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La reconstruction après la Grande Guerre a nécessité de grands efforts

15/11/2014 11:02 EST | Actualisé 15/01/2015 05:12 EST

YPRES, Belgique - La Première Guerre mondiale a semé la destruction en Europe, transformant des villes et des villages en champ de ruines, bouleversant le paysage rural. La reconstruction s'est poursuivie pendant plusieurs générations.

A Ypres, dans l'ouest de la Belgique, nombreux sont les visiteurs qui viennent admirer les Halles aux draps dominant la Grand-Place. Plusieurs ignorent que cet immeuble, exemple magnifique de l'architecture du XIIIe siècle, n'est pas plus vieux que l'Édifice du centre du Parlement d'Ottawa.

Le 22 novembre 1914, des obus allemands ont touché les Halles. Des échafaudages en bois érigés pour réparer des dégâts causés par de précédents bombardements se sont enflammés. Les flammes se sont propagées aux étages supérieurs de l'immeuble. Le bâtiment a été entièrement détruit.

Les Allemands se sont acharnés sur la ville mais n'ont jamais pu s'en emparer. Les soldats canadiens, qui ont connu leur baptême du feu pendant la Seconde bataille d'Ypres, en avril 1915, ont pu observer la destruction graduelle de cet ancien centre textile.

En novembre 1918, à l'Armistice, la vénérable cité et ses édifices médiévaux avaient été complètement rasés.

La reconstruction a nécessité des décennies d'efforts. Les Halles n'ont été complétées qu'en 1967. Et si Winston Churchill, alors ministre britannique de la Guerre, avait pesé sur la décision, Ypres n'aurait jamais été reconstruite, ses ruines servant de monuments commémorant la mémoire des centaines de milliers de soldats alliés qui y ont péri au cours des plus de quatre années de combats. «J'aimerais volontiers acquérir les ruines d'Ypres, a-t-il écrit en 1919. Pour le peuple britannique, il n'existe pas de lieu plus saint au monde.»

Deux groupes de citoyens d'Ypres ont proposé des projets de reconstruction diamétralement différents. Le premier voulait construire une nouvelle cité s'inspirant de l'architecture en vogue dans les années 1920 et l'art déco. Le second, lui, préférait que l'on reconstruise à l'identique le vieux centre-ville d'Ypres. Le gouvernement belge donna raison au deuxième groupe. Les réparations allemandes et des dons venant de toutes les parties du monde ont servi à payer la reconstruction.

Certains villages français et belges détruits par des années de bombardements, comme Bézonvaux, dans la région de Verdun, n'ont jamais été reconstruits. Il ne reste d'eux qu'un simple panneau indiquant leur emplacement et rappelant leur tragédie.

Saint-Quentin et l'art déco

La ville de Saint-Quentin, en Picardie, est une des municipalités ayant le plus souffert de la Grande Guerre. Quelque 70 pour cent des bâtiments ont été détruits. La ville a été refaite à neuf, les édiles favorisant une architecture à l'art déco. Les immeubles de la ville s'égayèrent de mosaïques colorées, de frises florales, de fer forgé.

L'art déco attira les touristes. Encore aujourd'hui, l'architecture de la ville est un des principaux outils de marketing de l'Office du tourisme.

Le centre-ville, notamment la basilique, dont le clocher a servi de poste d'observation pour l'artillerie allemande, a subi les dégâts les plus importants, rappelle Frédéric Buron, de l'Office du tourisme de Saint-Quentin.

«La structure en bois de la basilique date du XVIIe siècle. Elle a été incendiée le 15 août 1917 lorsque l'artillerie alliée a pris son clocher comme cible. Le toit a été détruit. Sans sa protection, l'intérieur du bâtiment s'est effondré à la suite des rudes conditions hivernales, raconte-t-il. Plusieurs vitraux ont éclaté et la crypte accueillant la sépulture de Saint Quentin, le martyr romain qui a donné le nom à la ville, s'est retrouvée à ciel ouvert. Une nouvelle crypte a dû être construite et le sarcophage contenant les restes du saint y a été transféré.»

La majorité des 55 000 habitants avaient fui la ville avant que les Allemands ne s'en emparent en 1914 ou lors de l'évacuation massive de mars 1917. Saint-Quentin a été transformée en bastion, faisant partie de la ligne Hindenburg, un vaste système de défenses et de fortifications au nord-est de la France pendant la Première Guerre mondiale construit par les forces armées allemandes.

«A la fin de la guerre, les citadins sont revenus dans une ville en ruines, souligne M. Buron. Des abris temporaires ont été installés et le formidable défi de reconstruire la ville a commencé.»

La première étape a été consacrée aux routes, aux canaux et aux chemins de fer. Les autorités municipales ont eu fort à faire pour réétablir la base industrielle de la ville qui avait été systématiquement démantelée par les Allemands. Il a fallu attendre la fin des années 1930 pour égaler les conditions de vie de l'avant-guerre.

Les tuyaux de l'orgue de la basilique ont été volés par les Allemands avant d'être fondus pour fabriquer des armes et des munitions. Ils ont été remplacés, ainsi que les vitraux, au cours de la reconstruction.

La reconstruction a été fertile en utiles leçons, soutient M. Buron. «Quand la Deuxième Guerre mondiale a été déclenchée en septembre 1939, nous avons dû renverser le processus et entreposer nos plus précieux artefacts afin d'éviter qu'ils soient détruits.»

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