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Les élucubrations de Magnotta ne seraient pas une tactique judiciaire

05/11/2014 04:47 EST | Actualisé 05/01/2015 05:12 EST

MONTRÉAL - Un psychiatre allemand dit ne pas croire que Luka Rocco Magnotta tentait d'ériger une défense lorsque le présumé meurtrier s'est mis à divaguer lors de leurs entretiens en 2012. Le Dr Thomas Barth a traité Magnotta pendant environ une semaine après son arrestation à Berlin, à la suite d'un mandat d'arrêt international émis dans la foulée du meurtre de Jun Lin à Montréal.

Le procureur de la Couronne, Louis Bouthillier, désire savoir si les élucubrations de Magnotta ont été effectuées sciemment pour s'assurer qu'il existerait des preuves de ses symptômes dans le cas où il devrait se défendre. Magnotta a admis avoir tué l'étudiant chinois, mais a plaidé non coupable en invoquant la maladie mentale.

Pour le Dr Barth, toutefois, il est certain qu'il n'a pas été mené en bateau par l'accusé. «Je croyais fermement, et je le pense toujours, que M. Magnotta était gravement malade lorsqu'il a été traité par mes collègues et moi-même dans l'hôpital de la prison de Berlin», a-t-il fait valoir.

Me Bouthillier a confronté mercredi le Dr Barth à propos de détails des gestes de Magnotta et de ses précédents dossiers médicaux qui semblent contredire ce qu'a confié l'accusé au psychiatre. Mardi, M. Barth a indiqué que Magnotta avait divagué lors de leur première session, offrant des bribes d'information avant de rapidement changer de sujet.

Par exemple, Magnotta a confié à M. Barth qu'il avait laissé ses médicaments antipsychotiques au domicile d'un homme allemand chez qui il vivait, mais Me Bouthillier a noté que la police de Berlin n'avait rien trouvé de la sorte.

Dans un autre exemple, Magnotta a confié au psychiatre qu'il ne buvait pas beaucoup. Mais des preuves précédemment présentées en cour ont révélé que l'accusé avait bu tandis qu'il faisait la fête dans des clubs gais de Berlin pendant plusieurs jours avant son arrestation.

Le Dr Barth a dit ne pas être surpris par les différentes réponses qu'a pu donner Magnotta à d'autres personnes, puisqu'il est fréquent que les gens souffrant de schizophrénie dissimulent leur état de santé. Le psychiatre continue de penser que l'accusé ne tentait pas de le confondre lors de leurs échanges dans une prison berlinoise.

Me Bouthillier a suggéré au psychiatre que Magnotta «voulait que vous pensiez qu'il était fou — il voulait que le monde sache qu'il était fou». Le médecin allemand a d'ailleurs assuré qu'il connaissait la technique consistant à simuler une maladie mentale, mais il a affirmé que cela ne s'appliquait pas à l'accusé.

«Saviez-vous que M. Magnotta était un acteur?», a demandé Me Bouthillier pour sa dernière question. «Non», a répondu le principal intéressé.

Magnotta, âgé de 32 ans, est entre autres accusé d'avoir tué et démembré M. Lin en mai 2012 avant de prendre la fuite à Paris, puis à Berlin.

Il est également sous le coup de quatre autres accusations, en plus du meurtre prémédité de la victime: harcèlement criminel du premier ministre et d'autres membres du Parlement, envoi par la poste de matériel obscène et indécent, profanation de cadavre et publication de contenu obscène.

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