POLITIQUE

Frais de scolarité: entente de principe entre la France et le Québec

04/11/2014 10:04 EST | Actualisé 04/11/2014 10:04 EST
ALAIN JOCARD via Getty Images
French President Francois Hollande (L) and Quebec Prime Minister Philipe Couillard (R) toast on November 03, 2014 in Quebec, as part of a three-day state visit to Canada. AFP PHOTO/ALAIN JOCARD (Photo credit should read ALAIN JOCARD/AFP/Getty Images)

QUÉBEC _ La France et le Québec se sont entendus sur les principes "d'un traitement spécifique" pour les étudiants français qui fréquentent les institutions québécoises, a déclaré le premier ministre Philippe Couillard, mardi.

M. Couillard n'a cependant pas donné de précisions concernant son intention de tripler les frais de scolarité des étudiants français, faisant valoir que les détails de l'entente doivent encore être négociés.

"Nous voulons également que les étudiants français puissent continuer à venir ici en continuant de bénéficier d'un traitement spécifique, mais nous voulons également qu'il y ait plus d'étudiants québécois qui se rendent en France dans les universités et éventuellement dans les grandes écoles, a-t-il dit aux journalistes. Voilà les objectifs sur lesquels nous nous sommes entendus. Maintenant il reste à nos équipes à faire le plus difficile, c'est-à-dire de conclure l'entente sur la base de ces principes."

Lors d'une allocution devant les élus de l'Assemblée nationale, le président Hollande a été très clair sur cet enjeu: il a plaidé pour le maintien des privilèges dont jouissent les étudiants de l'Hexagone venus étudier au Québec.

"Je souhaite aussi que les accords qui ont été passés entre les universités en France et au Québec puissent demeurer et puissent même être multipliés. C'est un sujet dont j'ai longuement parlé au premier ministre. Je sais combien les difficultés budgétaires, ici comme ailleurs, obligent à faire des choix, faut-il qu'ils soient bons. C'est toute la difficulté de l'entreprise dans laquelle nous sommes engagés", a-t-il dit.

En vertu d'une entente signée en 1978, les quelque 12 000 Français qui fréquentent une université québécoise paient pour l'instant les mêmes frais de scolarité qu'un étudiant québécois.

Confronté à un difficile retour à l'équilibre budgétaire, le Québec voudrait imposer aux Français les mêmes frais que les étudiants des autres provinces canadiennes, ce qui triplerait leur facture, la faisant passer de 2300 $ par année en moyenne à 6300 $.

Le président de la république a fait état, dans son discours, des avancées sur ce front. Il en fait un enjeu de reconnaissance de l'amitié et de la coopération entre les deux nations.

"Nous avons pu avancer sur des principes qui nous permettront de garder cette spécificité qui permet à des étudiants français de venir ici au Québec, comme d'ailleurs à des étudiants québécois de pouvoir venir en France, dans les universités et dans les grandes écoles, a-t-il dit. La spécificité n'est pas un privilège. La spécificité, c'est la reconnaissance de notre amitié."

Lors d'une conférence de presse conjointe, M. Hollande a cependant précisé qu'il était sensible aux considérations budgétaires qui ont mené le gouvernement québécois à remettre en question l'accès des étudiants français aux études supérieures au même tarif que pour les Québécois.

"Nous sommes amenés à faire des choix sur le plan budgétaire mais, et je ne parle qu'au nom de la France, il faut que ces choix budgétaires qui doivent nous conduire à réduire les déficits n'entravent pas les priorités qui sont les nôtres et notamment l'éducation, la recherche, la culture, et ne puissent pas être défavorables à la croissance, a-t-il dit. Sur ces bases-là, nous avons je crois les conditions d'une entente que les équipes vont maintenant mettre dans le détail."

M. Hollande n'a pas voulu dire si, lors des discussions, la France avait soulevé la possibilité de remettre en question son financement de la commission permanente de coopération franco-québécoise, socle des échanges entre les deux partenaires.

M. Couillard a évoqué la possibilité de finaliser cette entente au cours des prochaines semaines ou mois.

Devant les parlementaires, le président Hollande a vanté les vertus de la relation France-Québec, mais a ajouté que "l'édifice de la coopération" érigé il y a plus de 50 ans devait être "modernisé" pour répondre aux défis contemporains.

"Parce que le monde a changé, parce que nos sociétés font face à des défis, nous les connaissons: la croissance durable, le développement des technologies, la diversité culturelle, la transition énergétique, la préservation de la planète. Nous ne pouvons plus donc faire comme si les liens que nous avions tissés, les institutions que nous avions fondées puissent continuer à être alors même que le monde change à cette vitesse. La France et le Québec doivent relever les enjeux qui sont aujourd'hui en face de nous", a-t-il dit.

Sur le plan du développement économique, le président socialiste a assuré que la France sera un partenaire de choix pour le développement du Plan Nord.

"La France, si vous l'acceptez, sera partie prenante de vos aventures pour le Plan Nord, de l'exploitation dans le souci du respect de la planète, de ses immenses richesses, avec aussi conscience qu'habitent là des hommes et des femmes qui veulent également être acteurs de leur propre développement", a-t-il souligné.

Les ex-premiers ministres Jean Charest, du Québec, et Laurent Fabius, de France, ont assisté au discours de M. Hollande dans les tribunes de l'Assemblée nationale. L'ex-gouverneure générale du Canada et aujourd'hui candidate à la direction de l'Organisation internationale de la francophonie, Michaëlle Jean, était également présente pour l'occasion.

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