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Le pipeline Énergie Est divise les Autochtones du Québec

10/11/2014 03:37 EST | Actualisé 10/11/2014 03:37 EST
Radio-Canada

Alors que certains chefs autochtones se montrent intéressées par le projet de pipeline Énergie Est de TransCanada pour des raisons financières, d'autres s'y opposent fermement.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Le tracé du pipeline traverse le territoire que revendiquent les Mohawks de Kanesatake, la Seigneurie du Lac-des-deux-Montagnes. Ce qui ne plaît pas du tout au grand chef Serge Simon.

« Je l'entends un peu ici, les murmures dans la communauté, que le pipeline, non on n'en veut pas. Ça ne vaut pas la peine. Ça ne vaut pas la peine », dit-il.

Le pipeline Énergie Est de TransCanada - qui vise à transporter le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta vers l'est du pays - sera d'une longueur de 4600 kilomètres, et devrait traverser plusieurs territoires amérindiens.

La direction de TransCanada a même embauché la firme de lobby autochtone Ishkonigan, de l'ancien chef national des Premières Nations Phil Fontaine, pour négocier avec les 158 communautés amérindiennes touchées, dont une vingtaine se trouvent au Québec.

« On rencontre les Premières Nations qui pourraient être touchées par le projet. La réponse est sympathique. Les Premières Nations n'ont pas pris position en faveur ou contre le projet, mais elles nous ont dit : "nous sommes disposées à discuter avec vous" », souligne Luc Lainé, de l'entreprise Ishkonigan.

Mais le grand chef de Kanesatake, lui, refuse de négocier avec l'entreprise, même si elle lui fait miroiter des sommes d'argent.

« "On peut vous donner un petit peu d'argent ici, un petit peu d'argent là". Alors, c'est toutes des manières d'essayer de nous acheter. Mais nous autres, on ne tombera pas dans ce piège-là. »

— Serge Simon, Grand Chef de Kanesatake

Un Mohawk rencontré à Kanesatake nous a même dit être prêt à tout pour bloquer le projet, qui, selon lui, menace l'environnement.

« C'est dangereux, dit-il. Que va-t-il arriver si le pipeline se brise? Qui va nettoyer? Qui va s'occuper des dommages à l'environnement. Je suis un ex-militaire. Je n'aime pas la violence, mais je vais les arrêter. Ce n'est pas une question d'utiliser les armes. C'est de se tenir debout en tant que nation. On n'en veut pas de ce pipeline. »

Pas le même discours dans toutes les communautés autochtones

À Wendake, près de Québec, le grand chef Konrad Sioui se montre intéressé par le projet si la compagnie démontre qu'il y aura peu d'impact sur l'environnement et que sa communauté peut en tirer profit.

« Si les gens sont capables de nous démontrer de façon très nette, très précise, qu'il y a très peu de risque et que les Premières Nations et la nation huronne peuvent en bénéficier en termes d'emplois, de retombées, de redevances. C'est à eux autres de nous démontrer que les effets négatifs sont tellement amoindris, tellement minimes qu'on est capable de vivre avec un projet de cette nature-là. »

Pour amadouer les conseils de bande, TransCanada offre même de financer les études environnementales réalisées par les communautés autochtones. Le conseil de bande de Wendake, par exemple, recevra 400 000 $ pour analyser le projet et ses impacts. Les Abénaquis se seraient aussi montrés intéressés par le projet.

Mais certains craignent maintenant que des chefs autochtones appuient le projet de pipeline pour une question d'argent.

« Les chefs autochtones se font présenter de grands montants pour beaucoup de communautés qui sont déjà certaines des plus pauvres à travers le Canada. Ça peut vouloir dire la différence entre de meilleurs services et ce qu'ils offrent présentement. Les communautés les plus pauvres vont accepter des projets parce qu'ils ont besoin de fonds dans leurs communautés. »

— Melissa Mollen-Dupuis du mouvement Idle No More au Québec

« Alors, on prend encore avantage de notre pauvreté, pis des problèmes sociaux de nos communautés, pis rentrer ici, pis dire : "Écoutez, on va vous offrir un peu d'argent. Si vous nous laissez passer notre poison." », affirme Serge Simon.

Le débat est donc loin d'être terminé. Le mouvement autochtone Idle No More promet de son côté de poursuivre la mobilisation contre le projet.

Le projet Énergie Est de 12 milliards de dollars est le plus important du genre en développement en Amérique du Nord.

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