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«Geronimo»: Tony Gatlif donne le pouvoir aux jeunes (ENTREVUE/ PHOTOS/ VIDÉO)

06/11/2014 03:25 EST | Actualisé 07/11/2014 09:34 EST
Axia Films

Porte-étendard des malheureux et des exclus, le réalisateur Tony Gatlif (Gadjo Dilo, Exils, Liberté), le gitan du cinéma français, n’a cessé de poser sa caméra sur une jeunesse insoumise. Avec Geronimo, en salle vendredi, le réalisateur et scénariste se penche sur une éducatrice spécialisée prise entre les feux de l’obscurantisme. Entrevue.

Geronimo frappe fort. Dès la première scène du film, transporté par le son trépidant d’un flamenco urbain, on y voit la fuite d’une femme d’origine turque, en révolte contre ses noces arrangées. Elle part rejoindre son amour Lucky. Mais les membres de sa famille ne l’entendent pas de cette oreille. Et pour se venger, ils la condamnent à mort.

«Le film touche à l’amour interdit, explique Tony Gatlif, en entrevue téléphonique. On se rapproche des mythes comme celui de Roméo et Juliette ou West Side Story, mais au-delà de la romance, j’ai voulu parler des jeunes d’aujourd’hui qui se battent pour leur liberté.»

La guerre, déclarée entre deux bandes rivales, car chacun estimant son honneur bafoué, est l’occasion pour le cinéaste de s’insurger contre les injustices, ici le mariage arrangé. «C’est une pratique moyenâgeuse qui ne devrait plus exister aujourd’hui. Je suis très triste de voir que des jeunes filles vivent encore ce genre d’histoire alors qu’elles commencent leur vie.»

Loin des jardins bucoliques d’un Vérone shakespearien, la version de Gatilf – présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes – a pour décor industriel une cité pauvre livrée à elle-même et où une jeune éducatrice (impressionnante Céline Sallette) tente d’apaiser les tensions.

«C’est un conte moderne. Cette histoire n’aurait jamais pu exister il y a 40 ans. Je touche au social en me penchant sur une génération sacrifiée et abandonnée par les institutions. La montée des intolérances en Europe me préoccupe beaucoup. Tout cela n’annonce rien de bon. Et ce sont les jeunes qui en font les frais.»

Cette jeunesse métissée et aux origines diverses, le cinéaste estime qu’on ne la reconnaît pas à sa juste valeur. «Beaucoup de jeunes sont prêts à s’accrocher à n’importe quoi même si cela doit mener à la violence. Ce ne sont pas des monstres, ils ont besoin d’exister.»

Une question d’authenticité

Hormis la comédienne Céline Sallette, découverte dans L'Apollonide de Betrand Bonello, Geronimo est composé d’une distribution d’acteurs non professionnels. «Je voulais le film vivant, raconte Gatlif. C’est pour cela que j’ai pris des jeunes. Je voulais qu’ils restent eux-mêmes, qu’ils ne jouent surtout pas. D’ailleurs, je leur donnais les dialogues le soir afin de conserver l’authenticité.»

Une authenticité que le réalisateur de Latcho Drom trouve aussi dans la musique, support artistique vital dans sa filmographie. Des rythmes orientaux au rap, en passant par les cadences manouches ou le jazz, Geronimo est littéralement porté par une musique transcendante.

«Il n’y a rien de plus sincère que la musique. Si elle est présente dans mes films, c’est surtout pour atteindre une certaine vérité. Elle est l’âme de mes personnages. Elle est celle qui donne de l’espoir à ce monde.»

Geronimo – Axia Films – Drame – 104 minutes – Avec Céline Sallette, Rachid Yous, Nailia Harzoune, David Murgia, Vincent Heneine, Aksel Ustun – Sortie en salles le 7 novembre 2014 – France.

«Geronimo»