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Menace terroriste : comment reconnaitre un ennemi potentiel?

02/11/2014 02:44 EST | Actualisé 02/11/2014 02:46 EST
Radio-Canada.ca

« Les terroristes ne viennent pas avec un flasher sur la tête. » À l'avant de la salle, un policier spécialiste de l'antiterrorisme répète cette phrase pour bien faire comprendre à ses confrères que le profil type du terroriste n'existe pas.

Un texte de Mylène Crête

Environ 70 agents d'un peu partout au Québec assistent à cette formation de trois jours organisée par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Radio-Canada a eu un accès exclusif à l'une des séances.

Ces policiers doivent comprendre la menace terroriste pour mieux la contrer, mais l'ennemi est difficile à cerner. Sur son écran, Jamel Ouici fait défiler des photos de gens qui ont commis des attentats ou qui ont menacé d'en perpétrer.

« Denis Marc Pelletier, ce n'est pas Mohammed Abdul Jabbar. C'est un Québécois », fait-il remarquer.

Cette photo est celle d'un Québécois qui a été condamné à purger une peine de neuf mois d'emprisonnement en 2013 après avoir écrit des lignes alarmantes sur sa page Facebook. En montrant cette photo, le formateur, d'origine algérienne, veut pourfendre les stéréotypes.

« Il n'y a pas de cas typique. Il n'y a pas de profil. La barbe, ça ne veut rien dire. Il y a des motards qui ont des barbes. »

— Le sergent Hakim Bellal, responsable de la sensibilisation à la sécurité nationale pour la GRC

La GRC, la Sûreté du Québec et le Service de police de Montréal offrent ces ateliers de formation aux corps policiers de l'ensemble de la province depuis 2010. Le but de la formation est d'outiller des patrouilleurs et des enquêteurs pour qu'ils puissent identifier des comportements suspects qui peuvent être associés au terrorisme.

Le phénomène est difficile à percer parce que la menace ne provient pas toujours d'un groupe organisé. Les attaques de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa ont démontré que des individus pouvaient agir seuls et de façon imprévisible. « Il n'y a pas une organisation policière ou de sécurité dans le monde qui va dire qu'elle est en avant du terrorisme », fait remarquer le formateur.

« C'est beaucoup plus difficile à détecter parce que ça se fait en privé dans leur résidence ou dans des cafés, sur Internet, et il faut savoir que ces gens sont en train de faire ces démarches-là pour se radicaliser à la violence et s'endoctriner », reconnaît la surintendante de la GRC Martine Fontaine, qui est responsable de la section de la sécurité nationale pour le Québec. À la différence d'un simple crime, l'attentat terroriste est motivé par une idéologie politique religieuse ou sociale.

« La meilleure arme pour lutter contre le terrorisme, c'est le renseignement », affirme Jamel Ouici à son auditoire captivé. Le meilleur outil : le calepin. Les policiers doivent être à l'affût lors de leurs interventions de tout détail qui pourrait leur donner un signe qu'un individu s'est radicalisé et transmettre cette information aux divisions antiterroristes pour qu'elle soit validée. Aucune piste ne doit être négligée.

« En tant que patrouilleur, on peut retrouver ces signes-là dans n'importe quelle intervention de tous les jours. »

— Hugues Beauchemin-Lemyre, participant du Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu

Des liens avec la communauté

Les liens avec la communauté dans laquelle œuvrent ces policiers sont également primordiaux. Parents et amis sont souvent les premiers à constater la transformation du comportement d'un individu qui se radicalise. « L'isolement, le changement d'amis, plus de musique, ils ne veulent plus de boisson dans la maison », énumère la surintendante Martine Fontaine en faisant référence à l'islamisation radicale.

Le but de la formation est d'arriver à devancer la menace terroriste, mais le travail de sensibilisation auprès des citoyens demeure immense. La GRC entend dévoiler son approche communautaire à la radicalisation d'ici la fin de l'année. Pour le corps policier, les attaques de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa rendent ce travail d'éducation encore plus important.

D'après les reportages de Daniel Thibeault et de Manon Globensky

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