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L'épidémie de fièvre d'Ebola a fait plus de 4000 morts en Afrique, selon l'OMS

10/10/2014 08:26 EDT | Actualisé 10/12/2014 05:12 EST

GENÈVE - Le bilan de l'épidémie de virus Ebola en Afrique de l'Ouest surpasse maintenant les 4000 morts, a annoncé vendredi l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Selon l'OMS, l'épidémie avait fait au moins 4033 morts en date de mercredi. Seulement neuf victimes sont mortes à l'extérieur des trois pays les plus durement touchés, à savoir le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée. On dénombrait au moins 8399 infections confirmées, probables et soupçonnées dans sept pays, en fin de journée mercredi.

L'émissaire des Nations unies pour l'Ebola a quant à lui prévenu vendredi que le nombre d'infections doublait probablement toutes les trois ou quatre semaines et que la réponse devrait être 20 fois plus importante qu'elle ne l'était au début du mois d'octobre pour freiner la progression fulgurante du virus.

David Nabarro a déclaré devant l'Assemblée générale de l'ONU que sans la mobilisation de pratiquement tous les pays, de toutes les organisations caritatives et de plusieurs organisations non gouvernementales pour appuyer les pays africains touchés, «il sera impossible de contrôler rapidement cette maladie, et le monde devra vivre pour toujours avec le virus Ebola».

Le docteur Nabarro travaille en santé publique depuis 35 ans. Il dit n'avoir jamais rencontré pareil défi, puisque l'Ebola a quitté les régions rurales pour infecter les villes, frappant maintenant «une région entière et (...) toute la planète».

Pour sa part, le secrétaire général adjoint de l'ONU, Jan Eliasson, a déploré que seulement le quart du milliard de dollars demandé par les agences onusiennes pour combattre la maladie ait été fourni jusqu'à maintenant.

Par ailleurs, les parlementaires libériens ont refusé, vendredi, d'accorder à la présidente Ellen Johnson Sirleaf des pouvoirs élargis pour lutter contre l'épidémie.

Ces pouvoirs lui auraient permis notamment de restreindre les déplacements et les rassemblements publics, mais un politicien s'est inquiété de voir le pays se transformer en «État policier». La présidente aurait aussi pu saisir toute propriété, «sans compensation et sans aucun recours en justice» du propriétaire.

«La Chambre a décidé qu'il n'était pas nécessaire de lui déléguer des pouvoirs supplémentaires», a expliqué le président de la Chambre, Alex Tyler.

Le gouvernement de Mme Sirleaf a décrété le 6 août l'état d'urgence pour une durée de trois mois. Un communiqué avait alors prévenu que cela impliquait la suspension de certains droits et privilèges.

Les nouvelles mesures envisagées avaient immédiatement provoqué un tollé de protestations. Le quotidien «Women Voices» s'est demandé cette semaine si leur objectif est de lutter contre l'Ebola ou d'ouvrir la porte à la tyrannie. De son côté, le Comité pour la protection des journalistes a accusé le gouvernement de Mme Sirleaf de chercher à museler les médias qui critiquent sa gestion de la crise.

Jeudi, des policiers libériens ont utilisé des matraques et des fouets pour disperser une centaine de personnes qui manifestaient contre les nouveaux pouvoirs.

Mobilisation internationale

Les États-Unis ont dépêché plus de 300 soldats au Liberia. Plus de 4000 militaires américains pourraient être envoyés sur le terrain si les autorités du pays le jugent nécessaire.

Ailleurs, le gouvernement britannique a annoncé que les voyageurs qui arrivent d'Afrique de l'Ouest aux aéroports de Heathrow et de Gatwick, ou aux gares Eurostar, seront interrogés au sujet de leurs déplacements et de leurs contacts. Certains pourraient aussi devoir subir un examen médical.

En Espagne, l'état de santé de l'aide-infirmière infectée par l'Ebola est passé de «critique» à «stable» depuis jeudi. Teresa Romero a été infectée en soignant un missionnaire espagnol rapatrié de Sierra Leone.

Le premier ministre Mariano Rajoy a effectué une visite inattendue à l'hôpital Carlos III, à Madrid, où elle est soignée à l'aide du médicament expérimental ZMapp. L'Espagne n'a pas expliqué comment elle a pu se procurer ce médicament, dont on disait les réserves mondiales épuisées. M. Rajoy a discuté avec le personnel médical pendant une heure. Il n'a pas répondu aux détracteurs qui reprochent à l'Espagne d'avoir été mal préparée à réagir au diagnostic de Mme Romero.

L'OMS a prévenu que l'Asie de l'Est, avec ses nombreuses plaques-tournantes de commerce et de transport et ses armées de travailleurs migrants, était à risque d'une infection par l'Ebola, même si elle a renforcé ses défenses.

Le directeur de l'OMS pour le Pacifique-Ouest, Shin Young-soo, a déclaré vendredi que l'Asie de l'Est est mieux préparée que d'autres régions, puisque des épidémies antérieures comme celle du SRAS lui ont enseigné l'importance de l'éducation publique, de la surveillance et de la transparence. Il a ajouté que les pays de la région s'affairent à mettre sur pied une infrastructure pour combattre l'Ebola.

«Tous ces voyages, tous ces échanges économiques, et nous avons des centres mondiaux comme Singapour, Hong Kong et les Philippines qui envoient des travailleurs à travers le monde», ce qui signifie que le virus pourrait arriver en Asie de l'Est, a dit M. Shin. Mais «nous sommes en meilleure posture que d'autres régions», a-t-il estimé.

Une épidémie de SRAS qui avait débuté dans le sud de la Chine en 2002 avait fait environ 8000 malades et 800 morts à travers le monde.

Enfin, un nouveau vaccin contre l'Ebola est actuellement mis à l'essai au Mali, un pays limitrophe de pays infectés.

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