POLITIQUE

Au tour des libéraux de dénoncer la situation de PKP

07/10/2014 01:22 EDT | Actualisé 07/12/2014 05:12 EST
PC

QUÉBEC - La situation particulière de Pierre Karl Péladeau fournit des armes aux libéraux et aux caquistes, qui le somment de choisir entre son empire de presse et ses ambitions politiques.

Plusieurs ministres ainsi que le premier ministre Philippe Couillard ont emboîté le pas, mardi, aux propos tenus samedi par le député péquiste de Rosemont, Jean-François Lisée, qui qualifie la situation de M. Péladeau de «bombe à retardement».

M. Lisée estime que son collègue de Saint-Jérôme, et probable rival à la succession de Pauline Marois, ne peut demeurer actionnaire de contrôle de Québecor et ambitionner devenir chef du Parti québécois (PQ), voire premier ministre du Québec.

Cela n'a tout simplement pas de sens, a soutenu M. Lisée, dont les propos ont créé un malaise au sein du caucus péquiste, tandis qu'au contraire les libéraux et caquistes n'en demandaient pas tant.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a considéré que les péquistes appliquaient la politique du «deux poids, deux mesures» quand ils parlaient de l'éthique des élus.

En point de presse à l'entrée d'une réunion du caucus libéral, M. Barrette a dit comprendre les préoccupations de Jean-François Lisée. À son avis, celui qu'on surnomme PKP ne peut pas diriger le PQ et demeurer à la tête de son empire médiatique, sans se placer en situation flagrante de conflit d'intérêts.

«Le conflit d'intérêts est très clair», selon lui.

Quant à lui, le premier ministre Couillard a invité les élus péquistes à s'astreindre aux mêmes critères éthiques «qu'ils utiliseraient pour leurs adversaires politiques».

En 2009, la députée péquiste Agnès Maltais s'était indignée de la situation du ministre du Travail, David Whissell, même s'il avait confié à une fiducie sans droit de regard ses actions dans une entreprise familiale. Harcelé jour après jour, M. Whissell avait fini par démissionner, refusant de vendre son entreprise d'asphaltage.

Le ministre Pierre Arcand avait dû lui aussi subir les foudres éthiques de l'opposition péquiste et avait fini par se départir de ses actions minoritaires dans Métromédia Plus en 2009, même si elles avaient été placées dans une fiducie.

Aujourd'hui, M. Arcand estime que la situation de M. Péladeau pose certainement «un problème».

C'est aussi l'avis du caucus caquiste, qui a déposé mardi une motion réclamant que le code d'éthique des députés soit revu de manière à interdire à un député d'être actionnaire majoritaire d'un groupe de presse. La motion du parti de François Legault devrait faire l'objet d'un débat en Chambre mercredi. Les libéraux n'ont pas voulu dire s'ils allaient l'appuyer.

Chose certaine, la propriété d'un empire de presse est «inconciliable» avec l'ambition politique, a tranché M. Legault en point de presse.

Il assimile lui aussi la situation de PKP à «un conflit d'intérêts», qui place les journalistes de son entreprise «dans une situation très délicate».

Selon lui, même si M. Péladeau vend ses actions, Québecor pourra demeurer entre des mains québécoises. Cette préoccupation ne devrait donc pas entrer en ligne de compte.

À l'entrée du caucus péquiste, mardi, les députés n'étaient pas très bavards.

Le principal intéressé, Pierre Karl Péladeau, a refusé de commenter les critiques à son endroit formulées par ses opposants.

«Chacun a son opinion, j'ai la mienne, je l'ai fait connaître», s'est-il contenté de dire, avant de tourner les talons.

Samedi, après la sortie de son collègue Lisée, il avait affirmé qu'il n'avait nullement l'intention de se départir des actions léguées par son père, le fondateur de Québecor, Pierre Péladeau.

Celui qui a mis le feu aux poudres, Jean-François Lisée, n'a pas voulu en rajouter mardi.

Le chef de l'opposition péquiste, Stéphane Bédard, a pris ses distances des critiques libérales, en disant que les libéraux n'étaient pas crédibles en matière d'éthique.

Sur le fond, à propos de la situation de M. Péladeau, il a cherché à minimiser le problème en faisant valoir que l'indépendance des journalistes était protégée de diverses façons.

«Les médias se gouvernent selon leurs propres règles à eux. On s'est toujours assuré de l'indépendance de ces journalistes-là dans les salles de nouvelles. C'est vrai pour Radio-Canada, c'est vrai pour TVA», a-t-il dit, en point de presse, en ajoutant qu'il n'avait «jamais remis en doute le travail de Radio-Canada», même si le réseau était financé par le gouvernement fédéral.

M. Bédard a nié tout «malaise» au sein du caucus relativement à la situation particulière de celui qui pourrait devenir le futur chef.

«Que ça provoque de l'intérêt, c'est normal», a-t-il dit, soucieux de marquer la différence entre «l'intérêt, le voyeurisme et l'éthique».

Le prochain chef du PQ sera choisi à la mi-mai. Aucun candidat n'est encore officiellement dans la course.

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