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«Found in Translation»: Quand Palladio influençait l'Amérique de Jefferson

09/10/2014 08:38 EDT | Actualisé 10/10/2014 10:46 EDT
Filippo Romano

L’héritage révolutionnaire d’Andrea Palladio (1508-1580) a fait de cet innovateur, l’architecte le plus imité à travers le monde. Même Thomas Jefferson, également architecte et troisième président des États-Unis, s’en est inspiré. Le Centre canadien d’architecture (CCA) revient sur cette influence dans l’exposition Found in Translation : Palladio-Jefferson où viennent se télescoper patrimoine, emprunt et politique.

Clin d’œil amusant au film Lost in Translation de Sophia Coppola, le titre de l’exposition - en collaboration avec le Palladio Museum de Vicence en Italie - est un regard sérieux sur l’influence qu’a eu l’architecture de Palladio sur l’ancien président des États-Unis, Thomas Jefferson (1743-1826).

«Deux siècles les séparent, et pourtant, les liens qui unissent ces deux grands bâtisseurs sont très proches. Jefferson a depuis toujours vu en Palladio un véritable modèle», a affirmé en entrevue le commissaire Guido Beltramini, directeur du Palladio Museum. Accompagné du photographe Filippo Romano, l’historien de l’architecture était présent mercredi au CCA pour l’inauguration.

Palladio, un mentor pour le président des États-Unis? Et pourtant, on apprendra que Thomas Jefferson qui a été ambassadeur en France pendant douze ans n’a jamais pris le temps de visiter la moindre structure de Palladio en Italie. En fait, il ne connaissait le travail de l’architecte italien qu’à travers la traduction infidèle de Giacomo Leoni, grand visionnaire baroque de la Renaissance.

Mais au fond, qu’importe, puisque le président-architecte gardera de l’Italien, l’idée maîtresse de réinventer une nouvelle ère, à partir d’éléments classiques, ce que s’est évertué à faire Palladio lui-même en transférant des temples sacrés romains le fronton et sa colonnade sur les villas domestiques italiennes du XVIe siècle.

«C’est très difficile de comparer les copies aux originaux sans passer par une réinterprétation de l’espace. Les villas de Palladio n’avaient pas les mêmes fonctions que celles de Jefferson», a précisé le commissaire.

«À l’époque du président américain, les pièces n’avaient pas du tout les mêmes vocations puisque le contexte était différent, a-t-il ajouté. Il lui a fallu créer des séparations entre les pièces, une pour la cuisine, les chambres à coucher ou les salons, ce qui n’existait pas au temps de Palladio».

Une nouvelle république

Au-delà de l’aspect architectural et esthétique, ce qui a intéressé Jefferson c’est le souci politique et donc symbolique de représenter cette nouvelle nation que sont alors les États-Unis de 1783, après une longue guerre d’indépendance.

«Pour Jefferson, Palladio représente surtout l’architecture d’une république alors représentée par Venise. Au cœur de cette cité État entourée d’une multitude de monarchies européennes, les demeures sont habitées par des «galants» et non par des «courtisans». Cette particularité sera très importante pour Jefferson qui en tant que membre des pères fondateurs des États-Unis voulait se dissocier de son ancien dominateur, la Couronne britannique», a raconté Beltramini.

Outre la présentation de deux livres pivots : un rare exemplaire des Quatre livres de l’architecture de Palladio datant de 1570 et The Architecture of A. Palladio de Giacomo Leoni, ouvrage dans lequel Jefferson ira puisé, l’exposition se poursuit autour d’une installation située dans la salle octogonale du CCA.

Sur les trois écrans sont projetées sans distinction les photographies prises par Filippo Romano. On y voit les bâtiments conçus par Jefferson et Palladio dans leur état actuel comme un dialogue entre le Nouveau Monde et le Vieux. «Plus qu’un dialogue, les photos sont un voyage dans la continuité. Le visiteur tente avec un malin plaisir de reconnaître ce qui vient de Palladio ou de Jefferson», a affirmé Filippo Romano.

Found in Translation : Palladio-Jefferson – Centre canadien d’architecture – 1920 Rue Baile, Montréal – du 8 octobre 2014 au 15 février 2015.

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