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L'UPAC arrête un employé de Pomerleau qui offrait des infos au concurrent SNC

30/09/2014 03:10 EDT | Actualisé 30/11/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - L'Unité permanente anticorruption (UPAC) a arrêté mardi un chargé de projet de la firme de construction Pomerleau en lien avec le mégaprojet de 3,7 milliards $ de reconstruction de l'échangeur Turcot, à Montréal.

Éric Carbonneau aurait tenté de livrer des informations stratégiques sur la soumission de son propre employeur à un soumissionnaire concurrent, SNC-Lavalin, en échange d'une somme qui n'a pas été précisée mais qui atteindrait «plusieurs millions de dollars», selon l'UPAC.

L'enquête a permis l'arrestation d'Éric Carbonneau en seulement trois semaines après que SNC-Lavalin eut elle-même signalé aux policiers avoir été approchée par le suspect, ce qui réjouit au plus haut point le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière.

«Je trouve ça encourageant. Nous avons des gens de bonne foi qui savent où porter plainte, qui savent qu'il y aura des choses de faites», a-t-il dit.

Éric Carbonneau, qui est totalement inconnu des policiers, aurait agi seul, a indiqué pour sa part le capitaine André Boulanger, de la Sûreté du Québec, responsable des enquêtes sur la corruption à l'UPAC.

Il a précisé que l'accusé a été arrêté au moment où il s'apprêtait à livrer les informations stratégiques en échange de l'argent.

Il fait face à des accusations de fraude et de commission secrète.

«Le stratagème utilisé par l'accusé Éric Carbonneau témoigne d'un manque profond d'éthique, alors que son intérêt personnel a défié les règles strictes du cadre des appels d'offres publics», a déploré Robert Lafrenière.

La firme Pomerleau, qui a été informée de l'affaire mardi matin, a réagi en fin de journée, par voie de communiqué. Pomerleau se dit «stupéfait et extrêmement déçu d'apprendre qu'un employé aurait tenté de vendre de l'information confidentielle de Pomerleau touchant ce projet, afin d'en tirer des bénéfices personnels». L'employé, qui était en poste depuis moins de deux ans, a immédiatement été suspendu sans solde. Des plaintes ont officiellement été déposées contre lui.

La firme Pomerleau fait partie du consortium Groupement Nouvel échangeur, avec Verreault, Dessau et Roche, qui tente d'obtenir le contrat public pour le mégaprojet de réfection de l'échangeur Turcot. Dans son communiqué, elle affirme avoir collaboré avec les enquêteurs de l'UPAC, «qu'elle remercie de leur vigilance, et réitère son engagement envers le respect des plus hautes normes d'éthique et d'intégrité».

Le ministère des Transports du Québec a confirmé que le processus d'appel d'offres demeurait conforme, à la suite de la nouvelle. Le choix du soumissionnaire retenu est toujours prévu d'ici la fin décembre, et l'UPAC a confirmé que les candidats au projet sont toujours admissibles, puisque les faits reprochés sont l'oeuvre d'une seule personne, et non d'une entreprise.

Selon le ministère, troisgroupes sont dans la course pour obtenir le contrat pour ces travaux d'envergure, qui doivent être complétés pour 2020.

M. Lafrenière a dit n'être guère surpris par cette tentative, même si SNC-Lavalin est une firme particulièrement surveillée depuis que les affaires de corruption et de collusion défraient les manchettes sur une base quotidienne.

«Malgré toutes les mesures en répression, en vérification et en prévention, il y a encore des gens qui se pensent au-dessus de la loi», a indiqué M. Lafrenière en conférence de presse.

«Nous recevons, bon an mal an, environ quatre dénonciations par jour qui nous viennent des citoyens. Il y a encore beaucoup de choses à faire», a-t-il ajouté.

En fait, le commissaire ne cache pas qu'il serait davantage préoccupé par la situation inverse. «Si on tombait 'silence radio' sur tous ces événements, là ce serait plus inquiétant», a-t-il confié aux journalistes.

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