POLITIQUE

Élections scolaires : anomalies et contestation

05/11/2014 11:57 EST | Actualisé 05/11/2014 11:57 EST
Radio-Canada

Le candidat défait par 14 voix pour le poste de président de la commission scolaire Marie-Victorin, sur la Rive-Sud de Montréal, demande un dépouillement judiciaire. Jean-Pierre Picard a identifié plusieurs anomalies dans le comptage des votes. Même ses opposants s'interrogent sur la disparition de plusieurs bulletins et le grand nombre de votes rejetés.

Un texte de Thomas Gerbet

24 bulletins de vote ont mystérieusement disparu des boîtes de scrutin. Le nombre de bulletins retrouvés dans l'urne pour les commissaires et pour la présidence ne correspondent pas, alors que les électeurs devaient placer les deux papiers dans la même boîte, même s'ils annulaient leur vote.

« Peut-être que les gens des bureaux de scrutin qui comptaient étaient fatigués ou impatients à la fin de la journée », pense le candidat défait. L'ancien directeur d'école veut croire à la bonne foi du personnel électoral.

Nombreux votes rejetés

« Il y a eu une quantité incroyable de votes rejetés », constate Jean-Pierre Picard. 482 votes pour la présidence ont été refusés lors du dépouillement, soit 5 % des votes exprimés. À titre de comparaison, le Directeur général des élections rapporte une moyenne de bulletins rejetés de 1,5% aux élections provinciales. Le DGE n'administrait pas la tenue des élections scolaires, chaque commission en avait la responsabilité.

L'Équipe Picard n'avait pas de représentants dans tous les bureaux de scrutin de Longueuil, Saint-Lambert et Brossard, mais plusieurs de ses membres affirment avoir constaté des erreurs. « Des votes mis dans la mauvaise pile ou qui étaient retirés parce qu'ils avaient une petite déchirure dans le coin », rapporte Jean-Pierre Picard.

Même l'équipe adversaire s'interroge

« J'étais moi-même très étonnée », reconnaît la présidente élue Carole Lavallée après avoir constaté le grand nombre de votes rejetés et l'absence de quelques bulletins pour la présidence. L'ancienne députée du Bloc québécois, qui a battu Jean-Pierre Picard par 14 voix, se pliera au nouveau dépouillement si la justice l'accepte : « c'est son choix, c'est légal, il a le droit de le faire».

Carole Lavallée a tenté d'obtenir des explications des membres de son équipe présents dans les bureaux de scrutin. « Mes représentants m'ont rassurée. Ce n'est pas parce qu'on a rejeté des votes qui auraient pu être pour moi ou pour mon adversaire, ce sont vraiment des votes de protestation ».

La commission scolaire Marie-Victorin ne nous a pas permis de parler à la présidente d'élection, Madeleine Thibault. La porte-parole de la commission Catherine Giroux a simplement indiqué par courriel qu' « un bulletin peut avoir été rejeté parce qu'il a été laissé blanc, parce que la personne a coché à plus d'un endroit, ou encore parce que le bulletin a été barbouillé, etc. ».

Pour ce qui est des bulletins introuvables, Carole Lavallée tente une explication : « Ça arrive souvent que des gens ne redonnent pas l'un ou l'autre bulletin. Par contre, ça se peut qu'on retrouve ces bulletins-là dans d'autres urnes ».

Résultats officiels modifiés deux jours après le scrutin

Les informations publiées mardi matin sur le site Internet de la commission scolaire n'étaient plus les mêmes en soirée. Le nombre de votes rejetés pour la présidence a diminué de sept, sans qu'il soit possible d'obtenir une explication.

Résultats disponibles sur le site de la commission scolaire mardi soir

  • Carole Lavallée : 4719
  • Jean-Pierre Picard : 4705
  • Bulletins rejetés : 482 (le chiffre publié mardi matin était 489)
  • Total des votes exprimés dans l'urne pour la présidence : 9906 (le chiffre publié mardi matin était 9913)
  • Total des votes exprimés pour les commissaires scolaires : 9930

Controverse autour du choix de l'avocate de Jean-Pierre Picard

Plusieurs membres de l'équipe de Carole Lavallée ont remis en cause, sous le couvert de l'anonymat, l'intégrité de l'avocate qui représente le candidat défait dans la demande de recomptage. Il s'agit de Diane Fournier, membre de l'Équipe Picard et élue commissaire dimanche.

« Je vérifierais qui paie ses cotisations au Barreau avant de l'engager », a lancé Carole Lavallée à la fin de notre entrevue. D'autres membres de l'Équipe Lavallée dénoncent le fait que l'avocate travaille pour le gouvernement fédéral. Ils laissent entendre qu'elle défendrait Jean-Pierre Picard, payée avec des fonds publics.

La principale intéressée balaie ces allégations du revers de la main : « Je suis avocate, mais je n'exerce pas à ce titre auprès du gouvernement fédéral. Je suis agente de programme auprès des organismes communautaires de la Rive-Sud, mon employeur ne paie pas mes cotisations du Barreau, c'est moi-même qui les paie ».

Au lendemain de l'élection, Jean-Pierre Picard a affirmé qu'il ne demanderait pas de dépouillement judiciaire en raison des coûts associés aux services d'avocat. Mais Diane Fournier lui a proposé ses services gratuitement, pro bono, ce qui l'a fait changer d'avis. Elle explique que c'est par amitié pour lui et qu'elle le fait sur son temps personnel de congé.

La demande de dépouillement sera entendue par un juge du palais de justice de Longueuil jeudi matin. S'il est accepté, le recomptage aura lieu la semaine prochaine.

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