DIVERTISSEMENT

Agnes Obel: une visite « deluxe » (ENTREVUE/ VIDÉO)

10/11/2014 11:32 EST | Actualisé 10/11/2014 11:38 EST
AlexBruelFlagstad

Belle trentenaire aux airs austères, mais à la voix magique, la chanteuse et pianiste danoise Agnes Obel connaît un impressionnant succès avec ses deux albums qui allient instruments anciens, voix romantique, musique classique, esprits sombres et sédiments folk. Récemment, son équipe a décidé de produire une édition spéciale «deluxe » de son plus récent Aventine (2013), enivrant disque en anglais écoulé à quelques centaines de milliers d’exemplaires dans le monde.

style="float: Toutes les raisons étaient donc bonnes pour jaser avec la charmante femme, d’autant plus qu’elle sera de passage à Montréal (Olympia, le 11 novembre) et à Québec (Palais Montcalm, le 13 novembre) pour offrir un spectacle que certains privilégiés avait pu apprécier lors du Festival Montréal en lumière, en février.

Huffington Post Québec : Le cinéaste, musicien, peintre et touche-à-tout américain David Lynch a fait le remix de votre chanson Fuel To Fire. Quelle est votre appréciation générale de sa proposition?

Agnes Obel : J’aime beaucoup son approche. C’est une manière très différente de présenter la pièce. Et tant mieux. Il a d’une certaine manière sorti la voix des arrangements pour en suggérer quasiment une sorte de monologue. J’ai l’impression que ma voix résonne d’une toute autre façon. Le pouls musical est aussi très distinct.

Comment cette collaboration est-elle née entre vous et David Lynch?

Bien entendu, je connaissais son travail au cinéma, que je respecte grandement. Quand j’étais enfant, j’ai notamment été traumatisée (rires) par sa télésérie Twin Peaks. Cette œuvre m’a marqué. Mais nous ne nous sommes jamais rencontrés en personne. J’aimerais beaucoup. Cette collaboration s’explique en partie parce que nous partageons la même maison de disque (Play It Again Sam, communément appelé PIAS, une boîte indépendante très réputée). De toute évidence, il a croisé mon disque et il a aimé…

Est-ce que le morceau pourrait se retrouver dans la trame sonore de la nouvelle série Twin Peaks, à venir en 2016?

Honnêtement, je n’en sais rien. Au départ, je ne savais même pas que la série serait revisitée. Je pense que c’est un homme qui travaille à sa manière. De toute façon, je ne crois pas qu’il informerait déjà les gens à propos de la musique. Cela dit, ce serait génial. J’en serais très fière. J’ai toujours apprécié les ambiances musicales étranges qu’il utilise dans son travail de réalisateur. Un mélange de chansons d’amour et d’atmosphères inquiétantes… J’adore. Ça rejoint en quelque sorte ma propre démarche. J’ai tenté de créer ces ambiances dans ma musique. Disons que ses choix artistiques m’inspirent. Sa musique devient quasiment un personnage dans ses films. Comment ne pas être interpellée par autant de talant, surtout quand on a entendu mon travail ?...

Vous avez réalisé vous-même vos deux albums ainsi que les trois nouvelles pièces qui se retrouvent sur l’album deluxe. Quel est votre rapport à la réalisation?

J’aime beaucoup réaliser. Jusqu’à maintenant, ça se passe bien. C’est toujours une expérience assez intense, car j’explore en même temps que j’interprète et que je supervise toutes les étapes. Mais j’y vais à mon rythme, puisque j’ai créé la très grande partie des deux disques dans mon studio maison. J’ai ainsi beaucoup de liberté. Je décide de me mettre à la musique quand je veux.

Seriez-vous néanmoins ouverte à l’idée d’engager un réalisateur?

Peut-être. Mais j’adore cette liberté de pouvoir concrétiser moi-même une idée en musique ou en chanson. En plus, je peux attraper mes instruments au milieu de la nuit… Je dois dire que je n’ai pas trouvé de réalisateur capable de me suivre aussi loin dans cette musique. Si je trouvais, je serais heureuse de tenter l’expérience.

Depuis quand entretenez-vous un lien si étroit avec la musique?

Depuis toujours. Tout a commencé à l’école quand j’étais petite. J’ai ensuite évolué dans différents groupes. J’ai eu beaucoup de plaisir. Mais rien de trop sérieux. J’avais une attitude assez hippie et relaxe. Je jouais ce que j’aimais, à mon rythme. J’ai essayé beaucoup d’instruments, dont la basse et la batterie. Sans être une héroïne de la basse, je me débrouille bien!

Pourquoi avoir choisi le piano comme instrument de prédilection?

Ça remonte à très loin. J’aurais pu opter pour un autre instrument, puisque mon père jouait de la batterie, entre autres. Je pense que ce choix a été motivé par mon imagination. J’ai construit des images de jeune fille dans ma tête quand je regardais un piano. Je dois dire que cet instrument a été très présent à la maison. Ma mère en jouait. Je la trouvais magnifique. C’est aussi un instrument accessible, relativement pratique pour explorer.

Vous avez expérimenté beaucoup dans votre démarche musicale?

Absolument. Depuis que je suis jeune, j’écoute énormément de styles musicaux différents. J’ai déjà dit que c’est comme la nourriture, il faut tenter, explorer en musique. C’est mon approche en création et en studio.

Doit-on s’attendre à des changements sur scène depuis votre passage à Montréal, malgré le fait que cet album deluxe ne renferme pas énormément de nouveau matériel?

Nous essayons notamment de nouveaux instruments en concert. Le problème est que je ne pouvais pas tout apporter de l’autre côté de l’Atlantique pour des raisons techniques. J’utilise par exemple mon piano personnel en Europe… Même chose pour un Mellotron et certains autres claviers particuliers. Cela dit, nous avons de nouveaux effets et quelques nouvelles chansons, dont les trois incluses sur l’édition spéciale. Je vais aussi partager un tout nouveau morceau qui sera sur le prochain album. En somme, le spectacle est assez distinct de l’an dernier […] Je serai avec Anne Müller (violoncelle, voix) et Mika Posen (violon, claviers).

Vous avez du temps pour travailler sur un nouvel album ?

Après cette douzaine de concerts dans des villes nord-américaines et trois concerts en Australie, je vais rentrer chez moi, à Berlin. Je vais prendre une pause. J’envisage aller composer et enregistrer en Espagne tout comme quelque part au Canada. J’aime l’idée de provoquer du changement. De ne pas être être trop confortable dans mes trucs. Je pense délaisser le piano pour incorporer du célesta et des claviers. J’ai l’impression que ce sera moins doux et romantique. J’ai envie de changer quelque peu ma voix aussi. Je suis certaine que ce sera un disque différent des deux précédents.

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