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Nigeria: donné pour mort, le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, réapparaît en vidéo

02/10/2014 09:55 EDT | Actualisé 02/10/2014 09:56 EDT
ASSOCIATED PRESS
FILE - This file image made available Wednesday, Jan. 10, 2012, taken from video posted by Boko Haram sympathizers, shows the leader of the radical Islamist sect Imam Abubakar Shekau. Boko Haram has claimed responsibility for the April 15, 2014, mass abduction of nearly 300 teenage schoolgirls in northeast Nigeria. Even before the kidnapping, the U.S. government was offering up to a $7 million reward for information leading to the arrest of Shekau, whom the U.S. has labeled a specially designated global terrorist. (AP Photo/File)

Donné pour mort par l'armée nigériane, le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, est réapparu dans une nouvelle vidéo jeudi, vantant, sanglantes scènes à l'appui, l'application de la charia dans son "califat islamique" du nord-est du Nigeria.

"Me voilà, en vie. Je ne mourrai que le jour où Allah m'ôtera le souffle", déclare le chef du groupe islamiste dans cette vidéo obtenue par l'AFP.

"Ni Barack Obama, ni Francois Hollande, ni Benjamin Netanyahu, ni Ban Ki-moon, ni la Reine Elizabeth ne me tueront", déclame un Shekau souriant et fanfaronnant, avec à la main son habituel et démesuré bâton de bois lui servant à se nettoyer les dents, traditionnel attribut des jihadistes.

L'armée avait affirmé la semaine dernière que Shekau était mort et que l'homme qui se faisait désormais passer pour lui dans les vidéos de Boko Haram avait également été tué lors d'affrontements avec des soldats dans le nord-est du pays. Mais les Etats-Unis comme de nombreux experts avaient mis en doute les dires de l'armée.

Des responsables de forces de l'ordre locales ont déjà annoncé deux fois la mort du chef de Boko Haram, en 2009 et 2013. A chaque fois, Shekau, qualifié par les Etats-Unis de "terroriste à l'échelle mondiale", était réapparu rapidement en vidéo.

L'homme qui parle dans cette dernière vidéo a la même apparence physique que dans les vidéos précédentes, et qualifie l'annonce de sa mort par l'armée de "propagande".

La vidéo, qui dure 36 minutes, montre Shekau en treillis, chaussé de bottes en caoutchouc, debout à l'arrière d'un pick-up, qui rafale successivement vers le ciel avec une mitrailleuse anti-aérienne, une mitrailleuse 12.7 PKM puis une kalachnikov.

Il parle ensuite pendant 16 minutes, alternant l'arabe, l'haoussa --la langue la plus parlée dans le nord du Nigeria-- et l'anglais, avec son habituel gestuelle emphatique. Il se tient debout devant trois pick-ups, entouré de quatre hommes armés et cagoulés, exhibant en toile de fond le drapeau noir frappé du sceau du prophète Mahomet, emblème des jihadistes dans le monde.

Aucun élément ne permet de déterminer où et quand la vidéo a été tournée.

Lapidation, amputation et coups de fouet

La rébellion Boko Haram qui a éclaté en 2009, et sa répression féroce par les forces de l'ordre nigérianes, ont fait plus de 10.000 morts et 700.000 déplacés. Ces derniers mois, les insurgés se sont emparés de pans entiers de territoires dans le nord-est du Nigeria, et de plusieurs localités frontalières de l'extrême-nord du Cameroun. Shekau y avait déjà proclamé un "califat islamique", selon une précédente vidéo en août, semant la terreur parmi les populations locales.

"Nous dirigeons notre califat islamique. (...) Nous pratiquons les injonctions du Coran sur la terre d'Allah", déclare Shekau cette fois-ci. Suivent, dans une séquence différente, des scènes d'une extrême violence, qui rappellent immanquablement les atrocités diffusées en vidéo ces derniers mois par le groupe Etat islamique en Irak et en Syrie.

Devant un large public de villageois -- hommes, femmes voilées de noir et enfants - rassemblés en plein air dans un paysage de brousse, la caméra filme la lapidation à mort d'un homme accusé d'adultère, puis l'amputation d'une main d'un homme accusé de vol, et l'administration d'un châtiment de cent coups de fouet à un jeune homme et une jeune femme accusés de "fornication".

On ignore d'où proviennent ces images de violences ni quand elles ont été tournées mais le 21 août dernier, des civils ayant fui la ville de Buni Yadi, dans l'Etat de Borno (nord-est), avaient fait état d'exécutions sommaires menées par Boko Haram.

Une précédente vidéo de Boko Haram obtenue par l'AFP le 24 août montrait l'exécution d'une vingtaine d'hommes, apparemment originaires de Gwoza, dans le même Etat, et la lapidation de deux autres hommes.

Dans une autre séquence, Shekau affirme que Boko Haram a abattu un avion des forces armées nigérianes disparu depuis près de trois semaines. La vidéo montre des débris provenant apparemment d'une aile d'un aéronef aux couleurs de l'armée nigérianes et d'un train d'atterrissage. Shekau y prétend que Boko Haram a abattu "plus de dix jets" de l'armée, et menace de faire de même avec tous les aéronefs qui survoleraient les territoires sous contrôle du groupe.

Interrogé par l'AFP, le porte-parole de l'armée de l'air nigériane, le général Dele Alonge, a affirmé que l'Alpha Jet disparu le 11 septembre avec deux pilotes à son bord n'avait toujours pas été retrouvé. Il a qualifié les affirmations de Boko Haram de "pure propagande" et de "foutaises".

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