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Groupe TVA achète 15 magazines de Transcontinental pour 55,5 millions $

17/11/2014 08:31 EST | Actualisé 17/01/2015 05:12 EST

MONTRÉAL - L'inquiétude est vive et touche des questions multiples à la suite de l'annonce, lundi, de l'acquisition par Groupe TVA (TSX:TVA.B) de 15 magazines appartenant à TC Transcontinental (TSX:TCL.A) pour une somme en espèces de 55,5 millions $, transaction qui reste toutefois à être approuvée par le Bureau de la concurrence.

En vertu de l'entente, Groupe TVA deviendrait le propriétaire exclusif de 11 des titres acquis, dont Coup de pouce, Véro Magazine, Décormag et The Hockey News.

Les inquiétudes vont de questions aussi larges que la concentration de la presse aux conditions de travail des employés et même à la fermeture pure et simple de certains magazines.

Le secrétaire général du Centre d'études sur les médias, Daniel Giroux, rappelle que le lectorat et les revenus de toute l'industrie des magazines sont en fort recul au profit des plateformes numériques.

«C'est dans un contexte d'économies qu'il faut situer la transaction et manifestement, probablement qu'on va faire disparaître des titres. Il y a des titres qui sont en concurrence les uns avec les autres et Québecor voudra probablement rationaliser tout ça», a dit M. Giroux.

Le Centre d'études sur les médias est un organisme sans but lucratif qui compte trois partenaires universitaires: l'Université Laval, l'UQAM et HEC Montréal.

Le vice-président aux affaires publiques de Québecor, Martin Tremblay, assure au contraire que le géant médiatique a l'intention de conserver tous les titres.

«Ce que je peux vous garantir, c'est que l'on croit à chacune de ces marques-là, que l'on veut investir dans les contenus de chacune de ces marques, qu'on croit avoir la capacité avec Groupe TVA Publications de les faire voyager sur différentes plateformes. Nous croyons dans le contenu et notre stratégie est conçue pour avoir une viabilité à long terme», a-t-il dit.

M. Tremblay fait valoir que ces titres n'ont présentement qu'un nombre restreint de canaux de livraison, contrairement à Québecor qui, détenteur de multiples plateformes, a besoin de davantage de contenu.

Inquiétudes chez les pigistes

M. Tremblay se veut d'ailleurs rassurant pour les rédacteurs qui oeuvrent dans ces magazines.

«L'objectif est de conserver un maximum d'artisans pour arriver à produire le contenu. (...) Ces contenus sont des contenus stratégiques, importants pour nous, que l'on souhaite développer et déployer sur différentes plateformes et je pense qu'il s'agit d'une excellente nouvelle pour les artisans de ces magazines», a-t-il dit.

L'Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), qui regroupe les journalistes pigistes, semble toutefois moins inquiète d'une fermeture éventuelle de certains magazines que de voir les conditions de ses membres se détériorer.

L'AJIQ, qui avait réussi après de longues et difficiles négociations à obtenir un contrat qu'elle juge satisfaisant pour les pigistes de Transcontinental, a qualifié la transaction de «dur coup» et reproche à Groupe TVA d'offrir «le pire contrat du milieu».

«Dire que l'AJIQ était parvenue à négocier avec TC Média pour des contrats qui respectaient mieux les pigistes en 2012. Si elle se réalise, cette transaction sera très mauvaise pour les pigistes», peut-on lire sur le compte Twitter de l'association, qui dit espérer que le contrat conclu avec TC Transcontinental sera honoré.

Encore la concentration

Une autre préoccupation, qui refait surface à chacune de ces transactions, n'a pas tardé à se pointer le bout du nez.

«Si on regarde au plan de la diversité des sources d'information pour les citoyens, voici encore un nouveau monopole qui vient accroître le phénomène de la concentration de la presse. En termes de propriété des organes d'information, c'est un accroissement», a déploré le directeur du programme de journalisme de l'Université de Montréal, Robert Maltais.

«On souhaite que le Bureau de la concurrence mette, sinon un frein complet, à tout le moins des balises là-dessus», a déclaré l'universitaire en appelant la communauté à agir pour contrer le phénomène une fois pour toutes.

«Les citoyens et la communauté journalistique devraient encore une fois faire pression sur notre chère Assemblée nationale pour, justement, réfléchir sur une législation antitrust. Il n'y en a pas et même que c'en est gênant; le Québec est une terre où il y a un des taux de concentration de la presse les plus élevés en Occident», a-t-il dit.

Dans le détail, l'entente prévoit que Groupe TVA sera propriétaire exclusif — outre Coup de pouce, Véro Magazine, Décormag et The Hockey News — de Canadian Living, Style at Home, Fleurs Plantes Jardins, Canadian Gardening, Québec Vert, MaisonNeuves.com, Condo Maison Direct et les sites Internet recettes.qc.ca, Quoi manger et On the table.

Groupe TVA détiendra également une participation effective de 51 pour cent dans l'entreprise Les Publications Transcontinental-Hearst, qui exploite les magazines Elle Canada et Elle Québec en partenariat avec Groupe Hearst qui en détient 49 pour cent des parts.

De plus, Groupe TVA et Groupe Bayard détiendront mutuellement 50 pour cent des parts des Publications Senior, qui publient les magazines Le Bel Âge et Good Times.

La transaction inclut également l'impression de ces magazines par TC Imprimeries Transcontinental et le prolongement jusqu'en 2022 du contrat d'impression de certaines des publications de Groupe TVA signé en 2013.

Groupe TVA est une entreprise de communication intégrée active dans la création, la production, la diffusion et la distribution de produits audiovisuels ainsi que dans l'édition de magazines.

Transcontinental compte plus de 9000 employés au Canada et aux États-Unis, et ses revenus ont été de 2,1 milliards $ CAN en 2013.

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