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Magnotta dit avoir été influencé par des voix lorsqu'il a tué Jin Lun

11/11/2014 01:55 EST | Actualisé 11/01/2015 05:12 EST
AP

MONTRÉAL - Luka Rocco Magnotta a dit avoir entendu des voix qui lui avaient ordonné de tuer Jun Lin, parce qu'il croyait être devant un agent du gouvernement canadien ayant pour mission de le tuer, selon le témoignage d'une psychiatre.

Marie-Frédérique Allard poursuivait mardi son témoignage au procès pour meurtre prémédité de Luka Rocco Magnotta.

L'accusé donné sa version des faits plus tôt cette année à une psychiatre qui l'a évalué pour sa responsabilité criminelle. Le rapport de Marie-Frédérique Allard est central à la défense à la lumière des accusations auxquelles fait face Magnotta pour le meurtre de Jun Lin.

"Quelque chose m'a forcé à le faire (...) Ça m'a donné cette force bizarre", avait-il confié à la psychiatre, sur la nuit où il a assassiné et démembré l'étudiant chinois.

Magnotta a admis avoir causé sa mort mais a plaidé non coupable en raison d'aliénation mentale. Mme Allard croit que l'accusé souffrait de schizophrénie et était en état de psychose lorsque cela est arrivé.

La Couronne soutient pour sa part que ses actes étaient délibérés et planifiés.

Alors que la police n'était pas en mesure de déterminer comment les deux hommes se sont rencontrés, Mme Allard a rapporté que Magnotta lui a dit avoir placé une annonce sur le site Craigslist pour se trouver un partenaire d'asservissement. Jun Lin a répondu à l'annonce.

La nuit du meurtre, ils se sont rencontrés brièvement pour la première fois avant de marcher les quelques rues qui les séparaient de l'appartement de Magnotta.

Mme Allard dit que Magnotta lui a raconté avoir bu du vin et eu des relations sexuelles. Magnotta dit avoir été le premier à être attaché mais s'est plaint que son partenaire allait trop vite et lui faisait mal à la tête.

Le jury a ensuite écouté Mme Allard rapporter que l'accusé serait alors devenu très anxieux et a avalé des comprimés pour dormir, et que Jun Lin lui en a aussi demandé.

Après, la psychiatre légiste a témoigné que l'accusé lui a dit avoir vu une voiture noire stationnée à l'extérieur. Il serait alors devenu paranoïaque, craignant un complot du gouvernement impliquant le jeune homme chinois.

Mme Allard rapporte que Magnotta a commencé à entendre des voix qui lui disaient d'attacher l'étudiant et de "le couper". Il est mort après que Magnotta eut tranché sa gorge.

"Jun Lin a été la pauvre victime d'un homme psychotique (...) M. Magnotta a tué celui qu'il croyait être un agent du gouvernement", a déclaré la psychiatre.

Selon le témoignage de Mme Allard, Magnotta aurait ensuite publié la fameuse vidéo pour faire taire les voix, qui lui auraient aussi dit de "redonner (M. Lin) au gouvernement".

Plusieurs parties du corps de la victime ont été envoyées dans des bureaux de partis politiques, à Ottawa.

La shizophrénie de l'accusé l'a souvent amené à divaguer sur le gouvernement et l'espionnage, selon Mme Allard. C'est pour cette raison, selon elle, qu'il a changé d'adresse plusieurs fois et qu'il portait fréquemment des perruques, par exemple.

Lors des rencontres avec la psychiatre, il a aussi parlé d'un courriel envoyé à un tabloïd britannique prédisant la mort d'un être humain et lui a expliqué que c'était seulement une menace à un journaliste qui l'avait embusqué.

La Couronne soutient que cet envoi au London Sun suggère que Magnotta planifiait un meurtre jusqu'à six mois avant l'assassinat de Jun Lin en mai 2012.

Mais la psychiatre, témoin de la défense, a déclaré qu'il tentait seulement d'intimider le journaliste Alex West, qui l'avait interviewé dans un hôtel de Londres quelques jours auparavant au sujet de vidéos montrant des chats se faire tuer.

Magnotta avait lui-même mis en ligne ces vidéos, qui ont suscité la colère des groupes de défense des droits des animaux qui essayaient alors de le retracer.

Mme Allard a déclaré que Magnotta a toujours insisté qu'il n'avait pas planifié tuer quelqu'un. Il a admis que d'avoir écrit ce courriel en décembre 2011 était "stupide" et démontrait un manque de jugement.

Bien que la lettre puisse être perçue comme menaçante, Mme Allard croit que la maladie mentale de l'accusé est la raison pour laquelle il l'a envoyée.

L'accusé lui aurait aussi dit que sa tactique a fonctionné puisqu'aucune histoire n'a été publiée après sa rencontre avec M. West.

La psychiatre légiste a aussi témoigné que Magnotta lui a confié être à l'origine d'une rumeur de 2007 selon laquelle il avait une idylle avec Karla Homolka.

Elle a déclaré au jury qu'il cherchait à obtenir une certaine notoriété en affirmant qu'il fréquentait la femme qui a été condamnée pour meurtre.

La psychiatre légiste a indiqué que Magnotta lui a dit cette année que la rumeur au sujet d'Homolka s'est répandue rapidement et qu'il a cru à un certain moment qu'elle essayait de le contacter.

Éventuellement, Magnotta a admis qu'il s'agissait d'une invention et a qualifié la rumeur de mauvaise décision qui a eu un impact négatif sur lui et sa famille.

Le jury s'est fait expliquer plus tôt mardi que la paranoïa de Magnotta au sujet du gouvernement fédéral a commencé lorsqu'il a reçu un diagnostic de schizophrénie.

Bien que Magnotta ne croie plus faire l'objet d'un espionnage constant, il est toujours convaincu que cela a été le cas dans le passé, a dit Mme Allard.

Mme Allard a relevé que l'accusé a souvent caché sa schizophrénie, parce qu'il craignait de recevoir les mêmes regards que ceux dirigés vers son père, aux prises avec la même maladie.

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