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Burkina Faso: le président refuse de démissionner malgré les violences

30/10/2014 08:13 EDT | Actualisé 30/12/2014 05:12 EST

OUGADOUGOU, Burkina Faso - Le président de longue date du Burkina Faso, au pouvoir depuis 27 ans, a refusé de démissionner jeudi dans la foulée de violentes manifestations représentant la menace la plus importante envers son règne. Il a plutôt fait savoir qu'il dirigerait un gouvernement transitoire après la dissolution du Parlement.

Des protestataires ont donné l'assaut contre le parlement et en ont incendié une partie dans le cadre d'une journée de violences nationales visant à stopper un vote qui aurait permis au président Blaise Compaoré de tenter d'obtenir un cinquième mandat.

Au moins une personne a été tuée et plusieurs autres blessées lors des échauffourées, et un couvre-feu a été imposé de 19h à 6h le lendemain.

L'état d'urgence a aussi été imposé pendant plusieurs heures, jeudi, pour finalement être levé en fin de soirée.

Dans ce qui a été présenté comme une concession envers l'opposition, M. Compaoré a accepté jeudi de retirer le projet de loi. Le geste n'a cependant pas calmé la grogne populaire, et le général de l'armée Honoré Traoré, le chef d'état-major, a par la suite annoncé la dissolution du Parlement et la formation d'un gouvernement plus inclusif.

Après quelques heures de confusion durant lesquelles on ignorait si M. Compaoré allait s'accrocher au pouvoir, voire même où il se trouvait, le président s'est exprimé brièvement à la radio et à la télévision pour affirmer qu'il était toujours aux commandes, et qu'il ne démissionnerait pas.

«Je suis ouvert aux discussions avec tous les partis», a-t-il assuré dans un discours enregistré. Le gouvernement de transition comprendra des représentants de tous les camps politiques et visera à tenir des élections dans les 12 prochains mois.

Il n'était pas possible de savoir si l'opposition accepterait de joindre un tel gouvernement d'unité, et la violente manifestation de jeudi souligne la menace à laquelle fait désormais face le président, alors que la frustration gronde dans l'un des pays les plus pauvres d'Afrique. Signe de la révolte qui couve, des foules ont aussi attaqué les résidences de ministres et pillé des magasins dans la deuxième plus grande ville du pays, Bobo Dioulasso, ont mentionné des témoins.

«C'en est fini du régime!», «Nous ne voulons plus de lui!», ont crié les manifestants lorsqu'ils ont appris que le vote sur la durée des mandats politiques avait été suspendu.

Des flammes ont enveloppé le principal bâtiment du parlement, et plusieurs législateurs ont pris la fuite vers un hôtel voisin. Les images de voitures en feu et de colonnes de fumée dans la capitale, Ouagadougou, ont rapidement fait réagir la communauté internationale. Mohamed Ibn Chambas, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, a déploré «la détérioration de la situation sécuritaire», selon un communiqué.

Dans une tentative de ramener le calme, des leaders militaires ont rencontré jeudi le chef traditionnel du plus grand groupe ethnique du pays, les Mossis, selon Jonathan Yameogo, un porte-parole du parti au pouvoir.

Le Burkina Faso a longtemps été connu pour sa stabilité relative dans une Afrique de l'Ouest politiquement instable, mais les tensions se sont accrues en raison des tentatives de M. Compaoré de prolonger son mandat à la tête du pays.

En 2011, déjà, M. Compaoré avait dû affronter une autre crise, lorsque plusieurs vagues de manifestations ont déferlé sur le pays. La révolte a débuté lorsque des étudiants ont incendié des bâtiments gouvernementaux dans plusieurs villes après qu'un jeune homme est mort alors qu'il était détenu par les forces de sécurité, supposément des suites de mauvais traitements.

Des citoyens ordinaires sont descendus dans les rues pour protester contre la hausse du prix des aliments, et des soldats ont pillé des commerces et volé des voitures pour exprimer leur mécontentement à propos de leurs bas salaires. À la mi-avril de cette année-là, des mutins avaient occupé le palais présidentiel, forçant M. Compaoré à prendre la fuite.

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