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« Violence à l'origine »: le nouveau coup de maître de Martin Michaud (ENTREVUE)

11/11/2014 04:46 EST | Actualisé 11/11/2014 04:46 EST
Courtoisie

Meurtres en série, enlèvements, torture, sacrifices et virée dans les égouts occupent les policiers de Montréal, après que la tête d’un haut gradé de la SPVM ait été retrouvée. Afin d’élucider cette enquête complexe, Martin Michaud fait appel au sergent-détective Victor Lessard pour la quatrième fois dans Violence à l’origine.

En 2010, les lecteurs ont fait la connaissance d’un policier du poste de quartier de Notre-Dame-de-Grâce, qui tentait de sortir de l’alcoolisme dans lequel l’avait plongé un drame familial. Près de cinq ans plus tard, l’homme de loi est responsable de la section des crimes majeurs, en santé, mais toujours un peu torturé par la vie.

« Lessard n’est plus le même, affirme Martin Michaud. Il s’est beaucoup affranchi du drame qui a bouleversé sa vie et qui est responsable de la mélancolie qu’il porte en permanence. Cette faille est à l’origine de sa personnalité et de sa vocation. Il a vécu en centres jeunesse et s’est retrouvé à la rue. C’est un homme qui a un bagage que peu de gens ont, et ça le rend profondément humain. En même temps, il n’hésite pas à contourner ce que ses patrons attendent de lui. Il confronte l’autorité, tout en étant hautement moral, juste et intègre. »

De roman en roman, le style de l’auteur prenait lui aussi de nouvelles couleurs. « J’ai écrit Il ne faut pas parler dans l’ascenseur, sans éditeur, au meilleur de mes capacités. Dans La Chorale du Diable, j’ai voulu me prouver que j’étais capable d’écrire une forme sophistiquée. C’est le roman préféré de plusieurs lecteurs, mais si j’avais à en refaire un, ce serait lui. Je considère que j’ai voulu en mettre un peu trop, en termes stylistiques. »

« Dans Je me souviens, j’ai amorcé le cycle dans lequel je suis devenu l’écrivain que je suis aujourd’hui, avec une écriture soignée, précise et dépouillée, 100 % au service de l’intrigue. Après huit romans, dont deux qui n’ont jamais été publiés, le métier rentre. »

Violence à l’origine

Affublé de sa partenaire Jacinthe Taillon, femme bourrue dont les remarques désopilantes viennent habilement désamorcer la tension dramatique tout au long du récit, Victor Lessard est entraîné dans les dédales d’une série de meurtres aux ramifications sans fin. Une histoire qui débute par le chapitre 48, avec certains dialogues qui ne sont pas attribués et des personnages dont le parti prix pour le bien et le mal est entouré d’un épais brouillard.

De toute évidence, Martin Michaud prend plaisir à jouer avec l’esprit des lecteurs et à étudier les mille et une avenues possibles de l’enquête, sans jamais perdre le contrôle sur son chaos. Une habileté qu’il a héritée de son ancienne vie, alors qu’il travaillait comme avocat dans le domaine des technologies de l’information.

« Mon cerveau a été entraîné pendant 20 ans à négocier des contrats complexes, où chaque petit détail comptait. Dans un roman policier, si on change une chose, il faut prévoir tous les impacts sur le reste de la machine. C’est comme un gros jeu d’échecs où l’on tente de prévoir deux ou trois coups d’enfance sur le lecteur. »

Alors que les trois précédents Lessard avaient comme toiles de fond les états de conscience altérés, l’existence de Dieu et du Diable et l’assassinat de Kennedy, son nouveau roman fouille la fêlure humaine derrière laquelle se terre une violence indicible.

« J’ai toujours été fasciné par les gens qui ont l’air fondamentalement normaux, mais qui deviennent violents dans certaines circonstances. J’ai beaucoup réfléchi aux pulsions, aux acquis pour vivre en société et à la gestion du conflit entre les deux zones. »

Extrait:

« … il y a surtout cette pièce sombre enfouie au plus profond de chacun de nous, dans les entrailles de notre conscience, l’endroit où nous enfermons à double tour tous ces accommodements, ces mensonges, ces demi-vérités qui nous empêchent d’avancer, qui nous forceraient, pour peu que nous envisagions de les regarder en face, à nous observer tels que nous sommes vraiment. Dans toute la magnificence de notre hideur et de notre pureté. »

Martin Michaud au petit et au grand écran

Entre la publication des troisième et quatrième volets des aventures de Victor Lessard, Martin Michaud a publié trois nouvelles, le court roman S.A.S.H.A. (l’un des morceaux du projet Vol 459) et Sous la surface, brillant roman hors-série sur fond d’élections primaires américaines dont il a cédé les droits d’adaptation cinématographique à une compagnie de production américaine, présentement en attente de financement.

Écrivain sept jours sur sept, de 12 à 18 heures par jour, il travaille aussi à l’élaboration d’une série télé originale, un thriller psychologique campé dans le Québec contemporain, à la création d’un autre roman hors-série et à l’adaptation pour le cinéma des histoires de Victor Lessard. Un personnage qui est loin d’avoir terminé sa vie en romans. « J’ai toujours dit que j’avais du matériel pour écrire cinq histoires avec Lessard, mais avec la façon dont se termine le quatrième, j’ai la certitude de pouvoir en faire plus. »

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