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Haïti: Jean-Claude Duvalier aura des funérailles nationales, au grand dam de ses victimes

06/10/2014 03:31 EDT | Actualisé 06/10/2014 03:31 EDT
ASSOCIATED PRESS
Haiti's President Michel Martelly, center, shakes hands with former Haiti's dictator Jean-Claude Duvalier, right, during a meeting in Port-au-Prince, Haiti, Wednesday, Oct. 12, 2011. At left, Jean-Claude Duvalier's son, Francois Nicolas "Nico" Duvalier. (AP Photo)

La décision du gouvernement de Haïti lundi d'organiser des funérailles nationales pour l'ancien dictateur Jean-Claude Duvalier a consterné les victimes de celui qui était surnommé "Bébé Doc" et avait dirigé le pays d'une main de fer.

"Cela devrait être des funérailles nationales pour Jean-Claude Duvalier, c'est ce que le protocole exige car c'est un ancien chef d'Etat. Mais on ne sait pas encore si on prend la décision de mettre le drapeau en berne et de décréter le deuil national", a déclaré Lucien Jura, le porte-parole du président Michel Martelly.

L'administration Martelly est considérée comme assez proche d'anciennes figures de l'ère Duvalier. L'ex-dictateur est décédé samedi à l'âge de 63 ans d'une crise cardiaque.

Dans une première réaction officielle, le président Martelly s'était dit samedi "attristé" par le décès de Jean-Claude Duvalier, adressant ses condoléances "à sa famille, à ses proches et à ses partisans à travers le pays".

Le fait d'organiser des funérailles nationales est considéré comme normal pour les partisans de l'ex-dictateur, qui veulent rendre un hommage solennel à l'ancien chef du pays.

"C'est un ancien président, il a droit à des funérailles nationales", a ainsi souligné le colonel à la retraite Abel Jérôme, un ancien dignitaire du régime Duvalier qui reste une figure influente dans le pays.

Toutefois, célébrer les obsèques de l'ancien dictateur en organisant des funérailles nationales ne manque pas d'interpeller les membres de l'opposition, de même que les victimes et familles de victimes, qui se rappellent du régime brutal et des persécutions sous l'ère Duvalier.

"Sur le plan moral, il n'a pas droit à des funérailles nationales. C'était un dictateur qui a causé beaucoup de tort au pays", a regretté Evans Paul, ancien maire de la capitale Port-au-Prince et ancien opposant à Duvalier. "Mais si la loi veut qu'il ait des funérailles nationales, on doit le faire".

Coup dur pour la justice haïtienne

Le décès soudain de l'ancien chef du pays est également un coup dur pour la justice haïtienne, qui avait entamé diverses procédures contre Jean-Claude Duvalier mais ne pourra jamais le juger.

"Cette mort prive les Haïtiens de ce qui aurait pu être le plus important procès pour les droits de l'homme de l'histoire du pays", avait regretté dès samedi l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch.

Lucien Jura a précisé que des décisions seraient prises dans la journée de lundi dans l'optique de l'organisation des funérailles, dont la date n'a pas encore été fixée.

"Bébé Doc", après avoir hérité du pouvoir de son père François Duvalier en 1971, à l'âge de 19 ans, s'était déclaré président à vie avant d'être renversé en 1986 par une révolte populaire soutenue par la communauté internationale.

Comme son père, Jean-Claude Duvalier a dirigé son pays d'une main de fer, muselant l'opposition, arrêtant les dissidents en s'appuyant sur la milice paramilitaire des "Tonton Macoute".

On estime que 30.000 personnes environ sont mortes durant le règne des Duvalier père et fils.

Après 25 ans d'exil en France, "Bébé Doc" était pourtant revenu en Haïti en 2011, comme simple citoyen. Depuis son retour, de nombreuses plaintes avaient été déposées contre lui, pour arrestations illégales, tortures, emprisonnements et exil forcé de ses opposants, mais aussi détournements de fonds lors de ses quinze années à la tête du pays le plus pauvre des Amériques.

A la grande satisfaction des victimes et des organisations de lutte pour le respect des droits de l'homme, un juge d'instruction avait aussi ouvert une enquête en février dernier, qui aurait pu déboucher sur un procès pour crime contre l'humanité.

Le décès de l'ex-dictateur laissait en tout cas les Haïtiens dans une apparente indifférence. Le pays peine toujours à se remettre sur pied après le séisme meurtrier de début 2010 et les regards sont fixés sur des élections législatives prévues fin octobre, organisées après plus de trois ans d'atermoiements.

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