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Un témoin allemand Frank Rubert raconte ses quelques jours passés avec Luka Rocco Magnotta à Berlin

08/10/2014 12:52 EDT | Actualisé 08/12/2014 05:12 EST
ASSOCIATED PRESS
FILE - This file image provided by Interpol shows an undated photo of Luka Rocco Magnotta. A preliminary hearing is set to start Monday, March 11, 2013, for Magnotta, a Canadian porn actor accused of dismembering his Chinese lover and mailing the body parts to political parties and schools. He pleaded not guilty in June to first-degree murder. (AP Photo/Interpol, File)

MONTRÉAL - L'homme qui a accueilli Luka Rocco Magnotta à Berlin affirme que celui-ci avait quelques milliers d'euros en poche, aucun bagage et qu'il souhaitait apparemment repartir à neuf après une rupture.

Frank Rubert a raconté mercredi aux jurés du procès de Magnotta sa rencontre, en ligne et en personne, avec l'accusé du meurtre prémédité de l'étudiant chinois Jun Lin. Ces fréquentations ont duré plusieurs jours à la fin mai et au début juin 2012.

M. Rubert a rencontré Magnotta sur le site de clavardage GayRomeo, alors qu'il cherchait un colocataire.

Dans son témoignage, relaté par une interprète, il raconte qu'ils ont passé la plupart de leur temps à magasiner, à manger et à boire, mais qu'ils n'ont pas eu de relations sexuelles parce que Magnotta n'était pas son genre.

M. Rubert a précisé qu'il ne voulait pas inviter Magnotta chez lui lorsqu'il l'a rencontré à la gare d'autocars de Berlin, où il est arrivé en provenance de Paris.

Le jeune homme originaire de Scarborough, en Ontario, était crasseux et négligé et il portait une perruque, ce que le témoin n'a pas réalisé immédiatement. M. Rubert a finalement décidé de l'inviter chez lui parce qu'il ne voulait pas le laisser seul à Berlin, sans endroit où aller.

«Il est arrivé à la gare d'autocars et il n'avait pas l'air de quelqu'un par qui je serais attiré», a admis le témoin de 53 ans.

Luka Rocco Magnotta, qui est âgé de 32 ans, fait face à cinq accusations en lien avec le meurtre et le démembrement de Jun Lin, en mai 2012. Il a été arrêté dans la capitale allemande le 4 juin de la même année.

Magnotta a admis avoir commis les gestes qui lui sont reprochés, mais soutient ne pas être criminellement responsable pour cause d'aliénation mentale.

Dans les jours qui ont suivi le meurtre, il s'est rendu en France avant de se diriger vers l'Allemagne et de rencontrer M. Rubert en personne.

Au cours des quatre jours ayant précédé son arrestation, Magnotta et Frank Rubert ont utilisé Google Traduction pour communiquer parce qu'ils ne parlaient pas la même langue.

Pendant les moments qu'ils ont passés ensemble, M. Rubert connaissait l'accusé sous le nom de Kirk ou son pseudonyme sur GayRomeo, William2323.

Il a dit au jury qu'il avait pris quelques photos de l'accusé à la demande de celui-ci, qui espérait travailler comme escorte à Berlin. Ils ont été ensemble presque tout le temps et M. Rubert n'a jamais remarqué de nervosité chez Magnotta et ne l'a pas vu prendre de médicament.

Le jour de l'arrestation, les deux hommes s'étaient séparés pendant quelques heures. Au cours de cette période, M. Rubert a acheté un journal et vu une image troublante à l'intérieur: la photo de Magnotta, accompagnée d'un article décrivant une chasse à l'homme internationale pour retrouver celui qui était soupçonné de meurtre.

Selon M. Rubert, l'article mentionnait que l'individu était recherché pour le meurtre d'un ami chinois et que des parties de corps avaient été envoyées au gouvernement. L'article indiquait également que des parties du corps avaient été mangées devant une caméra et que le tout était documenté sur Internet.

«J'ai lu l'article, et il y avait des choses cruelles dans cet article», a raconté le témoin, ajoutant qu'il s'est senti nerveux à l'idée que cet homme puisse se trouver dans son appartement.

Alors que M. Rubert communiquait avec la police, un employé d'un café Internet a alerté les policiers après avoir vu Magnotta dans son établissement. Après l'arrestation du Canadien, la police a saisi ses effets personnels dans l'appartement de M. Rubert.

«Ce jour-là, je me suis dit à quel point j'avais été stupide d'avoir laissé n'importe qui entrer dans mon appartement sans savoir quel genre de personne il était», a-t-il admis.

La police allemande, a-t-il ajouté, lui a souhaité joyeux anniversaire après l'arrestation. «J'ai répondu que ce n'était pas mon anniversaire et la police a dit: "oui, ce l'est, parce que vous auriez pu être le prochain".»

Ce n'est qu'à ce moment que M. Rubert a appris le véritable nom et la nationalité de son invité.

En contre-interrogatoire, la défense s'en est prise à M. Rubert pour une entrevue qu'il avait accordée à un journal allemand sur l'affaire à la fin septembre.

Le témoin a aussi été questionné longuement sur son dossier criminel bien rempli — qui inclut des condamnations pour vol, fraude et agressions sexuelles impliquant des mineurs.

M. Rubert s'est indigné de voir l'avocat de la défense, Luc Leclair, éplucher sa feuille de route.

«Je me demande si vous tentez de faire de moi un criminel?, s'est interrogé le témoin lors de l'un des échanges. J'ai voyagé 5000 kilomètres pour venir ici, et je n'ai pas besoin qu'on me détaille mon dossier criminel.»

Plus tard dans l'après-midi, la défense a tenté de présenter M. Rubert comme un opportuniste qui tentait de tirer profit de Magnotta pour son argent après que l'Allemand eut considéré que Magnotta était trop âgé à son goût.

Le témoin a tenu à préciser que Magnotta avait offert de payer une partie du loyer mensuel de 340 euros pour l'appartement de même que d'autres dépenses pour le remercier pour son hospitalité.

«Lorsque quelqu'un me dit ça, pourquoi je ne prendrais pas 50 euros ou 100 euros pour payer certains trucs», a-t-il fait valoir.

La Couronne estime que le meurtre de Jun Lin était planifié et délibéré et entend le prouver pendant le procès.

Luka Rocco Magnotta fait face à des accusations de meurtre prémédité, de profanation de cadavre, de publication de matériel obscène sur Internet, de harcèlement criminel envers le premier ministre Stephen Harper et d'autres députés fédéraux, ainsi que d'envoi par la poste de matériel obscène et indécent.