POLITIQUE

Évasions d'Orsainville: la ministre Lise Thériault dépose le rapport (VIDÉO)

30/10/2014 01:21 EDT | Actualisé 30/12/2014 05:12 EST

QUÉBEC - La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, a rendu public un rapport sur la spectaculaire évasion par hélicoptère qui a provoqué des cafouillages politiques, en juin dernier.

Mme Thériault n'a pas été en mesure de préciser, jeudi, si des membres du personnel impliqué dans ce dossier avaient été congédiés ou sanctionnés, malgré le fait qu'elle avait affirmé avoir été victime de mensonges.

«Je ne suis pas dans la chasse aux sorcières, je suis dans l'action, le plan d'action est déjà en cours au ministère, a-t-elle dit. Et pour moi, les correctifs concernant la transmission de l'information, ils ont été apportés déjà, ce qui change toute la donne évidemment.»

Au centre de la tourmente, en juin dernier, après des déclarations contradictoires, Mme Thériault avait déclaré que les communications gouvernementales étaient entravées par des menteurs dans l'appareil de l'État.

En septembre, Mme Thériault avait dévoilé un extrait du rapport indiquant que durant cette période, des informations «erronées, incomplètes ou imprécises» ont été transmises à son cabinet par la Sûreté du Québec, la direction des services correctionnels et des avocats du ministère de la Justice.

Le document fait référence à la confusion entourant l'installation ou non des filets anti-hélicoptère au-dessus des établissements, un élément sur lequel Mme Thériault avait trébuché en laissant entendre que le processus était en marche alors qu'il ne l'était pas.

Selon le rapport, le cabinet de Mme Thériault avait pourtant reçu une note, dès le lendemain de l'évasion, précisant qu'aucun filet n'était installé dans les prisons de juridiction québécoise.

Le document précise également que Mme Thériault a été informée deux jours après l'évasion que la décision du juge Louis Dionne d'assouplir les conditions de détention de Serge Pomerleau, Denis Lefebvre et Yves Denis, était frappée d'une ordonnance de non-publication, bien qu'elle ait abordé le sujet lors de points de presse.

«Le cabinet de la ministre sera informé du caractère confidentiel de ces informations en toute fin d'après-midi seulement, alors qu'une information contraire avait été fournie à son personnel de cabinet quelques heures auparavant par les avocats du ministère de la Justice», indique le rapport.

L'ancien sous-ministre à la Justice Michel Bouchard, mandaté par le gouvernement pour faire une enquête administrative, avait remis son rapport à la ministre à la fin d'août dernier.

Le document de 76 pages, dont plusieurs passages sont caviardés, a été déposé jeudi à l'Assemblée nationale, après avoir fait l'objet de deux fuites dans les médias mercredi. Aucun communiqué de presse n'a été diffusé à ce sujet.

Mme Thériault a répondu aux journalistes dans un corridor du parlement, après la période des questions, où elle a expliqué qu'elle mettra en application la totalité des six recommandations que contient le rapport

Selon la ministre, la «principale recommandation» consiste à fournir aux directeurs de centres de détention des ressources juridiques pour prendre des décisions adéquates.

«Il y aura des juristes spécialisés dans le correctionnel et les personnes en poste d'autorité, lorsqu'elles auront besoin d'information ou d'être accompagnées, que les juristes, au directeur des poursuites criminelles et pénales, puissent les accompagner», a-t-elle dit.

Dans son rapport, M. Bouchard écrit que Brigitte Girard, la directrice de l'établissement de détention de Québec d'où se sont évadés les trois détenus, s'était sentie «coincée» devant le juge Dionne, qui recommandait d'assouplir leurs conditions de détention, par crainte d'une requête en habeas corpus qui compromettrait la tenue de leur procès pour trafic de drogue.

«J'ai senti que le juge voulait me passer un message clair qu'il ne voulait pas se mêler de notre gestion mais qu'il ne veut pas que celle-ci nuise au procès... Il a été convenu par la suite avec nos procureurs que le classement des P.I. se ferait comme d'habitude mardi prochain, il sera à la baisse et donc, nous ne donnerons pas d'emprise à la défense pour faire annuler le procès», indique l'extrait d'un courriel de Mme Girard cité dans le rapport.

Malgré des rapports de police qui exposaient les risques d'évasion des trois hommes, leurs conditions de détention seront assouplies et ils cesseront d'être détenus en isolement 23 heures sur 24 et ne porteront plus d'entraves dans leurs déplacements.

Selon le rapport, un hélicoptère est venu les chercher dans une cour de la prison d'Orsainville le soir du samedi 7 juin, à l'occasion d'une sortie.

Ce type d'évasion était le deuxième à survenir en 15 mois mais aucune mesure particulière n'avait été prise pour empêcher cette répétition, note le rapport.

«Cette première évasion au moyen d'un hélicoptère au Québec ne semble pas avoir créé au sein de la Direction des services correctionnels, dans les mois qui ont suivi, un sentiment d'urgence à se prémunir contre une tentative future», écrit M. Bouchard.

Le rapport d'une vérification interne, amorcée en avril 2013 sur cette première évasion, à la prison de Saint-Jérôme, n'était pas encore disponible en juin. Il le sera finalement en juillet dernier, après une demande pressante formulée par le sous-ministre.

M. Bouchard recommande que des délais soient à l'avenir fixés lorsqu'une enquête interne est mandatée pour faire la lumière sur des incidents, particulièrement lorsque ceux-ci concernent la sécurité, et que les effectifs appropriés soient affectés.

Le rapport propose aussi que les employés du milieu carcéral soient soumis à des fouilles, ce qui a mené le ministère à mettre en place des projets pilote dans deux centres de détention, a dit Mme Thériault.

«La fouille systématique se fait non seulement pour les employés, les agents de service correctionnel, mais tous les employés des centres de détention y compris les cadres, a-t-elle dit. Nous pourrons déployer par la suite, après le projet, dans tous les centres détention ces mesures-là.»

M. Bouchard demande aussi une révision de la classification des détenus pour tenir notamment compte du fait qu'ils appartiennent ou non à une organisation criminelle.

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