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Le ministre Jason Kenney est interpellé en cour sur sa position face au niqab

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JASON KENNEY
Roberto Machado Noa via Getty Images
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Jason Kenney a utilisé son compte Twitter, vendredi, afin d'obtenir des appuis à sa décision, alors qu'il était ministre de l'Immigration, d'interdire aux musulmanes de porter le niqab en prêtant le serment de citoyenneté canadienne.

M. Kenney, qui est aujourd'hui ministre de l'Emploi et du Développement social, a cru bon d'intervenir sur le média social alors que la Cour fédérale entend, à Toronto, une poursuite intentée contre le gouvernement conservateur par une musulmane de Mississauga. "Ceux qui prononcent le serment de citoyenneté devraient le faire publiquement, à visage découvert. Êtes-vous d'accord?", a-t-il demandé vendredi à ses 35 700 abonnés Twitter, dans les deux langues.

À l'époque, le ministre avait expliqué que ce voile représentait une vision de la femme qui n'était pas acceptable au Canada. Le Congrès musulman canadien avait salué sa "décision courageuse". L'organisme avait soutenu alors que le niqab et la burka sont utilisés à des fins politiques par des islamistes qui veulent créer des ghettos chez les musulmans, et les séparer du reste de la société.

Zunera Ishaq, d'origine pakistanaise, estime que la liberté de religion garantie par la Charte canadienne des droits et libertés devrait lui permettre de prêter serment en portant le niqab.

Ce voile, qui couvre tout le visage sauf les yeux, est porté par certaines musulmanes lorsqu'elles sont en public, ou en présence d'un homme qui n'est pas parent avec elles.

Lors des audiences en Cour fédérale, jeudi, un de ses avocats a plaidé que Jason Kenney avait imposé ses convictions personnelles lorsqu'il a décrété unilatéralement, dans une directive ministérielle de 2011, l'interdiction du niqab lors du serment de citoyenneté.

Me Lorne Waldman s'est d'ailleurs moqué vendredi de cette plaidoirie "inhabituelle" du ministre pendant que la cause est devant les tribunaux. L'avocat a soutenu que la Loi sur la citoyenneté ne prévoit pas que l'on voie ou que l'on entende la personne prêter serment. "Le citoyen Kenney peut bien avoir ses convictions personnelles, mais le ministre Kenney, lui, confond ses convictions avec ses obligations en tant que ministre de la Couronne", a-t-il soutenu en entrevue vendredi.

"En tant que ministre de la Couronne, il doit faire respecter les lois. Or, non seulement les changements qu'il a apportés n'étaient pas autorisés, mais ils n'étaient pas non plus compatibles avec les lois existantes ou avec la Charte."

L'avocat du gouvernement, lui, a plaidé jeudi que la citoyenneté constitue un privilège, pas un droit, et que Mme Ishaq avait déjà accepté de retirer son niqab pour la photo de son permis de conduire. Me Negar Hashemi a aussi rappelé que Mme Ishaq avait refusé l'offre qu'on lui avait faite de prêter serment à l'avant ou à l'arrière de la salle.

Le ministre Kenney expliquait il y a trois ans qu'il avait reçu des plaintes de députés, de citoyens et de juges de la citoyenneté, qui soulignaient qu'on ne pouvait pas vérifier si une personne voilée récitait effectivement le serment, comme l'exige la loi. "Permettre à un groupe de personnes de cacher leur visage, de cacher leur identité alors même qu'elles joignent notre communauté serait contraire à l'engagement fier du Canada pour l'ouverture à l'autre et la cohésion sociale."

Mme Ishaq, qui a été parrainée par son mari pour venir au Canada, avait refusé de participer à sa cérémonie de citoyenneté, en janvier dernier, lorsqu'elle a appris qu'elle devrait retirer son niqab pour prêter serment. Sa contestation en cour pourrait invalider la directive ministérielle.

Le juge de la Cour fédérale a pris la cause en délibéré.

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