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Débat sur une motion concernant PKP: un vote prévu jeudi

08/10/2014 09:26 EDT | Actualisé 08/12/2014 05:12 EST

QUÉBEC - Devant la perspective de changements législatifs qui pourraient le forcer à choisir entre sa carrière politique et son entreprise de presse, le député péquiste Pierre Karl Péladeau a annoncé, mercredi, qu'il placera ses actions du conglomérat Québecor dans une fiducie sans droit de regard, s'il est élu chef du Parti québécois.

M. Péladeau est ainsi demeuré sourd aux appels des autres partis, mais aussi de son collègue péquiste Jean-François Lisée, pour qui son implication politique est incompatible avec la propriété d'un groupe qui possède notamment le réseau TVA ainsi que Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec.

À l'Assemblée nationale, les députés ont débattu d'une motion de la Coalition avenir Québec qui suggère la modification du code d'éthique des députés afin d'interdire aux députés de contrôler des entreprises médiatiques.

Malgré un amendement rejeté par le vice-président François Gendron, qui l'a jugé non conforme, les libéraux ont accepté d'appuyer la démarche de la CAQ, lors d'un vote prévu jeudi.

En fin de journée, mercredi, le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a affirmé qu'une commission parlementaire se penchera d'abord sur la question de l'indépendance de la presse en démocratie, pour qu'un projet de loi soit déposé ensuite.

Avant même de lancer les audiences, à une date qu'il n'a pu préciser, M. Fournier a expliqué que M. Péladeau ne pourra pas conserver ses actions de Québecor tout en demeurant député.

«On ne cherche pas ici à critiquer ou à juger ou à brimer M. Péladeau, a-t-il dit. On discute et là on dit: il y a un problème. À la fin du jour, je pense que M. Péladeau aura un choix. Il peut décider d'être parlementaire, il peut décider d'être Québecor. Mais le choix, c'est un des deux.»

Alors qu'il réfléchit encore à la possibilité de se porter candidat à la succession de Pauline Marois, M. Péladeau a lancé la journée en s'engageant à prendre ses distances de ses actifs dans l'éventualité où il serait élu à la tête du PQ.

«La décision de me présenter ou non à la chefferie n'est pas prise, a-t-il dit. Si je me portais candidat et que les militants du Parti québécois me choisissent comme chef du parti et par voie de conséquence comme chef de l'opposition officielle, je peux vous assurer que je mettrai en fiducie sans droit de regard les actions que je détiens dans Québecor.»

En mars dernier, pendant la dernière campagne électorale, Québecor avait pourtant déjà confirmé que M. Péladeau placerait ses actifs en fiducie dès qu'il serait élu député de Saint-Jérôme à l'Assemblée nationale, ce qui n'a pas été fait depuis.

En sortant d'une salle de commission parlementaire, mercredi, quelques heures après avoir promis qu'il placerait ses actions en fiducie s'il est élu chef du Parti québécois, le député s'est toutefois dissocié du communiqué de presse de son entreprise.

«Vous le savez très bien c'est un communiqué de presse de Québecor, ce n'est pas un communiqué de presse que j'ai émis, a-t-il dit à La Presse Canadienne. C'est un communiqué de presse de Québecor, ce n'est pas moi qui l'ai rédigé, c'est la compagnie.»

Plus tôt, lors d'un point de presse où il n'a pas répondu aux questions des journalistes, M. Péladeau a affirmé qu'il n'est jamais intervenu dans le contenu des «médias d'information» de son groupe, et il a promis de faire une déclaration solennelle à ce sujet.

«Je ferai également, au moment opportun, une déclaration sur l'honneur, dans laquelle je m'engagerai solennellement à ne jamais intervenir dans le contenu éditorial des médias d'information de quelque manière que ce soit», a-t-il dit.

M. Péladeau a jugé que la motion de la CAQ va trop loin et fait preuve de partisanerie en proposant de modifier le code d'éthique des députés pour interdire à tous les élus de l'Assemblée nationale de contrôler une entreprise médiatique.

«Une porte grande ouverte serait dorénavant là pour déterminer qui peut et qui ne peut pas se présenter devant la population et être élu pour remplir cette noble fonction de député», a-t-il dit.

De son côté, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a jugé, à la suite de la déclaration de M. Péladeau, qu'une fiducie serait insuffisante pour rassurer la population qui pourrait craindre l'implication en politique «des gens qui viennent du monde des médias».

«Ce qu'on veut c'est séparer le côté des médias du pouvoir politique, a-t-il dit. S'il met ses actions dans une fiducie mais qu'il dit au fiduciaire de garder ses actions de Québecor, je ne vois absolument pas en quoi ça règle le problème.»

En Chambre, lors du débat sur la motion, M. Fournier avait accueilli favorablement l'offre de la CAQ de mandater une commission parlementaire.

M. Fournier a insisté sur l'importance de séparer les pouvoirs et d'assurer l'indépendance des médias.

«Au nom de la démocratie, et du droit à l'information, et de la confiance de nos concitoyens en la démocratie et en l'information, nous devons encadrer l'éventualité qui se présente maintenant», a-t-il dit.

La leader parlementaire péquiste Agnès Maltais a accusé les libéraux et la CAQ de s'être alliés.

Mme Maltais a soutenu que M. Péladeau respecte les règles prescrites par le code d'éthique des députés, qui n'oblige que les ministres à placer leurs actifs dans une fiducie sans droit de regard.

La leader péquiste a piqué la CAQ en laissant entendre que la motion est motivée par la crainte de M. Péladeau sur les appuis caquistes.

«Tout ce débat-là vient d'intervenir, juste après qu'il y a eu un sondage où on apprend qu'à peu près la moitié des caquistes seraient prêts à traverser du côté de l'opposition officielle si le député de Saint-Jérôme était le chef. Tout à coup, il y a un éveil. La CAQ s'inquiète, la CAQ est en perte de contrôle et légèrement en panique», a-t-elle dit.

M. Lisée, un rival potentiel de M. Péladeau, est demeuré insatisfait de l'engagement de M. Péladeau, qui ne règle pas la question de l'apparence de conflit d'intérêts.

«Ce qui reste c'est l'apparence de conflits d'intérêts, a-t-il dit. Je l'invite, d'ici huit mois, pas besoin de faire ça cette semaine, à trouver une solution à ce problème de contrôle des médias. Même s'il a une fiducie sans droit de regard, (...) il y aura toujours une question posée.»

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