POLITIQUE

Pont Champlain: Stéphane Dion ne veut pas un «ratatinage» de l'histoire

04/11/2014 12:43 EST | Actualisé 04/01/2015 05:12 EST
PC

OTTAWA - Ottawa assure que le choix n'est pas arrêté en ce qui concerne le nom du nouveau pont Champlain. Mais déjà, la rumeur voulant qu'il soit rebaptisé «Maurice-Richard» provoque une levée de boucliers du côté des partis d'opposition fédéraux.

Le ministre fédéral de l'Infrastructure, Denis Lebel, a déclaré mardi en Chambre que la «réflexion se poursuit» dans ce dossier et que la priorité du gouvernement était «de construire un nouveau pont d'ici 2018».

Il a déploré la tournure du débat sur le nom de la structure, soutenant que «lorsque les gens opposent ces deux géants de notre histoire, on ne rend pas justice à ces deux personnalités marquantes pour notre histoire dont la mémoire mérite d’être commémorée et respectée».

Mais quel que soit l'aboutissement de cette réflexion, le député libéral Stéphane Dion tire la sonnette d'alarme: débaptiser le pont équivaudrait selon lui à un «ratatinage» de l'histoire nationale.

Car Samuel de Champlain a joué un rôle crucial dans la fondation du Québec et du Canada; et le père de la Nouvelle-France ne devrait pas avoir à céder ainsi le pas au légendaire numéro 9 du Canadien de Montréal, a soutenu M. Dion en entrevue téléphonique.

«Il y a bien des façons d'honorer Maurice Richard et tout ce qu'il représente, toute la détermination et la fougue que ce personnage incarne. Mais en même temps, le personnage de Samuel de Champlain, c'est à la base de notre histoire, c'est fondamental», a-t-il plaidé.

Le quotidien La Presse a révélé il y a quelques jours que le ministre Lebel avait tranché, et que la structure qui enjambera le Saint-Laurent rendrait hommage à la légende du Canadien.

M. Dion accuse le gouvernement Harper d'avoir coulé cette information à des fins purement politiques.

Les conservateurs cherchent à créer «une diversion quant au débat sur le péage» et à faire cheminer l'idée qu'il s'agit d'un nouveau pont puisqu'il porte un nouveau nom, ce qui légitimerait en quelque sorte leur projet d'instaurer un péage, a-t-il analysé.

«Ils espèrent que les libéraux vont être critiqués pour la position que nous prenons, mais non, je crois que la grande majorité des Québécois et des Montréalais vont être tout à fait d'accord», a-t-il suggéré en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

Du côté de l'opposition officielle, on abonde dans le même sens.

Après avoir fait valoir que le véritable enjeu dans le dossier du pont était celui du péage, le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a lancé que la reconnaissance de l'importance historique de Samuel de Champlain devrait «perdurer avec la nouvelle construction».

Il a affirmé que la question du nom de la structure est essentiellement du «racolage» et que les conservateurs semblent être à la recherche «d'un faux-fuyant pour ne pas être obligés de parler des vraies affaires».

Libéraux et néo-démocrates ont pu compter sur l'appui indirect du président français François Hollande, qui a rendu hommage au fondateur de Québec lors de son discours aux Communes, lundi.

«Il y a tout juste 400 ans, un Français originaire des Charentes, Samuel de Champlain, remontait le Saint-Laurent depuis l'océan et fondait un nouveau pays, votre pays», a relaté le président de la République française devant les parlementaires.

Le quotidien français Le Figaro avait quelques heures auparavant publié un article dans lequel il dénonçait un véritable «camouflet» qu'infligeait le premier ministre Stephen Harper à son invité.

De passage à Québec, mardi, le président Hollande a de nouveau fait référence à l'héritage de l'explorateur.

Il n'a cependant pas voulu s'immiscer davantage dans le débat, affirmant que «la France ne fait pas pression pour qu'on baptise ou qu'on débaptise des ponts, des rues ou des avenues».

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