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«Lit double 3» de Janette Bertrand: faire durer l'amour (PHOTOS)

19/10/2014 07:55 EDT | Actualisé 20/10/2014 11:18 EDT
Libre Expression

«Le Huffington Post, j’adore! Je regarde les deux versions, la française et l’anglaise. Je trouve ça extraordinaire, parce que ce n’est pas partisan de quoi que ce soit, on ne sent aucune volonté politique derrière cette tribune…»

À l’autre bout du fil, Janette Bertrand s’emballe à propos du Huffington Post Québec. À 89 ans, la dame n’est pas effrayée par le web, loin de là. Même qu’elle doit parfois se faire violence pour interrompre sa navigation et retourner faire voler ses doigts sur le clavier, pour rédiger ses bouquins.

Son petit dernier en lice, Lit double 3, est le dernier volet de sa trilogie amorcée en 2012. Dans cette conclusion, Janette Bertrand nous ramène son couple de maraîchers septuagénaires, Clara et Étienne, qui abordent un nouveau tournant de vie, les jeunes Magali et Samuel, toujours passionnés, Robert et Mireille, qui tentent de maintenir leur union à flot malgré les aléas du quotidien, et Nicolas et Nancy, dont l’existence tranquille avec le petit Lulu sera ébranlée par la maladie. Avec le tandem Claude et Francis, l’auteure traite de fidélité et d’homoparentalité, et avec Charlène et Jean-Christophe, de la difficulté se rebâtir une vie à deux avec une ex omniprésente dans le décor.

À travers les destins croisés, les personnages liés les uns aux autres de Lit double, Janette Bertrand poursuit la mission à laquelle elle se consacre depuis toujours : illustrer que l’amour peut durer, au-delà des battements de cœur et des mains moites engendrés par la passion des débuts qui, elle, ne dure que de «huit mois à deux ans», selon son estimation personnelle de femme qui cumule 64 ans de vie de couple.

«En général, les jeunes ne savent pas ce qu’est l’amour, même avec tout ce qu’ils voient, explique-t-elle. Les hommes regardent beaucoup de sexualité sur le web, et les femmes, notre porno, ce sont les magazines, les romans sentimentaux. Et on pense souvent que l’amour, c’est ça. Or, ce n’est que la passion. Ce n’est pas ça, l’amour. Finalement, il y a une grande ignorance de ce qu’est l’amour, d’où le nombre de séparations et de divorces. Il y a une incompréhension totale, totale.»

«Mes trois livres vont un peu à l’encontre de ça, continue Janette Bertrand. Je veux démontrer que la vie à deux, c’est compliqué, mais que c’est possible, que l’amour dure. J’ai voulu parler de couples de tous les âges, qui traversent les conflits possibles entre deux étrangers, qui ne sont finalement liés que dans le lit double.»

«J’ai 89 ans et 64 ans de vie de couple, en deux fois, derrière moi. Je commence à savoir un peu ce que c’est, l’amour qui dure. Et j’ai voulu transmettre ce que je sais.»

Vivre à deux, c’est merveilleux

Janette Bertrand le reconnaît ouvertement: si un conjoint l’avait quittée, la laissant seule avec deux bébés, elle aurait préféré poursuivre sa route célibataire. Mais elle aime trop les bonheurs d’un quotidien partagé pour s’en priver.

«On peut bien vivre seul. On s’accommode. Mais, quand on est bien à deux, c’est merveilleux. La complicité, l’entente, faire plaisir à l’autre, c’est tellement merveilleux. Une union qui va bien, c’est l’union de deux personnes qui comblent un besoin profond de l’autre. Après la passion, c’est là que commence l’amour. Et il n’y a pas de meilleur fun que ça! Mais c’est à petites doses. Ce n’est pas comme dans les films, dans les livres, où tout arrive gros, gros, gros…»

S’il existe autant de recettes pour faire vivre une relation qu’il existe d’êtres humains en ce bas monde, Janette Bertrand conseille d’agir en amour comme on agirait en affaires, c’est à dire en portant attention à son partenaire. Parce que, d’après elle, aussi épris puissent être des tourtereaux au moment des premiers ébats, tout joue contre eux dès le départ s’ils souhaitent construire un foyer solide, qui s’épanouira avec les années.

«Ce n’est pas parce qu’on est attirés très fort sexuellement, et Dieu sait que ça peut être fort, que ça va bien marcher le reste des 24 heures. Tout est à faire. On est deux étrangers qui se mettent ensemble, qui n’ont pas été élevés de la même façon, qui ne viennent pas de milieux semblables ; alors, comment peut-on penser un seul moment que tout va bien aller?»

«Donc, moi, je trace la comparaison avec deux associés, nuance l’écrivaine. Il y a beaucoup de jeunes entrepreneurs, de nos jours. Des associés ont chacun mis leur argent dans l’entreprise. Alors, ils font attention l’un à l’autre, ils se ménagent.»

«À chaque petite chicane, il faudrait se regarder et se demander si ça vaut la peine de se disputer pour ça. Regarder l’autre et se poser la question. C’est très simple, et c’est extraordinaire comme ça désamorce.»

La saga Lit double terminée, l’hyperactive Janette Bertrand est déjà plongée dans un nouveau projet d’écriture : la suite de son autobiographie, Ma vie en trois actes, parue en 2004.

«Quand j’ai terminé Ma vie en trois actes, j’avais 79 ans, relate-t-elle. Là, je vais parler de ma vie de 80 à 90 ans. Le thème, c’est la vieillesse. De nos jours, on vit presque 100 ans. Je vais parler, avec la même vérité que lorsque je parle du couple, de la peur de vieillir, à travers ma propre histoire. Ce n’est pas un réquisitoire contre les CHSLD ou les résidences. Je vais m’adresser à ceux qui ne veulent pas vieillir et raconter comment on s’en tire bien, finalement, de la vieillesse. Ce sera l’épilogue de ma biographie…»

Janette Bertrand enseigne aussi l’écriture dramatique à l’Institut national de l’image et du son (INIS).

Lit double 3

Janette Bertrand

Éditions Libre Expression

328 pages

Présentement en librairie

Lancement du livre «Lit double 3» - Janette Bertrand