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Magnotta entendait des voix, selon son médecin de famille à Toronto

03/11/2014 01:17 EST | Actualisé 03/01/2015 05:12 EST
PC

Luka Rocco Magnotta était convaincu en 2005 qu'il était traqué, et que des voix dans sa tête lui disaient qu'il marchait comme un singe, a soutenu lundi l'omnipraticien qui l'a suivi pendant six ans à Toronto.

Témoignant pour la défense au procès de Magnotta, le docteur Allan Tan a précisé que l'accusé avait été son patient entre 2003 et 2009 à Toronto, après qu'un autre psychiatre a prononcé un diagnostic de maniacodépression (trouble bipolaire) et de schizophrénie légère. Magnotta prenait déjà en 2003 plusieurs médicaments antipsychotiques, avait été hospitalisé à trois reprises pour sa maniacodépression, et consultait régulièrement un psychiatre, a relaté le médecin de famille.

Vers 2004, le docteur Tan a commencé à noter dans le dossier que son patient entendait des voix, qu'il essayait de couvrir en augmentant le son de la radio. En mars 2005, Magnotta lui avait dit que des gens prenaient des photos de lui et les publiaient ensuite en ligne, afin de ruiner sa carrière de mannequin. Son patient lui a aussi dit qu'il gardait les tentures fermées chez lui et croyait qu'on le surveillait.

Magnotta, âgé de 32 ans, est notamment accusé de meurtre prémédité et d'outrage à un cadavre en lien avec la mort et le démembrement de Jun Lin en mai 2012, dans son petit meublé du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal. Il a admis les gestes qui lui sont reprochés mais il a plaidé non coupable, et son avocat plaidera l'aliénation mentale.

Le docteur Tan a d'abord connu Magnotta sous son nom d'origine, Eric Newman. En 2006, il a noté dans son dossier que l'accusé avait pris le nom de Luka Magnotta pour semer ceux qui le suivaient.

Magnotta était alors acteur et escorte mais pendant ces six ans où il a consulté le docteur Tan, il touchait des prestations du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées.

"Fonctionnel la plupart du temps"

En contre-interrogatoire de la Couronne, le docteur Tan a indiqué qu'il n'avait jamais demandé à Magnotta s'il faisait une consommation importante d'alcool ou de drogues. Il a aussi indiqué qu'il avait été personnellement témoin de peu d'épisodes psychotiques chez Magnotta.

"Il était fonctionnel la plupart du temps", a-t-il dit aux jurés. "D'autres fois, il présentait des problèmes de santé mentale."

Même s'il n'était pas psychiatre, le docteur Tan notait quand même au dossier de Magnotta si son patient avait connu des épisodes d'hallucinations ou des symptômes de dépression. L'accusé a consulté son omnipraticien à plusieurs reprises au cours de ces six années, notamment pour des infections transmises sexuellement, et il a subi des tests de dépistage du VIH. Il se plaignait aussi de ses difficultés à prendre du poids, et a demandé des médicaments habituellement prescrits pour soigner le dysfonctionnement érectile.

Le docteur Tan a par ailleurs indiqué lundi qu'il avait du mal à reconnaître en l'accusé son patient de jadis, qui a pris beaucoup de poids depuis.

Plus tard lundi, une médecin montréalaise est venue témoigner que Magnotta était venu la voir en mars 2012 _ deux mois avant le meurtre _ pour obtenir une consultation chez le psychiatre. Marie Nicole Jean-Destin a effectivement rédigé une demande de consultation, et Magnotta lui a dit qu'il prenait trois antidépresseurs, mais pas qu'il prenait aussi des antipsychotiques.

L'accusé a alors révélé qu'il avait été soigné pendant 15 ans en Ontario pour un trouble bipolaire, mais selon la docteure Jean-Destin, il n'a jamais évoqué la schizophrénie.

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