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Haïti: pas de funérailles nationales pour l'ex-dictateur Jean-Claude Duvalier qui sera enterré samedi

09/10/2014 10:20 EDT
Getty

Il n'y aura finalement pas de funérailles nationales pour l'ancien dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier, surnommé "Bébé Doc", qui sera enterré samedi lors d'une cérémonie privée, une décision qui a réjoui les associations de défense des droits de l'homme.

"Il n'y aura pas de cérémonie officielle", a indiqué jeudi à l'AFP Reynold George, l'avocat de Duvalier.

Le porte-parole du président Michel Martelly avait déclaré en début de semaine que des funérailles nationales devraient être organisées pour l'ex-dictateur, "selon ce qu'exige le protocole", avait-il soutenu.

L'administration Martelly est considérée comme assez proche d'anciennes figures de l'ère Duvalier.

"Au lieu de privilégier les principes, le gouvernement a cédé aux pressions de certaines personnalités", a jugé Me Reynold George, qui a précisé qu'une cérémonie familiale aurait lieu samedi à l'école congréganiste Saint-Louis de Gonzague fréquentée par Duvalier.

"C'est une bonne décision, (une décision) bienvenue que de ne pas organiser des funérailles nationales", a commenté Alix Fils-Aimé, un ancien prisonnier politique du régime des Duvalier qui avait porté plainte contre l'ex-président à vie.

"Maintenant que la famille organise des funérailles paisibles avec les sympathisants", a-t-il ajouté.

Une organisation de défense des droits de l'homme s'est également félicitée de la décision: "C'est bon pour l'état de droit, pour la mémoire des victimes et pour le procès qu'on doit organiser contre le régime des Duvalier", a dit Pierre Espérance du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH).

Contactée par l'AFP, la compagne de Duvalier, Véronique Roy, a refusé de commenter la décision.

Eviter "l'ultime affront"

L'annonce des funérailles nationales pour l'ancien président à vie, arrivé au pouvoir à l'âge de 19 ans et décédé samedi dernier, avait soulevé une vive polémique en Haïti.

Une pétition avait été lancée sur internet par un groupe représentant des citoyens et associations de Haïti pour dénoncer l'intention du gouvernement d'offrir des funérailles officielles à Duvalier dont le régime est accusé d'avoir tué, torturé et expulsé des dizaines de milliers d'opposants.

"Au-delà des idéologies ou des affiliations politiques, nous attendons que le chef de l'Etat élu, Michel Joseph Martelly, respecte la mémoire et la dignité du peuple haïtien en s'abstenant de cautionner par des funérailles nationales la dictature, la violence et l'oppression qui ont meurtri Haïti", dénonçaient les auteurs de la pétition.

"Aujourd'hui, au nom du sang des victimes, des familles brisées, des cerveaux exilés et de notre pays marqué à jamais, les organisations de la société civile et les citoyens de ce pays, s'élèvent contre l'ultime affront que constitueraient des funérailles nationales pour le dictateur Jean-Claude Duvalier", ajoutaient-ils.

Ces derniers se sont réjouis jeudi de la décision. "Nous prenons acte du fait que les avocats de la famille ont annoncé que les funérailles seront privées. Nous avons aussi pris acte qu'en deux jours, nous avons réussi à mobiliser plus de 2.000 signatures seulement par la voie des réseaux sociaux et des mails. Nous voyons qu'en tant que peuple nous avons le droit, la capacité et le pouvoir de nous exprimer et de nous faire entendre", ont déclaré les auteurs de la pétition.

"Cela nous réconforte sur notre capacité à réagir à toute tentative d'effacer les parties sombres de notre histoire. Nous restons vigilants", ont-ils également souligné.

Jean-Claude Duvalier (1971-1986) est décédé samedi d'une crise cardiaque à l'âge de 63 ans à Port-au-Prince.

Surnommé "Bébé Doc", il avait hérité du pouvoir de son père François Duvalier (1957-1971 --dit "Papa Doc"-- à 19 ans et perpétué une longue dictature dans le pays le plus pauvre du continent américain.

Après un exil de 25 ans en France, il avait choisi le premier anniversaire du séisme meurtrier de 2010 pour rentrer en Haïti. "Je suis venu pour aider", avait-il déclaré à son arrivé à Port-au-Prince le 16 janvier 2011, après avoir embrassé le sol.

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