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Pénurie de main-d'oeuvre agricole: des pertes de 53 M$ pour les fermes du Québec

05/11/2014 04:30 EST | Actualisé 05/01/2015 05:12 EST

MONTRÉAL - Seulement pour l'année 2014, les retards et les cafouillages du programme fédéral des travailleurs étrangers ont privé les producteurs agricoles du Québec de main-d'oeuvre et leur ont fait perdre 53,7 millions $.

Ce sont là les conclusions de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d'oeuvre agricole étrangère (FERME), qui représente 800 entreprises agricoles.

Ces travailleurs venus d'ailleurs sont cruciaux pour les fermiers du Québec, qui ne réussissent pas à combler leurs besoins de main-d'oeuvre localement.

L'organisme FERME a ainsi jugé nécessaire de dénoncer «la situation périlleuse qui sévit actuellement dans l'ensemble du secteur agricole au Québec, et qui continuera de s'envenimer à défaut d'une intervention immédiate».

Selon le directeur général de l'organisme, Denis Hamel, des changements à répétition des règles d'obtention de visas pour ces travailleurs ont semé la confusion. Des visas ont été émis avec beaucoup de retard alors que les récoltes étaient déjà commencées, et certains n'ont jamais été reçus.

«Les changements se sont succédés à un rythme incroyable», s'est exclamé M. Hamel.

Par exemple, il explique que vers la fin du mois d'avril, les demandes de visas en format papier ont soudainement été refusées. Retournées aux travailleurs, dans leurs villages du Mexique et du Guatemala, ils devaient dorénavant remplir les formulaires en ligne, a déploré Denis Hamel. Puis, la date de naissance des travailleurs a été exigée — sans avertissement — et des formulaires ont encore été retournés. Ensuite, l'organisme a été informé que des demandes refusées devaient être refaites à l'intérieur d'un délai de cinq jours à défaut de quoi elles seraient mises au rancart. Bref, beaucoup de paperasse, de stress et de délais supplémentaires pour les employés agricoles et pour les fermiers.

«Ça a été l'enfer», dit M. Hamel.

Ainsi, 2080 travailleurs ont reçu leurs autorisations de séjour en retard, et plus de 250 travailleurs, des Mexicains et des Guatémaltèques, ne les ont tout simplement pas obtenues, a relevé l'organisme.

En tout, 50 000 jours/personnes ont été perdus au cours de la dernière année, a calculé FERME avec les informations transmises par les producteurs agricoles de fruits et légumes uniquement.

Par conséquent, les fermiers ont dû abandonner complètement certaines productions, et d'autres n'ont pu recueillir qu'une partie de leurs récoltes, abandonnant fruits et légumes dans les champs, rapporte M. Hamel. Des champs d'asperges, récoltées tôt en saison alors que les travailleurs n'avaient pas encore réussi à franchir la frontière, ont pourri sur place.

M. Hamel s'en prend aux compressions effectuées dans les ministères qui n'ont plus, selon lui, assez d'employés pour gérer le flot de demandes, mais aussi à l'idéologie des conservateurs qui veulent que les emplois soient d'abord offerts aux Canadiens.

«De toute évidence, le gouvernement fédéral cherche, pour des raisons idéologiques, à tarir cette source de main-d'oeuvre pourtant si essentielle au monde agricole», dit-il.

Il y voit comme preuve le fait que les conservateurs ont baptisé leur réforme du programme des travailleurs étrangers «Les Canadiens d'abord». Mais ces emplois sont offerts en premier aux Québécois, qui n'en veulent pas, proteste-t-il. D'ailleurs, faire une offre locale est même une condition du programme, souligne M. Hamel.

La situation est à ce point critique que de nombreux producteurs agricoles songent à cesser leurs activités, a-t-il même dit.

Récemment, sous le poids des critiques, le gouvernement conservateur a revu complètement son programme de travailleurs étrangers temporaires pour limiter leur venue en sol canadien. Le secteur agricole a été exclu en bonne partie de la réforme, mais dans les faits, le système est boiteux et n'aide pas les fermiers, explique M. Hamel.

Il affirme qu'il veut tout simplement que les règles soient claires et connues à l'avance.

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