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«Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive»: Berri, Pialat, Rassam et les autres

06/10/2014 10:17 EDT | Actualisé 06/10/2014 10:19 EDT
Grasset

C'est l'un des livres les plus acclamés de la rentrée littéraire en France. Et pour cause! Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive de Christophe Donner revient sur l'époque des années 70 dans le cinéma français en se penchant sur un trio fantastique: les réalisateurs Claude Berri et Maurice Pialat ainsi que le producteur Jean-Pierre Rassam.

Durant les 300 pages qui se lisent d'un trait, Donner raconte ces destins croisés qui vont se suivre et s'éloigner au fil d'événements. Dans le roman qui alterne entre fiction et réalité, on suit surtout Rassam, fils d'un millionnaire libanais, golden boy assez déjanté et charismatique installé à Paris dans la Plaza Athénée et qui va devenir un des grands nababs du cinéma français.

Aventurier, Rassam va construire son petit empire en quelques années après sa rencontre avec Claude Berri, décrit ici comme un ambitieux bosseur, mais plutôt terne. Ce dernier va épouser la sœur de Rassam, Anne-Marie. Se greffe à eux, un génie formidable, cruel et cynique, Maurice Pialat, qui lui, marie lui la sœur de Berri.

Les trois vont écrire en quelque sorte les belles pages du cinéma français des années 1970. Et tout va partir de la rencontre entre Rassam et Berri, le soir d'un Nouvel An à Paris. Se promenant avec son Oscar du meilleur court-métrage de fiction obtenu pour Le Poulet, Berri atterrit dans l'appartement du riche fils libanais, peuplé d'une faune étrange, mais surtout de magnifiques femmes.

Looser magnifique, fils de fourreur, Berri touche et intrigue Rassam et l'aide à faire son entrée dans le cinéma lui qui voulait depuis toujours intégrer ce milieu. On suit alors leur montée respective vers le sommet: si Berri tourne quelques films majeurs tel Le Vieil homme et l'enfant il se concentre surtout sur la production de grands succès (comme les films des Charlots).

Parallèlement, Rassam décide de faire cavalier seul et rompt ses liens avec Berri. Sa démarche est dictée par son immense flair, par le goût de l'aventure et sûrement beaucoup d'insouciance. Il va produire Jean-Luc Godard (Tout va bien, Numéro deux), Jean Yanne (Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil), mais surtout Pialat (Nous ne vieillirons pas ensemble), Marco Ferreri (La Grande bouffe) et Barbet Schroeder (Général Idi Amin Dada: Autoportrait).

Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive – titre tiré d’une citation célèbre du cinéaste Orson Welles - ne manque pas d'anecdotes assez jouissives: Rassam et Godard qui se rendent en Palestine pour négocier les droits d'un film ou ce périple (inventé?) avec Berri pour chercher les enfants de Milos Forman en Tchécoslovaquie durant le Printemps de Prague.

Et on voit surtout l'action à travers le prisme de Rassam: son amitié entre Jean Yanne, l'arrivée de Pialat dans son entourage, ses petits coups fourrés lors du Festival de Cannes où il organise des fêtes monstres sur son yacht pour influencer le jury...

Au final de ce livre expédié un peu vite dans sa conclusion (on ne voit rien de la déchéance de Rassam ou de sa relation avec Carole Bouquet), on comprend mieux l'envers du décor de cette industrie secrète. Donner nous permet cette plongée tantôt superficielle, parfois cruelle dans le cinéma français, une incursion archéologique belle et horrifique à la fois.

Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive – Christophe Donner – Les Éditions Grasset – Roman français – parution septembre 2014 – 299 pages.

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