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La psychose du virus Ebola gagne du terrain en Occident

17/10/2014 11:16 EDT | Actualisé 17/10/2014 11:21 EDT
MLADEN ANTONOV via Getty Images
A tourist poses for a photo next to Jeff Hulbert from Annapolis, Maryland, dressed in a protective suit and mask demanding for a halt of all flights from West Africa, outside the White House in Washington, DC on October 16, 2014. Top US health officials faced a grilling Thursday by lawmakers infuriated over the nation's fumbling response to the Ebola outbreak, as the Obama administration scrambles to contain the disease's spread. Centers for Disease Control (CDC) director Thomas Frieden has become the most prominent target of the criticism, which has mounted as it emerged that a second Texas health care worker infected with the deadly disease was allowed to board a commercial flight despite reporting a low-grade fever. AFP PHOTO/MLADEN ANTONOV (Photo credit should read MLADEN ANTONOV/AFP/Getty Images)

Aéroports, écoles, hôpitaux, parfois même jusque dans les chambres à coucher: la psychose d'une contagion de masse au virus Ebola gagne du terrain en Occident, malgré les appels au calme et les contrôles renforcés dans un nombre croissant de pays.

"On fait face à une peur et une prise de conscience que (le virus) peut passer les frontières", constate Nicolas Veilleux, psychologue de Médecins sans frontières (MSF), pointant un "décalage, une forme de distorsion entre la réalité et les peurs d'être contaminé".

"Ca s'est vu beaucoup au début de l'épidémie du sida dans les annees 80", rappelle-t-il, plaidant pour une meilleure "éducation" sur les modes de transmission du virus.

Les Etats-Unis ont justifié vendredi par un "excès de précaution" l'évacuation d'une employée d'un hôpital texan d'un bateau de croisière au large de Belize. Elle ne présente aucun symptôme mais a pu avoir été en contact avec un patient décédé d'Ebola à Dallas.

- Ebola par la fenêtre -

En Europe, l'Espagne fait figure d'épicentre : c'est là que le premier cas d'Ebola contracté hors d'Afrique a été diagnostiqué sur une infirmière qui avait traité deux missionnaires morts de la fièvre hémorragique après leur rapatriement du Liberia et de la Sierra Leone.

A Madrid, l'hôpital Carlos III, qui centralise le traitement des cas éventuels, a demandé aux médias de ne plus diffuser d'images de patients aux fenêtres. En cause: une avalanche d'appels reçus de personnes inquiètes que le virus puisse se répandre dans l'air.

Aux abords de l'établissement, une journaliste de l'AFP a difficilement trouvé un taxi, les chauffeurs craignant qu'elle soit contaminée.

Pour autant, le pays n'est pas seul frappé par l'angoisse. Début de fièvre, vomissement, maux de ventre, simple rhume, tout ou presque, même sans rapport avec les symptômes d'Ebola, peut provoquer un branle-bas de combat.

Partout, les premières victimes sont les ressortissants africains, d'où qu'ils viennent, et les voyageurs et professionnels, journalistes notamment, de retour des pays du continent touchés par l'épidémie.

Selon le dernier bilan de l'OMS, Ebola a fait près de 4 500 morts sur environ 9 000 cas enregistrés dans cinq pays d'Afrique (Liberia, Sierra Leone, Guinée, Nigeria, Sénégal), en Espagne et aux Etats-Unis.

En Italie, une alerte sanitaire a été déclenchée lundi quand un Somalien, qui n'avait pas quitté le pays depuis deux ans, a... saigné du nez et fait un malaise dans un bureau des services d'immigration où il venait faire renouveler ses papiers. Il s'agissait en fait d'une crise d'épilepsie.

Le même jour, un commissariat de police de la banlieue de Paris a été bouclé après qu'un homme de retour du Nigeria s'y est présenté en disant avoir des vomissements. Crainte rapidement levée: il n'avait pas de fièvre et était rentré en France depuis trois mois, bien au delà de la durée d'incubation de 21 jours.

- 'Comme au temps du choléra'-

La peur est particulièrement prégnante dans les aéroports, comme en Turquie, où plus d'une dizaine de fausses alertes ont été recensées à Istanbul.

En République tchèque, un étudiant ghanéen qui avait échappé lundi au contrôle sanitaire à l'aéroport de Prague a été rattrapé peu après par une équipe médico-policière en combinaison de protection qui l'a embarqué recouvert d'une bâche plastique noire.

En Belgique, des bagagistes de l'aéroport de Bruxelles ont refusé de décharger tout ou partie de vols en provenance de Guinée.

La psychose touche aussi les écoles. Aux Etats-Unis, deux établissements ont été fermés jeudi dans l'Ohio (nord) et le Texas (sud) de crainte que des élèves ou un enseignant couvent le virus après avoir voyagé entre les deux Etats sur le même vol qu'une infirmière contaminée.

En France, où de fausses alertes ont circulé sur les réseaux sociaux, des parents ont refusé la semaine dernière de déposer leurs enfants dans une école de Boulogne-Billancourt, près de Paris, en raison de la présence d'un élève récemment rentré de Guinée.

La discrimination va au delà des pays africains touchés par Ebola. En Grande-Bretagne, un école a, elle aussi sous pression des parents, annulé un échange avec un enseignant du Ghana.

A Paris, l'ambassade du Congo, qui cherchait un local pour une opération de renouvellement des passeports de ses ressortissants en France, a indiqué jeudi s'être vu refuser une location par une société en raison de "l'épidémie d'Ebola".

L'ostracisme n'épargne pas les journalistes de retour des zones contaminées d'Afrique de l'Ouest, comme en atteste l'édifiant témoignage publié jeudi par un correspondant allemand du Tages Anzeiger zurichois.

Basé en Afrique du Sud, Johannes Dieterich a raconté l'enfer de sa vie "comme au temps du choléra", depuis son retour de reportage au Liberia: tenu à l'écart par son entourage, contraint, pour rassurer sa femme, de faire chambre à part et s'engager à ne plus toucher aucun proche pendant les trois semaines d'incubation potentielle de la fièvre.

Ebola: les symptômes

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