DIVERTISSEMENT

«Chien» : Mike Ward jappe et mord (PHOTOS)

14/11/2014 05:28 EST | Actualisé 14/11/2014 05:33 EST
David Kirouac

Mike Ward, on le sait, n’a jamais été un «bon chien-chien». Il n’a rien d’un Saint-Bernard bavant, d’un caniche agaçant ou d’un quelconque toutou obéissant. Il est plutôt le genre de bête qui nous effraie autant qu’elle nous fascine, avec ses crocs aiguisés et son regard toujours un peu menaçant, dont les réactions sont impossibles à anticiper… mais qu’on a néanmoins le goût d’approcher, parce que le danger a quelque chose d’excitant.

Ainsi, en allant voir un spectacle de Mike Ward, on sait qu’on risque d’avoir les oreilles écorchées, de grimacer, d’être déstabilisés. On devine que ce ne sera ni tendre ni gentil. En ce sens, Chien, son troisième one man show, ne pourrait porter meilleur titre : mordant, méchant, baveux, le plus corrosif de nos humoristes fait plus que jamais honneur à sa réputation. On l’a constaté jeudi, alors qu’il se commettait en première montréalaise au Théâtre St-Denis.

Non, Chien n’est pas pour les cœurs sensibles et les enfants sages. L’enfant terrible des artistes québécois multiplie les blagues de «graine», rit des musulmans, des autistes, des trisomiques et du sida, s’avance même sur le terrain glissant des enfants décédés.

«Je ne sais pas elle est où, la ligne, en humour», admet-il, sans regret apparent, à un certain moment de sa prestation.

Mais ses jappements ne sont pas toujours gratuits. Ils sont drôles et parfaitement tournés. Certains résonnent longtemps dans nos têtes. Car, à travers la vulgarité, il y a une réflexion. Derrière le langage cru se cache un irrésistible conteur et communicateur. Sous la façade du personnage rustre et presque agressif se dissimule visiblement un homme de valeur, capable de soulever les applaudissements lorsqu’il parle d’immigration et de la «peur de perdre notre langue».

Ceci dit, Mike Ward, c’est Mike Ward. Le comique toujours de noir vêtu s’en permet plusieurs très, très salées qui vont très, très loin. On a souvent l’impression qu’il n’y a rien à son épreuve… y compris un gag sur Guy Turcotte, excessivement grinçant, mais bien ciblé. «OK, elle a passé…», a-t-il soupiré jeudi, après avoir balancé la «phrase maudite». Reste à voir combien de temps s’écoulera avant que quelqu’un ne s’en insurge publiquement.

De Claude Dubois à Guy Cloutier

Idée ingénieuse du metteur en scène Daniel Fortin, allié de longue date de Ward, en lever de rideau : le principal intéressé sort d’une cage de verre, laquelle s’élève ensuite et se modifie dans les airs pour se transformer en immense «X», qui servira de décor pendant toute la soirée. Notre Mike n’a pas besoin de plus pour se faire entendre.

Il tire son premier boulet en annonçant qu’après 16 ans de vie de couple, il a envie de quitter sa conjointe pour une fille plus jeune. Une midinette de 24 ans? Non, c’est déjà trop vieux. 32 ans? Aussi bien dire que la fille est déjà morte…

«Je veux devenir le Claude Dubois de ma génération», clame fièrement le futur sugar daddy, avant de se prononcer avec admiration sur les agissements du chanteur. «Il se saoule, il prend son char avec ses enfants… C’est magique!», vante-t-il. Il résume ensuite à sa façon bien à lui, en quelques phrases, les préjugés les plus tenaces qui ont plané sur le couple Claude Dubois – Crystal Miller pendant ses années d’existence. Pas tant pour les atténuer, plutôt pour les accentuer!

Il saute ensuite du coq à l’âne pour nous livrer ses lignes les plus puissantes. Il est question d’alcool («Je ne prends pas mon char quand je suis saoul… parce que je ne le trouve pas») et de la fois où il s’est plongé le membre masculin dans le verre de champagne d’un homme qui reluquait trop sa copine. Il raconte comment ses origines irlandaises l’ont confronté au racisme, lui qui, à sept ans, s’est fait dire de «retourner dans son pays». Ward avait déjà livré une portion de ce matériel dans son Gala Juste pour rire dédié aux anglophones, l’été dernier.

Il soutient avoir un cousin autiste, un autre trisomique, un autre sidatique, ce qui, à son sens, lui donne le droit de dire à peu près tout ce qu’il veut sur les autistes, les trisomiques et les sidatiques. Et il ne s’en prive aucunement, en franchissant très allègrement les frontières du politically correct. Il ne se gêne pas non plus pour tourner en haute dérision les «talents» musicaux d’un sourd. Les vieillards y goûtent également (c’est par eux que passe son souhait de «paix dans le monde» ; il faut l’entendre pour comprendre).

Il parle des homosexuels, mais davantage pour défendre leurs droits que pour les rabaisser. Il écorche solidement Guy Nantel et Sylvain Larocque au passage. Pour se défendre d’être un pédophile, il évoque un autre nom intimement lié à la notion de malaise : Guy Cloutier. «S’il y avait un test de zéro à Guy Cloutier, je serais à moins 400», plaide-t-il.

Limites du bon goût obligent, plusieurs portions des textes de Mike Ward ne peuvent être retranscrites ici. Mais, sur scène, Mike Ward n’en a que faire, du bon goût. Des manifestants se sont même déjà invités à l’un de ses spectacles, d’après ce qu’il relate.

«C’est là que j’ai compris que j’avais réussi, dans la vie», philosophe-t-il sereinement.

Déjanté Daniel Grenier

En première partie, l’ex-Chick’n Swell Daniel Grenier prouve que l’esprit joyeusement absurde de son défunt groupe n’est pas complètement mort, dans un numéro déjanté à outrance, où il délire notamment à propos du chanteur de Kiss, des chats et des hyènes. Un apéritif qui, bien que très différent du style de Mike Ward, s’arrime bien au «plat principal».

«C’est un adulte, c’est ça qui est weird, l’a salué Mike en entrant à son tour, jeudi. On dirait un enfant de huit ans qui fait de la calvitie… »

Mike Ward présentera à nouveau Chien au Théâtre St-Denis vendredi et samedi, puis les 13 et 14 février prochain.

Consultez www.mikeward.ca pour en savoir plus.

Première montréalaise de Mike Ward

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