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La baisse des crédits d'impôt «dérange» le grand patron de Bombardier

30/10/2014 06:28 EDT | Actualisé 30/12/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - Même s'il ne brandit pas la menace de délocaliser certaines activités, le président et chef de la direction de Bombardier prévient que la réduction de 20 pour cent des crédits d'impôt risque d'influencer les investissements de l'entreprise au Québec.

Pierre Beaudoin a indiqué jeudi que cette décision du gouvernement Couillard était «quelque chose» qui «dérange» la société, qui dit avoir investi énormément dans ses installations québécoises pour la recherche et le développement.

«On a plusieurs milliers d'ingénieurs qui travaillent sur nos appareils», a-t-il dit, au cours d'une conférence téléphonique visant à discuter des résultats du troisième trimestre de Bombardier (TSX:BBD.B).

D'après M. Beaudoin, cette réduction va également influencer les fournisseurs de la société ainsi que l'ensemble des acteurs du secteur aéronautique lorsque viendra le temps de choisir une juridiction pour y investir.

«C'est certain que lorsque que l'on investit (...) et que nous voulons être concurrentiels à l'échelle mondiale, il faut évaluer les meilleurs endroits pour réaliser le travail», a-t-il laissé tomber.

Le dirigeant de Bombardier a affirmé que l'avionneur avait plaidé pour un retour en arrière lors de son passage, la semaine dernière, devant la Commission d'examen sur la fiscalité québécoise mise sur pied par Québec pour trouver des économies de 650 millions $.

«On pense qu'ils (au gouvernement) devraient retourner au niveau d'avant les changements», a-t-il indiqué.

Bombardier a par ailleurs indiqué qu'elle mettait sur la glace son projet de 3,4 milliards $ avec la société d'État russe Rostec en raison de la situation économique et politique de ce pays.

«Nous n'allons pas de l'avant parce qu'en ce moment, les conditions ne sont pas favorables», a expliqué M. Beaudoin, en rappelant néanmoins l'importance du marché russe pour les secteurs du transport et de l'aéronautique de Bombardier.

L'entreprise souhaitait conclure une entente avec Rostec afin de mettre en place une usine d’assemblage d’appareils Q400 pour au moins 100 avions, mais les négociations ont été influencées par les sanctions canadiennes imposées à la Russie.

M. Beaudoin a toutefois tenu à préciser cette situation n'empêcherait pas Bombardier de discuter avec son interlocuteur russe.

«On regarde d'autres façons pour pénétrer le marché de la Russie, a-t-il expliqué. Ils (les Russes) ont besoin d'un avion comme le Q400, donc, on continue les discussions pour le vendre là-bas.»

Au troisième trimestre, en dépit d'une hausse de 20 pour cent de ses revenus, Bombardier a vu ses profits plonger de moitié, à 74 millions $ US, en raison de la réorganisation ayant entraîné la suppression de 2900 postes dans ses divisions aéronautique et transport.

Au total, quelque 2000 travailleurs ont été licenciés chez Bombardier aéronautique, ce qui est un peu plus que les 1800 qui avaient été annoncés. Du côté de la division transport, 900 emplois ont été supprimés — environ 100 de moins que prévu.

Cela s'est traduit par un montant non récurrent de 63 millions $ US au troisième trimestre, dont 57 millions $ US ont été consacrés à la réduction d'effectifs.

À plus long terme, l'entreprise québécoise s'attend à ce que cette réorganisation se traduise par des économies annuelles de 268 millions $ US, soit 200 millions $ du côté de l'aéronautique et 68 millions $ US dans la division transport.

«Dans les deux divisions, la structure sera allégée, ce qui réduira les coûts en plus d'augmenter la profitabilité», a fait remarquer M. Beaudoin aux analystes.

Pour la période de trois mois terminée le 30 septembre, Bombardier a engrangé un bénéfice net de 74 millions $ US, ou trois cents par action, en recul par rapport à 147 millions $ US, ou huit cents par action, à la même période en 2013.

Toutefois, sur une base ajustée, les profits de l'entreprise ont bondi de 35 pour cent pour s'établir à 222 millions $ US, ou 12 cents par action, ce qui a battu de trois cents par action les attentes des analystes sondés par Thomson Reuters.

Le chiffre d'affaires de Bombardier est quant à lui passé de 4,1 milliards $ US à 4,9 milliards $ US. En date du 30 septembre, son carnet de commandes atteignait 72,4 milliards $ US, comparativement à 69,7 milliards $ US au 31 décembre 2013.

Le programme d'essais en vol de la CSeries — le nouvel appareil commercial de l'entreprise — atteint maintenant 450 heures, soit une augmentation de 36 pour cent depuis la reprise du 7 septembre après une interruption de trois mois.

M. Beaudoin a réitéré que la première livraison du CS100 devrait avoir lieu au cours de la deuxième moitié de l'année 2015. Le carnet de commandes de la CSeries compte un engagement pour 563 appareils, dont 243 commandes fermes.

Si les analystes ont qualifié de positive la performance trimestrielle de Bombardier, ils se sont toutefois questionnés quant à l'utilisation des flux de trésorerie, qui ont été de 368 millions $ US, en recul par rapport à 522 millions $ US à la même période l'an dernier.

«Avec des dépenses en capital en recul au troisième trimestre, nous croyons que Bombardier fait un pas dans la bonne direction afin d'améliorer son bilan financier», a souligné Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux.

En mi-journée, à la Bourse de Toronto, le titre de Bombardier cédait 2,55 pour cent, ou neuf cents, pour se transiger à 3,78 $.

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