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Formée pour être caissière chez Desjardins, on lui réclame 2000 $

12/10/2014 04:52 EDT | Actualisé 12/10/2014 04:52 EDT
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Exclusif - Que diriez-vous si vous acceptiez de suivre une formation afin de devenir caissière chez Desjardins et qu'au bout du compte, vous deviez rembourser 2000 $ de frais sous la contrainte d'une agence de recouvrement? C'est la situation à laquelle sont confrontées plusieurs jeunes femmes qui ont fait affaire avec des agences de placement de personnel.

Un texte de Julie VaillancourtTwitterCourriel

Cassy Pelletier traîne une dette de plus de 2000 $ depuis qu'elle a suivi une formation pour devenir caissière dans une caisse populaire.

En juin 2012, elle a signé un contrat avec Carrière Plus, une agence de placement de personnel. Ce type d'entreprise, très présente dans le réseau de la santé, réfère aussi de la main-d'oeuvre en sous-traitance dans le domaine bancaire, à Desjardins en particulier.

Lorsqu'elle a signé son contrat, Cassy Pelletier s'engageait à être disponible 6 jours semaine au cas où l'agence l'appellerait pour un remplacement dans une caisse populaire. Mais les appels étaient rares, à son grand dam.

« Moi, je voulais travailler, donc je me levais à 8 h le matin, je me préparais, je m'habillais parce que je pensais qu'ils allaient m'appeler, mais ils ne m'appelaient pas! », raconte la jeune femme de 24 ans. « Quand j'ai commencé à travailler, c'était des trois heures par semaine, ou dix heures si j'étais chanceuse », ajoute-t-elle.

Cet été-là, Cassy n'a travaillé qu'une quinzaine d'heures en moyenne par semaine. Une situation maintes fois dénoncée par Carole Henry, porte-parole de l'organisme de défense des droits des travailleurs Au bas de l'échelle.

« Ça fait des années qu'on a ce genre de plaintes et ça concerne plusieurs agences. J'ai même eu des cas où les recrues n'avaient pas été appelées une seule fois pendant trois ou quatre semaines. Tu fais quoi? Tu es allée là pour travailler, mais tu as signé un contrat qui dit que tu vas rembourser 2000 $ de frais de formation si tu mets fin au contrat. C'est ça qui leur fait peur, c'est comme une épée de Damoclès », relate Carole Henry.

Cassy Pelletier aurait bien voulu trouver un second emploi pour joindre les deux bouts, mais le contrat signé avec l'agence Carrière Plus l'obligeait à demeurer disponible jusqu'à 10h30 chaque matin, et à travailler un minimum de 950 heures pour l'agence de placement avant de pouvoir rompre son contrat.

Une clause illégale?

Sinon, elle s'exposait à rembourser les 1800 $ qu'avait coûté sa formation, selon le contrat signé lors de l'embauche par l'agence. Une clause illégale, selon la Commission des normes du travail.

« Cette clause-là est illégale parce qu'elle est signée à l'embauche, donc on n'a aucun choix : on signe, ou on n'est pas embauché. Ce n'est pas une autorisation de prélèvement, pas du tout. Et en plus, tous les frais de formation, le temps de formation, c'est à la charge de l'employeur, et c'est prévu dans la loi sur les normes » , explique Johanne Tellier, avocate à la Commission des normes du travail.

Cassy Pelletier a entre-temps quitté son emploi auprès de l'agence de placement afin de travailler à temps plein pour un autre employeur. Une agence de recouvrement lui réclamait depuis un an le remboursement des frais de sa formation, plus les intérêts, soit une somme de 2100 $.

Lorsque nous avons contacté Desjardins afin de savoir ce que pense l'institution financière de cette pratique, on nous a assuré qu'on n'était pas au courant.

« Nous venons de communiquer avec l'agence Carrière Plus et avons obtenu qu'ils retirent cette clause de leur contrat, car nous avions un malaise avec ça. Nous avons également demandé que l'agence annule la dette de Cassy Pelletier », explique André Chapleau, porte-parole chez Desjardins.

Reste maintenant à voir si les autres agences de placement, qui ont également recours à ce type de clause, mettront un terme à cette pratique.

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