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Course à la direction du PQ: Conflit ouvert entre Péladeau et Lisée

04/10/2014 04:40 EDT | Actualisé 03/12/2014 05:12 EST

SHERBROOKE,, - Pierre Karl Péladeau refuse catégoriquement de se départir de son empire de presse, quelles que soient les pressions en ce sens exercées par son rival potentiel dans la course au leadership du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée.

Alors que la course débute à peine, le conflit entre les deux probables prétendants au trône éclate au grand jour, annonçant déjà la division des troupes souverainistes et laissant de côté les autres enjeux.

M. Péladeau, qui demeure actionnaire de contrôle de Québecor même s'il est député depuis l'élection d'avril dernier, a affirmé qu'il n'était pas question de vendre l'entreprise fondée par son son père, Pierre Péladeau.

Un tel geste irait à l'encontre de ses «convictions profondes», a-t-il dit en point de presse, samedi matin, en marge de la Conférence nationale des présidentes et présidents (CNPP) du PQ, au cours de laquelle doivent être définies les règles à suivre par les futurs candidats à la succession de Pauline Marois.

Le prochain chef du PQ sera connu le 15 mai, ou le 22 mai si un deuxième tour s'avère nécessaire. La campagne s'étirera donc sur sept longs mois et demi. Les aspirants auront du 14 octobre au 30 janvier pour déposer leur bulletin de candidature.

«Je n'ai pas l'intention de vendre les actions que mon père m'a léguées, un grand bâtisseur du Québec», a réaffirmé M. Péladeau, qui n'a pas voulu dire si sa position pouvait être réévaluée s'il est élu chef du parti le printemps prochain.

Sauf que le député de Rosemont, Jean-François Lisée, juge ce scénario totalement inacceptable, tant sur les plans politique qu'éthique.

À ses yeux, on ne peut pas à la fois être chef du PQ, encore moins premier ministre, et actionnaire de contrôle du principal empire de presse au Québec. Il demande donc au député de Saint-Jérôme de vendre son entreprise ou de renoncer à ses ambitions politiques.

Toute autre avenue constitue une «bombe à retardement» qui rendrait le PQ vulnérable aux attaques de toutes parts et minerait ses chances de reprendre le pouvoir, selon M. Lisée, qui n'hésite pas à affronter publiquement et sans ménagement celui que d'aucuns considèrent déjà comme le meneur de la course.

«Il y a quelqu'un qui doit avoir le cran de le regarder dans les yeux et de lui dire: "Pierre Karl, ça ne marche pas, ça n'a pas de bon sens, et si tu fais ça, tu vas nous mettre dans une vulnérabilité incroyable dans nos débats avec nos adversaires"», a commenté M. Lisée en point de presse, en reprochant au député de Saint-Jérôme de ne pas comprendre l'ampleur du problème et de ne pas vouloir voir les conséquences néfastes de sa situation pour le parti.

L'attaque menée par M. Lisée contre M. Péladeau est devenue rapidement source de malaise et de division au sein du caucus péquiste.

Un partisan de M. Péladeau, le député de Matane, Pascal Bérubé, s'est interrogé sur les motivations réelles de M. Lisée, à cette étape-ci de la course. Selon lui, c'est M. Lisée qui risque d'en sortir égratigné.

Autre candidat probable, le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, a préféré demeurer au-dessus de la mêlée, en disant qu'il ne fallait pas personnaliser le débat.

«Évitons de trop se "maganer", parce qu'il va falloir travailler tout le monde ensemble après la course», a-t-il dit à l'intention de ses collègues. Sur le fond de la question, il a refusé de prendre position, tout comme d'autres rivaux potentiels, Nicolas Marceau, Alexandre Cloutier et Martine Ouellet.

Député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier a dit que M. Péladeau respectait les règles d'éthique en vigueur et qu'il fallait se fier «entièrement» à son jugement.

«Pas de commentaire», a dit la députée de Vachon, Martine Ouellet.

Quant à lui, le président du parti, Raymond Archambault, un ancien journaliste, a jugé qu'il ne voyait «pas de problème» à envisager que le prochain chef du parti soit en même temps à la tête d'un empire de presse. Il a dit souhaiter une campagne au leadership «noble».

Le chef par intérim du parti, Stéphane Bédard, mise sur une course «respectueuse».

Les délégués présents appelés à définir les règles de la course ont rejeté l'idée de «primaires ouvertes», qui était défendue par quelques députés dont Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée. Ces derniers voulaient permettre à des sympathisants qui ne sont pas membres du parti de pouvoir voter pour élire le prochain chef. Le scrutin sera donc réservé aux membres en règle du PQ.

Chaque candidat devra déposer la somme de 20 000 $ pour faire partie de la course et son bulletin devra compter au moins 2000 signatures.

Chacun d'entre eux pourra dépenser un maximum de 400 000 $.

Ce sera l'ex-ministre Jacques Léonard qui présidera la campagne.

En milieu de course, le 30 janvier, le PQ tiendra aussi un conseil national d'orientation.

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