auraient joué un rôle majeur dans l'existence de l'accusé — en fait, il n'est même pas sûr qu'elles existent vraiment.

En contre-interrogatoire, mardi, le docteur Joel Watts a indiqué au procureur de la Couronne, Louis Bouthillier, qu'il aurait bien voulu rencontrer ces deux personnes dont Magnotta lui avait souvent parlé, mais qu'il n'avait pu obtenir leurs coordonnées.

Magnotta, âgé de 32 ans, a plaidé non coupable à l'accusation de meurtre prémédité de l'étudiant Jun Lin en mai 2012, même s'il a reconnu les faits. La défense fait témoigner deux psychiatres, dont le docteur Watts, pour démontrer que Magnotta était dans un état de psychose lié à sa schizophrénie lorsqu'il a tué et démembré sa victime, et qu'il ne pouvait faire la différence entre le bien et le mal. La Couronne, elle, plaide que les gestes ont été planifiés et délibérés.

L'une de ces «personnes influentes» dans la vie de Magnotta est une femme prénommée Rebecca dont il avait hébergé le python, un serpent qui a été le triste «acteur» d'une vidéo publiée en ligne et dans laquelle des chats sont tués. La deuxième «personne d'influence» est le fameux Manny, un Américain que Magnotta aurait rencontré en 2010 et qui lui aurait fait subir des sévices, soutient l'accusé.

Selon la version du meurtre racontée par Magnotta au psychiatre Watts, le Manny en question aurait laissé entendre que Jun Lin était un agent du gouvernement qui avait pour mission de l'éliminer. Magnotta aurait ensuite entendu d'autres voix lui dire de tuer l'étudiant chinois.

Le docteur Watts a déjà indiqué que Manny pouvait bel et bien exister, mais que sa présence a pu être altérée dans les hallucinations de Magnotta. Quant à Rebecca, le psychiatre a admis qu'il ne pouvait dire si elle existe vraiment, et Magnotta disait qu'il ignorait même son nom de famille.

Contradictions

La Couronne a par ailleurs soulevé mardi que la version des événements donnée par Magnotta au docteur Watts ne coïncidait pas toujours avec les images captées par les caméras de surveillance dans l'immeuble. Ainsi, Magnotta ne peut dire avec certitude à quelle heure Jun Lin a été tué. Le docteur Watts a cependant mis en garde les jurés contre la tentation de comparer les souvenirs de Magnotta avec les preuves matérielles des vidéos, car la mémoire des personnes psychotiques est souvent distordue.

Magnotta a aussi dit au psychiatre qu'il ne sait parfois plus si ce dont il se souvient est le fruit des événements réels ou celui de la vidéo du meurtre, que son avocat lui a déjà montrée.

Lors de son contre-interrogatoire, mardi, la Couronne a bombardé de questions le docteur Watts sur des détails que Magnotta aurait pu lui révéler — ou pas — relativement au meurtre. Ainsi, on a appris que le docteur Watts n'avait pas demandé à l'accusé pourquoi il a intentionnellement abîmé la valise contenant le tronc de la victime afin de lui enlever son aspect de neuf, selon la Couronne, parce que ce détail a échappé au psychiatre.

Le témoin expert de la défense a aussi indiqué que Magnotta n'avait pu dire pourquoi il avait jeté aux ordures la caméra vidéo qui avait servi à filmer le meurtre de Jun Lin et un mystérieux jeune venu la semaine précédente dans son petit meublé de Côte-des-Neiges. L'accusé a aussi dit au psychiatre ne pas se souvenir d'une vidéo où on le voit approcher une scie électrique du visage de ce jeune homme.

Magnotta est accusé de meurtre prémédité, d'outrage à un cadavre, de production et distribution de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène, et de harcèlement criminel (du premier ministre Harper et d'autres députés fédéraux non identifiés).

Le docteur Watts reviendra à la barre mercredi.

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