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La Cour suprême libyenne invalide l'élection de juin et dissout le Parlement

06/11/2014 12:16 EST | Actualisé 06/01/2015 05:12 EST

TRIPOLI, Libye - Le plus haut tribunal de Libye a statué jeudi que les élections générales organisées en juin étaient anticonstitutionnelles, et que le gouvernement et le Parlement qui en sont issus devraient donc être dissous.

Cette décision porte un dur coup aux factions anti-islamistes et risque d'approfondir encore davantage les divisions politiques au pays.

La Cour suprême constitutionnelle a publié sa décision dans la capitale, Tripoli, qui est contrôlée par des milices issues de la ville de Misrata et alliées aux islamistes.

La Libye est secouée depuis des mois par un chaos qui a vu l'émergence de deux gouvernements et de deux Parlements rivaux, la mort de centaines de personnes et le déplacement de milliers de citoyens qui fuient les combats.

Les milices se sont emparées de Tripoli en août et ont ressuscité le Parlement qui gouvernait le pays avant les élections. Elles ont aussi contraint le Parlement nouvellement élu, dominé par les anti-islamistes, à fuir vers la ville orientale de Tobrouk.

Le Parlement de Tobrouk s'est réuni plus tard, jeudi, pour rejeter le jugement de la Cour, plaidant que sa décision était dictée par la menace. Un membre influent du Parlement de Tobrouk, Abou-Bakr Baeira, a accusé la cour d'avoir rendu un jugement «politique» et prévenu que cela ne fera que diviser encore plus la Libye.

«Nous ne cautionnons rien de ce qui en ressort», a ajouté M. Baeira.

L'ancien député et historien Faraj Najm estime quant à lui que le jugement ramène la Libye «à la case départ».

Le fait que le tribunal ait tranché depuis Tripoli permet de se demander s'il ne fait pas lui aussi l'objet de pressions de la part des milices. La décision indique qu'un amendement apporté en mars à la Constitution intérimaire, et qui ouvrait la porte au scrutin de juin, est anticonstitutionnel, ce qui signifie que le Parlement et le gouvernement élus lors de ce vote sont eux aussi illégaux.

Certains autres membres du Parlement ont toutefois salué la décision de la Cour suprême. Le vice-président du Parlement Saleh al-Makhzoum a parlé d'une «victoire pour la nation».

Des manifestants ont d'ailleurs célébré dans les rues de Misrata avec des feux d'artifice.

Le Parlement de Tobrouk était la deuxième assemblée législative à être élue depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi, en 2011. Le Parlement de Tripoli n'est pas reconnu par la communauté internationale.

La Mission d'appui des Nations unies en Libye a dit étudier la décision du tribunal. Elle a aussi demandé aux deux camps d'éviter de poser des gestes qui ne feraient «qu'envenimer la polarisation existante ou engendrer une nouvelle détérioration de la situation de sécurité».

La décision de la Cour survient alors que la ville de Benghazi est secouée par une guerre civile entre les troupes du gouvernement et des milices islamistes.

Un autre front s'est ouvert dans l'ouest du pays, où les combats font rage entre les milices de Misrata et les forces gouvernementales.

Depuis trois semaines, dans les deux régions, les hostilités ont causé la mort d'au moins 400 personnes.

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