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Énergie Est, un projet qui va bien au-delà de Cacouna et des bélugas

30/10/2014 09:55 EDT | Actualisé 30/10/2014 09:56 EDT
Getty Images
CHICAGO, IL - NOVEMBER 20: A young beluga whale swims with an adult beluga at the John G. Shedd Aquarium on November 20, 2012 in Chicago, Illinois. The calf, which was born Aug. 27, currently weighs 205 pounds and is gaining 12 to 15 pounds a week. Mauyak, the calf's mother, weighs 1,200-pounds. The Shedd Aquarium is a nonprofit organization that houses over 32,500 aquatic animals. (Photo by Scott Olson/Getty Images)

Au moment où TransCanada s'apprête à déposer son ambitieux plan d'oléoduc à l'Office national de l'énergie du Canada, force est de constater que ce projet d'envergure incarne les choix difficiles à faire entre économie et environnement.

D'après un reportage de Marc Godbout

Claude Lizotte, un résident de Cacouna, ne sait pas trop quoi penser du projet Énergie Est de TransCanada. Il est aux premières loges, puisque l'oléoduc controversé aboutirait tout près de chez lui, dans le port en eau profonde de Gros-Cacouna. C'est entre autres à partir de cet endroit que TransCanada veut exporter du pétrole canadien vers de nouveaux marchés.

« Je suis très indécis. C'est parce qu'on suppose des choses. On dit : "Les bélugas vont disparaître." Prouve-le-moi! »

— Claude Lizotte, résident de Cacouna

Le port en eau profonde de Gros-Cacouna, qui n'a jamais vraiment trouvé sa vocation, est devenu aujourd'hui le symbole du dilemme entre le développement économique et la protection de l'environnement.

« C'est embêtant tout ça. Aujourd'hui, on évolue, et dans toute évolution, qu'on le veuille ou non, ça veut dire dérangement. »

— Claude Lizotte

Ce projet de 12 milliards de dollars est le plus important du genre en développement en Amérique du Nord.

Philippe Cannon, porte-parole de TransCanada, explique que le projet a d'abord pour objectif de « donner aux raffineurs l'opportunité d'avoir accès à un pétrole qui est moins cher, qui provient d'une région qui est plus stable politiquement aussi. Le deuxième but, c'est de l'exporter. »

Au Québec, le projet traversera plus de 80 bassins hydrographiques distincts et plus de 600 cours d'eau, dont :

  • La rivière des Outaouais
  • La rivière des Mille-Îles
  • La rivière Saint-Maurice
  • Le fleuve Saint-Laurent
  • La rivière des Prairies

Entre économie, politique et environnement

L'enjeu est économique, mais aussi éminemment politique. Et les préoccupations environnementales ne font qu'attiser les débats.

Les prochaines étapes soulèvent bien des questions, alors que TransCanada cherche à convaincre des centaines de communautés de la pertinence de son projet. Tout le long du trajet, le promoteur n'hésite pas à faire miroiter les retombées pour des emplois directs et indirects, ou encore de taxes foncières.

Un argument de poids pour les petites municipalités. Mais pour Claude Lizotte, ce n'est qu'une partie de l'équation : « Il est difficile d'arriver à dire c'est non ou c'est oui. C'est tellement important, il y a tellement de considérations là-dedans. »

« Un risque qui est grand, qui est énorme, c'est qu'on aille trop vite, qu'on aille plus vite que prévu. »

— Claude Lizotte

Une évaluation environnementale à la va-vite?

Bien des gens se demandent comment l'Office national de l'énergie fera pour étudier un projet aussi important en si peu de temps. En effet, l'Office, une fois qu'il aura toute la documentation du promoteur en main, n'aura que 15 mois pour réviser l'ambitieux projet. Avant, il n'y avait aucune limite de temps pour les audiences fédérales.

L'étude de ce mégaprojet se fera dans le cadre des nouvelles règles du jeu du gouvernement conservateur. La réforme du fédéral vise à simplifier et accélérer le mécanisme.

« Il faut comprendre que ce pipeline traverse des milieux agricoles, des milieux sensibles, des cours d'eau. Alors, ça fait potentiellement appel à beaucoup de spécialistes. Je ne vois pas comment l'Office national de l'énergie peut prendre en considération tous les aspects techniques en si peu de temps. »

— Michel Bélanger, avocat spécialisé en droit de l'environnement

L'Office national de l'énergie a désormais l'entière responsabilité de l'évaluation environnementale de tout projet de pipeline interprovincial. Ce tribunal analysera le projet Énergie Est et soumettra ses recommandations au gouvernement fédéral. Ce dernier aura alors le dernier mot. La vice-présidente de l'organisme, Lyne Mercier, explique que le mandat de l'Office, « c'est de concilier l'environnement, l'économie et le socio-économique. Ce n'est pas un ou l'autre, c'est les trois ».

À la veille du dépôt officiel du projet de TransCanada, l'Office national de l'énergie se fait rassurant. Si 15 mois ne suffisent pas, l'organisme pourrait demander une prolongation au gouvernement.

« On va commencer avec le délai qui nous est accordé. On va essayer de faire de notre mieux et ensuite on verra s'il y a des aménagements à faire. »

— Lyne Mercier, vice-présidente de l'Office national de l'énergie

Lyne Mercier souligne que « le comité d'audience va faire tout en son pouvoir pour avoir un processus équitable, parce que c'est ça qui est important ».

Pour Sylvain M. Audette, de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal, il s'agira là pour l'Office d'un test. « Je pense qu'ils prennent à cœur ces nouvelles responsabilités. Mais à la question est-ce que c'est un test? Un projet aussi gros que ça, je suis obligé de dire que oui. »

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