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Burkina Faso: l'armée promet de céder le pouvoir à un gouvernement de transition

03/11/2014 11:12 EST | Actualisé 03/01/2015 05:12 EST

OUGADOUGOU, Burkina Faso - L'armée du Burkina Faso a promis lundi de remettre le pouvoir à un gouvernement de transition dirigé par un leader «choisi par tous les secteurs de la société», de manière à combler le vide créé par la démission soudaine du président Blaise Compaoré, qui a fui le pays vendredi.

L'armée semblait en contrôle, après que l'opposition eut retiré ses demandes pour que l'armée cède le pouvoir. Le pays est plongé dans la tourmente depuis la démission, la semaine dernière, du président Blaise Compaoré, après de violentes manifestations dans lesquelles 30 personnes seraient mortes, selon l'opposition.

Le lieutenant-colonel Isaac Yacouba Zida, qui a été officiellement nommé par les militaires chef d'un gouvernement de transition, dimanche, a rencontré lundi des diplomates étrangers et des leaders africains, à qui il a annoncé que le pays sera dirigé par un nouveau gouvernement de transition dans le cadre prévu par la Constitution. Il n'a pas précisé si ce gouvernement de transition serait dirigé par un civil ou un militaire, et n'a pas non plus fixé d'échéancier.

Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine a donné lundi deux semaines aux militaires pour remettre la direction du pays à un gouvernement légitime en vertu de la Constitution, sans quoi des sanctions pourraient être imposées au pays.

L'opposition a fait une concession majeure en cessant d'exiger que l'armée ne rende immédiatement le pouvoir. Le politicien Zéphirin Diabré a déclaré que la transition démocratique ne pouvait être accomplie que par «une consultation étendue impliquant toutes les forces démocratiques et sociales du pays, et toutes les institutions du pays, dont l'armée nationale». M. Diabré a publié ce communiqué au nom de tous les partis d'opposition.

La raison pour laquelle les députés de l'opposition ont changé leur fusil d'épaule n'est pas claire, compte tenu de l'appui qu'ils recevaient de l'ONU, de l'Union africaine, des États-Unis et des Communautés européennes, qui ont tous condamné le coup de force militaire. L'ONU menace d'imposer des sanctions au pays. Personne n'a encore qualifié la chose de coup d'État, ce qui aurait des conséquences judiciaires, notamment en coupes dans l'aide militaire fournie par les États-Unis.

«Nous demandons encore une transition supervisée par les autorités civiles qui respecte l'esprit de la Constitution» et prévoit l'organisation rapide d'élections démocratiques, a déclaré lundi la porte-parole du département d'État américain, Jen Psaki.

Le secrétaire-général de l'ONU, Ban Ki-moon a pour sa part affirmé qu'il espérait que le dialogue mènerait à «un arrangement de transition pacifique et démocratique» pour rétablir l'ordre constitutionnel.

La capitale, Ouagadougou, était calme, lundi, et les soldats étaient absents des rues, après plusieurs jours de violences.

Des manifestants avaient incendié la législature, jeudi dernier, pour empêcher les députés de voter sur un projet de loi qui aurait permis au président Compaoré de solliciter un nouveau mandat, après 27 ans au pouvoir.

Dimanche, la nomination du lieutenant-colonel Zida a provoqué la colère des manifestants, qui ont réclamé que l'armée cède le pouvoir. Plusieurs militants politiques se sont ralliés à M. Zida, alors que d'autres ont plutôt questionné sa légitimité.

En vertu de la Constitution, c'est le président de l'assemblée législative qui remplace le président en cas de vacance du pouvoir. Mais le président de l'assemblée est un proche du président Compaoré, et comme une trentaine d'autres députés, il s'est réfugié au poste de police principal de la capitale.

Dimanche, des coups de feu ont été entendus à l'extérieur des bureaux de la télévision d'État, alors qu'une politicienne de l'opposition s'apprêtait à annoncer qu'elle avait pris le contrôle du pays, plongé dans la tourmente politique depuis le départ forcé du président. Saran Sérémé et ses partisans s'étaient rendus à la télévision d'État pour annoncer qu'elle prenait les rênes de ce pays de l'Afrique de l'Ouest.

L'arrivée en trombe du général Kwame Lougué a toutefois empêché Mme Sérémé de mener à terme son projet. L'armée a ensuite déployé plusieurs véhicules dans les rues menant aux bureaux de la télévision.

Ce pays de 17 millions d'habitants, anciennement appelé Haute-Volta, a changé son nom pour Burkina Faso lorsque Compaoré et son meilleur ami, Thomas Sankara, ont chassé du pouvoir une faction militaire modérée, en 1983, dans le cadre d'une révolution gauchiste. Les militaires dirigeaient l'ancienne colonie française depuis 1966, six ans après l'indépendance.

Compaoré a mené son propre coup d'État en 1987, au cours de laquelle son ami Sankara a été assassiné. En 1989, il a fait condamner puis exécuter sommairement ses deux codirigeants, pour haute trahison. Il a été réélu depuis grâce à la division du vote de l'opposition.

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