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« L'Éphémère » de Stéphanie Deslauriers: une écrivaine est née (ENTREVUE)

10/10/2014 02:51 EDT | Actualisé 10/10/2014 02:52 EDT
Sarah Scott

Jeune adulte aux charmes certains, en couple avec son premier amour et comptant sur des amitiés qui franchissent le mur du temps, Éva a le profil d’une personne heureuse. Pourtant, dans la réalité, l’annonce de sa grossesse fait ressurgir les blessures de sa jeunesse, comme une pluie de petits dards qui s’enfoncent dans son cœur, jusqu’à ce qu’elle tombe à la renverse. Dans son premier roman, L’Éphémère, Stéphanie Deslauriers plonge au cœur de la psyché humaine.

Constitué d’aller-retours entre l’enfance, l’adolescence et cette nouvelle vie d’adulte que le personnage peine à assumer, le roman explore le concept de ce qu’on croit être et d ce qu’on est devenu. « On dit souvent que c’est important de vivre le moment présent, d’oublier le passé et de ne pas anticiper l’avenir, mais dans les faits, notre personnalité est grandement forgée par ce qu’on a vécu et ce qu’on dit de nous, affirme l’auteure. »

« Tout au long de notre existence, on intériorise la vision de nos amis et de notre famille, qui est souvent bien fausse. C’est important de se demander si on est réellement ce que les gens pensent de nous et si on montre notre vraie nature. J’avais envie de revisiter les souvenirs d’Éva pour la comprendre une étape à la fois. »

Cette sensibilité aux comportements humains est naturelle pour Stéphanie Deslauriers, une psychoéducatrice de métier qui travaille avec des enfants et des adolescents présentant divers besoins affectifs, psychosociaux et neurodéveloppementaux. Une clientèle qu’elle affectionne tout particulièrement.

« Plus on intervient de manière précoce dans la vie d’une personne, plus les résultats sont présents. En tant qu’adulte, on se dit souvent qu’on aurait aimé avoir des outils pour mieux se développer et des stratégies pour gérer ses émotions et ses conflits. Moi-même, plus jeune, j’aurais eu besoin de rencontrer un intervenant comme un psychologue ou un psychoéducateur, mais ils étaient rares dans les écoles il y a 15 ou 20 ans. J’ai envie d’offrir aux jeunes ce que je n’ai pas eu. »

Du recul sur l’humain

Une offrande qui prend la forme d’interventions sur le terrain, d’un blogue (Ensemble, maintenant) et de multiples collaborations à La Presse et au Huffington Post Québec, qui lui permettent de peaufiner sa réflexion. « Quand j’ai débuté mon blogue, l’auteure Kim Thuy – que j’ai connue en travaillant avec son petit garçon autiste – me disait que mon écriture me permettait de prendre du recul sur mes connaissances, de faire le ménage et de partager mes observations aux autres. L’écriture est un processus très égoïste qui devient altruiste lorsqu’on le partage. »

Même si son expertise en psychoéducation l’aide à construire des personnages complexes et profondément humains, L’Éphémère n’est pas simplement un roman écrit par une spécialiste qui en avait long à dire sur un sujet. L’écriture de Stéphanie Deslauriers est portée par un réel souffle littéraire, un style bien personnel et une délicatesse palpable dès les premières lignes.

Des qualités héritées d’un amour des mots qui date de longtemps. « J’ai eu une vie familiale assez houleuse et les mots ont été une planche de salut très tôt dans ma vie. J’avais toujours le nez dans les livres. À sept ans, j’ai débuté un journal intime avec un petit cadenas et des pages parfumées, où je partageais mes états d’âme. L’écriture a toujours fait partie de ma vie. Mais comme mes parents prônaient la stabilité professionnelle et l’importance de poursuivre des études, j’ai relégué mon rêve d’auteure aux oubliettes et j’ai étudié en psychoéducation. »

Éva la malheureuse

Après quatre livres pédagogiques sur le sujet, l’appel de la fiction commençait à résonner trop fort pour être ignoré. C’est à ce moment qu’est née Éva, une jeune femme dotée d’un talent indubitable pour saboter son bonheur. « Elle a du mal à voir qu’elle a sa place au soleil, parce que ce n’est pas ce qu’on lui a fait miroiter quand elle était enfant. Elle entretient la fausse croyance qu’elle ne mérite pas son bonheur. »

Jeune femme paradoxale, elle gère son malaise avec l’intimité en mettant une distance avec la plupart des gens, alors que son métier d’enseignante l’amène à travailler en relation d’aide. « J’ai l’impression que beaucoup de professeurs, de travailleurs sociaux et de psys se distancient de leurs souffrances en s’occupant de celles des autres. En réalité, Éva essaie d’offrir à certains jeunes ce qu’elle n’a pas eu, et elle est encore très proche de l’enfant qu’elle était. Elle doit apprendre à laisser plus de place à l’adulte. »

Même si elle porte un lourd passé, la jeune femme préfère entretenir des liens avec ses amis de toujours, plutôt que d’aller vers de nouvelles relations. « Ces vieux amis sont des sphères de résilience, des personnes qui ont été témoins de tout et qui sont restées, contrairement à d’autres proches qui l’ont abandonnée. Éva a peur de l’éphémère dans ses relations. Elle s’accroche à quelques personnes et elle arrive à voir ce qui a été beau durant sa jeunesse, en gardant intacts les liens avec elles. »

L’Éphémère est présentement disponible en magasins.

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