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L'avocat de Magnotta met en doute le travail du pathologiste judiciaire

10/10/2014 12:30 EDT | Actualisé 10/10/2014 12:30 EDT
PC

L'avocat de Luka Rocco Magnotta tente de mettre en doute le travail du pathologiste judiciaire Yann Dazé, qui a pratiqué une autopsie sur le corps de Lin Jun, l'étudiant chinois qui a été assassiné par son client le 25 mai 2012. Me Luc Leclair lui a notamment reproché de ne pas avoir regardé la vidéo macabre filmée par l'accusé dans la foulée du meurtre.

Un texte de François Messier

Me Leclair a suggéré au pathologiste qu'il avait fait preuve d'incompétence en choisissant de ne pas voir la vidéo. Selon lui, il était de son devoir de le faire, afin de vérifier si ses conclusions concordaient avec ce qu'on y voyait. Yann Dazé a contesté cette interprétation. Il a maintenu qu'il était mieux pour lui ne pas la regarder, afin de ne pas « teinté » son expertise.

M. Dazé avait aussi expliqué précédemment que la scie oscillante retrouvée près de l'appartement où Lin Jun a été tué ne fonctionnait pas lorsqu'il a été appelé à vérifier de quelle manière elle pouvait avoir été utilisée, il y a environ trois semaines. Il a expliqué au jury qu'un expert en balistique du SPVM avait alors resserré une vis afin qu'elle puisse fonctionner.

Me Leclair a contesté cette façon de faire, en suggérant que la scie aurait dû être examinée dans l'état où elle a été trouvée. Yann Dazé n'a pas voulu commenter cette suggestion, en soulignant que cela n'était pas de son ressort. Son travail, a-t-il dit, consistait à commenter le fonctionnement de la scie afin de déterminer quelles blessures elle aurait pu infliger à la victime. Selon lui, il est « possible », mais « très peu probable » que la scie a pu être utilisée pour trancher une vertèbre cervicale de la victime.

L'avocat de Luka Rocco Magnotta a fait fonctionner la scie dans la salle d'audience, ce qui n'a guère plus au témoin. Il a demandé plus tard d'avoir une autre cruche d'eau de crainte qu'elle n'ait été contaminée. M. Dazé avait déjà demandé à plusieurs reprises à Me Leclair de manipuler la scie ou le marteau déposés en preuve avec plus de soin, pour éviter qu'elles ne soient contaminées.

L'avocat de la défense a aussi mis en doute les conclusions du pathologiste selon lesquelles plusieurs coups de marteau ont été portés à la tête de la victime. Il a argué que les blessures constatées pouvaient résulter d'un seul coup asséné avec suffisamment de force. Il a lui-même donné un coup de marteau sur une table afin de prouver son point. M. Dazé n'a cependant pas changé son interprétation.

Le contre-interrogatoire de M. Dazé s'est terminé peu en fin d'avant-midi. Un nouveau témoin sera appelé à la barre par la Couronne lors de la reprise du procès, mardi prochain.

Un traumatisme cervical fatal

Le rapport d'autopsie de Yann Dazé a conclu que la mort de Lin Jun est probablement attribuable à un traumatisme cervical causé par une arme tranchante. Des coups portés à sa tête à l'aide d'une arme contondante pourraient aussi avoir contribué à son décès s'ils lui ont été infligés de son vivant, mais cette hypothèse ne peut être vérifiée.

Le pathologiste n'a pu dire avec certitude si Lin Jun a été décapité vivant. Cette blessure est officiellement considérée perimortem, c'est-à-dire qu'elle est survenue au moment ou près du moment de la mort. Il en va de même pour des coups à la tête, qui pourraient avoir contribué au décès. Selon M. Dazé, plus de 73 blessures ont été infligées à Lin Jun après sa mort, avec quatre armes différentes, soit un couteau, un marteau, un tournevis et une scie oscillante.

M. Dazé avait indiqué jeudi que les doigts de la main gauche de Lin Jun avaient été blessés de façon irrégulière, comme si on avait voulu faire disparaître ses empreintes digitales. Me Leclair lui a fait admettre vendredi que pour parvenir à cette fin, Luka Rocco Magnotta aurait dû poser les mêmes gestes sur le main droite de la victime, ce qui n'a pas été le cas.

Selon le pathologiste, une analyse toxicologique a aussi révélé que des traces de deux médicaments ont été retrouvées dans le corps de Lin Jun: du temazepam, un somnifère, et un antiallergique de type Benadryl. M. Dazé n'a pas voulu en dire davantage puisqu'il n'a pas effectué cette expertise lui-même.

M. Dazé, appelée à témoigner par la Couronne, avait expliqué jeudi que l'autopsie effectuée sur le corps de l'étudiant chinois a été « difficile », puisque le corps était « largement traumatisé », et que les membres de la victime étaient en partie putréfiés lorsqu'il a pu les examiner.

Le pathologiste a indiqué que son autopsie avait commencé le 1er juin 2012, et qu'elle s'était poursuivie pendant quatre autres journées, non consécutives, le temps que toutes les parties du corps de Lin Jun lui soient envoyées.

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