NOUVELLES

Hollande sur le climat: éviter les erreurs du sommet de Copenhague

03/11/2014 11:48 EST | Actualisé 03/01/2015 05:12 EST

OTTAWA - Le Canada et ses partenaires doivent s'engager pleinement dès aujourd'hui pour éviter que la conférence sur le climat de Paris en 2015 ne se termine en queue de poisson comme celle de Copenhague, a plaidé lundi le président français François Hollande.

«Nous voulons éviter ce qui s'est produit au Danemark (en 2009), où les chefs d'État et de gouvernement ont pensé faire l'accord dans les dernières heures», a fait valoir M. Hollande en conférence de presse, lundi midi, à l'issue de son discours aux Communes.

«On ne fait pas des accords dans les dernières heures. On doit faire l'accord dans les prochains mois», a-t-il poursuivi sous le regard du premier ministre canadien Stephen Harper.

Le président français a dit souhaiter, en tant que futur hôte de la conférence de Paris, que les dirigeants commenceront à préparer le terrain dès la prochaine rencontre du G20. Celle-ci se tiendra à Brisbane, en Australie, les 15 et 16 novembre.

Lors de son allocution devant les parlementaires, M. Hollande a tenu à souligner l'importance capitale de la lutte aux changements climatiques.

«L'inaction conduirait à un scénario catastrophique qui serait inacceptable — qui serait sans doute vivable pour nous, mais invivable pour nos enfants et nos petits-enfants», a-t-il lancé pendant son discours d'une trentaine de minutes.

À l'issue de la prise de parole du président Hollande, le premier ministre Harper a vanté la performance de son gouvernement au chapitre environnemental et affirmé qu'il souhaitait la conclusion d'une entente globale satisfaisante pour toutes les parties.

«Notre objectif, depuis notre arrivée en fonction, est d'établir un protocole universel parmi les grands émetteurs avec des cibles qui sont obligatoires», a-t-il signalé lors de la conférence de presse.

Il n'en demeure pas moins qu'à Copenhague, le Canada s'est forgé une réputation de paria climatique — il s'était alors vu décerner le prix «Fossile de l'année» par des organisations non gouvernementales —, a rappelé Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace.

Le président de la République française lui a donc «montré la voie à mots couverts», le Canada devant visiblement «être remis à sa place», a suggéré M. Bonin en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, lundi après-midi.

Mais en entamant sa visite d'État dans l'Ouest canadien, haut lieu de l'exploitation des sables bitumineux, François Hollande a envoyé un bien drôle de signal, a-t-il analysé.

«La symbolique de cette visite a clairement lancé le mauvais message d'entrée de jeu, a déploré M. Bonin. L'exploitation des sables bitumineux est incompatible avec la lutte aux changements climatiques.»

Lors de son passage dans l'Ouest, le président français a encouragé les entreprises de l'Hexagone à investir massivement dans cette industrie.

Questionné à ce sujet par une journaliste française, il a assuré ne pas voir de contradiction entre ces appels à l'investissement et ceux à l'action en matière de changements climatiques.

M. Harper a par la suite tenu à ajouter son grain de sel: «On a réduit par 40 pour cent les émissions de gaz à effet de serre dans les sables bitumineux dans les récentes années, et maintenant, la situation est que ces émissions sont plus ou moins les mêmes que d'autres formes de pétrole lourd».

Liens économiques France-Canada

En plus de profiter de sa visite au pays pour y aller de ce plaidoyer environnemental, le dirigeant de la République française a lancé un appel à un accroissement des liens économiques entre Paris et Ottawa.

Rappelant que la France est le huitième fournisseur du Canada et son neuvième client, M. Hollande a dit espérer mieux: «Ce n'est pas la place que nous voulons occuper», a-t-il insisté lors du discours qu'il a livré à la Chambre des communes.

Il s'est ainsi dit «convaincu que l'Accord économique et commercial signé entre l'Union européenne et le Canada peut contribuer au développement» des échanges économiques entre les deux nations.

Le premier ministre Harper a par la suite invité les représentants des milieux d'affaires à insuffler toute l'énergie nécessaire au succès de ce traité de libre-échange signé le 26 septembre à Ottawa.

«Vous êtes les créateurs de sécurité économique pour la population et de prospérité pour les pays», a-t-il expliqué lors d'un bref discours au Economic Club of Canada.

«Vous ouvrez les marchés et vous créez les emplois, et vous êtes ceux qui, ultimement, doivent insuffler une vie à l'entente Canada-Union européenne», a ajouté M. Harper.

Lutte au terrorisme

Le président Hollande a entamé son discours devant les parlementaires en rappelant les événements tragiques du 22 octobre dernier.

Il a dit regretter que ce «haut lieu de la démocratie» qu'est le parlement canadien ait été «profané» par une «attaque d'inspiration terroriste dont le but ultime est de s'en prendre à l'idée même de liberté».

Le dirigeant a ensuite rappelé que son pays et le Canada participent tous deux aux bombardements contre le groupe armé État islamique.

«Aujourd'hui, face à un mouvement terroriste qui tue, qui massacre, qui rase des villages, qui met les femmes et les enfants en situation de servage, qui les noie dans les puits, est-ce que nous pourrions rester sans réaction, indifférents, en pensant que ça ne nous concerne pas? Non», a martelé M. Hollande.

À la suite de ces propos, les députés conservateurs se sont levés d'un bond, applaudissant énergiquement le président. Leurs collègues de l'opposition néo-démocrate et libérale sont pour leur part demeurés assis sur leurs banquettes.

C'était la première fois en 27 ans qu'un président français s'adressait au Parlement. La dernière fois, c'était à l'occasion d'une visite d'État de François Mitterrand, en 1987.

Après avoir rencontré le chef de l'opposition officielle Thomas Mulcair, lundi après-midi, François Hollande a mis le cap sur le Québec.

Le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, n'a pu obtenir de rendez-vous avec le président français en raison de l'horaire chargé de ce dernier. M. Trudeau était absent lors du discours de M. Hollande en Chambre.

PLUS:pc