POLITIQUE

PKP tient des propos étranges et déconnectés, selon Philippe Couillard

29/09/2014 12:46 EDT | Actualisé 29/11/2014 05:12 EST
CP

QUÉBEC - Pierre Karl Péladeau tient des propos étranges, estime le premier ministre Philippe Couillard.

Le chef du gouvernement libéral juge en effet «bizarres» et déconnectées de la réalité les critiques formulées par l'aspirant éventuel à la direction du Parti québécois à l'endroit du président allemand, Joachim Gauck.

De passage à Québec en fin de semaine dernière dans le cadre d'une mission économique, le président Gauck, en présence de M. Couillard, a dit être «heureux» que le Québec ne se soit pas séparé du Canada lors du référendum de 1995.

M. Péladeau n'a pas apprécié cette sortie d'un dignitaire étranger en faveur de l'unité canadienne et il l'a fait savoir sur sa page Facebook.

Le richissime actionnaire de contrôle de l'empire Québecor reproche au président de la république fédérale de s'être immiscé dans le débat national québécois. Il fait un parallèle entre le rapatriement de la Constitution canadienne sans l'accord du Québec en 1982 et le régime communiste imposé à l'Allemagne de l'Est après la défaite nazie.

«Ce président originaire de l'Allemagne de l'Est et ayant combattu le régime communiste imposé par les Accords de la conférence de Yalta au moment de la Deuxième Guerre mondiale, s'est-il correctement interrogé, lui qui vit en régime fédéral, s'il est légitime d'imposer une constitution à un pays et à une nation telle que la Constitution de 1982 de Pierre Trudeau l'a infligé au Québec?», écrit le député de Saint-Jérôme sur son compte personnel.

«Outre l'écart diplomatique, peut-être aurait-il pu se montrer plus respectueux à l'endroit des millions de Québécois qui partagent l'idée contraire? Il y a lieu également de s'interroger sur le travail préparatoire requis en de telles circonstances», poursuit-il.

En point de presse lundi à Québec pour le lancement du «Plan culturel numérique», le premier ministre Couillard a esquissé un sourire lorsqu'un reporter lui a demandé de commenter l'analyse de M. Péladeau.

Il a dit trouver «étrange» la comparaison entre le dépeçage par les Alliés de l'Allemagne vaincue et le régime constitutionnel auquel doit s'astreindre le Québec.

La situation du Québec contemporain est fort différente de celle de l'Allemagne de l'Est placée sous le joug communiste, a fait remarquer le premier ministre, invitant au passage M. Péladeau à «garder contact avec la réalité».

«Nous sommes dans une société démocratique, une société de droit, toutes nos libertés fondamentales sont garanties, nous sommes un peuple loin d'être opprimé, au contraire. Je pense qu'il faut avoir une certaine retenue dans ce genre de comparaison», a-t-il dit.

M. Couillard a aussi jugé «bien susceptibles» les députés péquistes _ M. Péladeau et Carole Poirier en particulier _ qui ont perçu comme de l'ingérence politique le plaidoyer en faveur de l'unité canadienne du président allemand.

«Que ce soit M. Clinton, M. Obama, M. Sarkozy quand il était président de la république, les gens, dans le tumulte mondial actuel, reconnaissent la spécificité du Québec, son caractère distinct, mais ils sont contents d'avoir une stabilité géopolitique en Amérique du Nord, notamment au Canada. Ce n'est pas nouveau comme position», a dit le premier ministre.

Selon M. Couillard, la levée de boucliers des élus péquistes face à «l'ingérence» étrangère cache «beaucoup de condescendance» envers le peuple québécois, qui serait incapable, à leur avis, d'exercer son propre jugement sur la question nationale.

«Les gens ont tout à fait la capacité de juger de ces paroles, de les placer dans le contexte politique québécois et de se souvenir que ces décisions politiques se prennent au Québec par les Québécois et les Québécoises», a soulevé M. Couillard.

Le premier ministre n'a pas poussé ses critiques plus avant et a évité d'accuser d'ingérence les nombreux députés du Parti québécois qui sont allés battre la mesure en faveur du Oui dans la campagne référendaire écossaise.

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