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«Interstellar» de Christopher Nolan: la tête dans les étoiles (VIDÉO/PHOTOS)

08/11/2014 04:47 EST | Actualisé 08/11/2014 04:49 EST

Les conquêtes spatiales au cinéma ont toujours fasciné le public. De 2001, l’Odyssée de l’Espace à Gravity, ces œuvres sont souvent la promesse d’une réflexion profonde sur les mystères de notre présence dans le long silence de l’univers. Avec Interstellar, Christopher Nolan ajoute sa pierre à l’édifice tout en révélant son attachement pour l’humanité imparfaite.

La race humaine à l’agonie vit son dernier quart d’heure sur une Terre vidée de ses ressources et qui n’a plus rien à offrir, hormis quelques tempêtes de sable. Face au fiasco qui semble inévitable, les membres d’une expédition spatiale sont envoyés aux confins de l’univers afin de trouver une autre planète habitable. Et pour y avoir accès, ils doivent s’aventurer dans une faille spatio-temporelle qui leur permettra de franchir des distances astronomiques

Sur ce scénario catastrophe, une constance dans la courte cinématographie de Nolan, le réalisateur britannique construit une odyssée interstellaire où viennent se télescoper comme des astéroïdes en suspension: théorie quantique, amour filial et questionnements métaphysiques.

Cette odyssée spatiale à 160 millions de dollars qui se situe bien plus loin que les habituelles superproductions hollywoodiennes est surtout l’héritière de cinéastes visionnaires qui ont élevé le genre cinématographique au niveau de l’art, tels John Ford, Stanley Kubrick ou Andrei Tarkovski.

Comme avec ses précédents Memento et Inception, Nolan se fait cérébral et complexe évitant le piège de la vulgarisation. Car il n’y a rien de simple lorsque l’on décide d’aborder les fondements scientifiques des trous noirs ou autres trous de ver. Le thème abstrait du voyage dans le temps est d’ailleurs mis en image avec un souci de réalisme impressionnant, fruit des travaux entrepris par Kip Thorne, éminent physicien et théoricien de la relativité.

Des qualités et des défauts

Interstellar mené tambour battant demeure un spectacle vertigineux. On est d’abord frappé par son envergure. Imaginez un film qui relie l’immensité glaciale de notre univers à la chaleur des émotions intimes entre un père et sa fille. Nolan touche à l’univers de Terrence Malick, toutefois sans jamais vraiment atteindre sa maestria.

Il reste que l’ambition du réalisateur n’a plus de limite. Durant presque trois heures (trop long!), le metteur en scène brasse époque de la Grande Dépression à l’atmosphère métallique d’un futur technologique. Ancré dans un Midwest poussiéreux, son «space-opera» est peuplé de cowboys solitaires. Tout à la fois, épopée lyrique et western moderne.

Pourtant, le film souffre de plusieurs lacunes, en premier lieu au niveau des interprétations des personnages principaux. Matthew McConaughey, le héros flamboyant de Dallas Buyers Club, fait ici de la posture vaniteuse, tandis que Anne Hathaway parait de son côté constamment figée par les émotions. Seuls Michael Caine et Jessica Chastain sortent du lot.

Les bons sentiments sont surlignés aux gros pinceaux par une trame sonore tonitruante et parfois sirupeuse signée Hans Zimmer. Et puis, l’œuvre se permet quelques raccourcis un peu faciles, surtout dans sa dernière partie. Le sauvetage d’un astronaute dans l’espace nous laisse dubitatifs. Le cinéaste nous avait quand même habitués à plus de rigueur. Bref, malgré ses défauts qui n’en feront pas un chef-d’œuvre, Interstellar est un long métrage de science-fiction de haut calibre.

Interstellar (Interstellaire) – Paramount – Science-fiction – 168 minutes – Avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Michael Caine – Sortie en salles le 8 novembre 2014 – États-Unis.

«Interstellar» de Christopher Nolan