DIVERTISSEMENT

«One Manu Show»: Emmanuel Bilodeau gagne son pari (VIDÉO/PHOTOS)

26/09/2014 05:46 EDT | Actualisé 26/09/2014 05:47 EDT

Attendu, le One Manu Show? C’est le moins qu’on puisse dire. Le Tout-Montréal s’était donné rendez-vous au Monument-National, jeudi soir, pour la «première mondiale» du spectacle solo d’Emmanuel Bilodeau, autoproclamé «le plus vieil humoriste débutant de l’histoire du Québec». Des politiciens, des comédiens, des artistes de Star Académie et de La voix, chaque centimètre du tapis rouge qui bordait le boulevard Saint-Laurent était occupé par des célébrités, dont plusieurs avaient en main le masque de carton du visage d’Emmanuel qu’on distribuait à l’entrée, une amusante idée.

Et tous ont applaudi l’étoile du moment avec effusion lorsque celle-ci s’est présentée sur scène. Visiblement, toute la colonie artistique était derrière le «nouveau venu» et espérait le voir réussir son pari, lui qui tente l’expérience one man show pour la première fois de sa carrière. Mais nul n’avait besoin de s’en faire ; «Manu» a aisément relevé le défi. Jonglant entre les anecdotes personnelles et les réflexions sociales, l’acteur, qui en a apparemment long à dire, a le gag fin et intelligent, parfois caustique, jamais méchant, toujours pertinent.

Seule la livraison a parfois fait défaut, jeudi ; probablement nerveux, l’homme débitait ses phrases à une cadence effrénée et mâchait ici et là ses mots. Le public pouvait ainsi échapper certains bouts de phrases. Mais, on le répète, le contenu, lui, est impeccable.

Vie de papa

D’ailleurs, le One Manu Show, un projet chapeauté par Productions J, commence fort alors que sa tête d’affiche égratigne sa productrice, Julie Snyder, et Pierre Karl Péladeau, le «député du Parti Québecor», qui «fait du vélo en malade». Emmanuel s’introduit ensuite lui-même en expliquant qu’il n’a pas joué «juste dans des films indépendants plates», et en demandant à ceux qui l’ont vu dans LOL, à TVA, de l’applaudir. Seul hic, il n’a jamais joué dans LOL. Une belle entrée en matière, qui prouve que l’artiste ne craint pas l’autodérision et est prêt à se mouiller.

Celui qui a célébré ses 50 ans il y a quelques semaines est papa de trois chérubins de deux, quatre et seize ans. Il subit donc simultanément les contrecoups de trois périodes ingrates de l’existence: le terrible two, le fucking four et le sweet sixteen. Une source intarissable d’inspiration pour un humoriste. Emmanuel parle de chacun de ses enfants en termes dignes des Beaux malaises, mais c’est lorsqu’il décrit sa fille adolescente qu’il vise le plus dans le mille. «J’ai pas entendu sa voix depuis deux ans, elle communique uniquement par texto», déplore-t-il. Quand il décrit les amies de sa fille («des beaux grands légumes pas lavés»), il les désigne en imitant la sonnerie de cellulaire qui leur est associée.

Juste après, la table est mise pour enchaîner avec le récit de sa propre enfance, dans un clan de 12 gamins. Il raconte une épopée en camping avec les siens et s’avère absolument savoureux lorsqu’il imite son père, d’un timbre grave et sérieux.

Deux personnages viennent compléter ce tableau essentiellement fondé sur le stand up, le vieillard porte-parole de l’AVC (Association des vieux crisses) et Tony Tomato, ce mafioso ami des politiciens, tous les deux vus dans des galas Juste pour rire. Heureusement, Emmanuel a rafraîchi leurs discours, et a usé du prétexte pour décocher quelques flèches sur le sort des personnes âgées et badiner gentiment sur Denis Coderre, alias «Denis Kodak» ou «Kid Coderre», Philippe Couillard et les bélugas de Cacouna.

Authenticité

Et le propos coule ainsi, naturellement, rempli de clins d’œil perspicaces et brillants. Emmanuel Bilodeau envoie quelques coups de gueule politiques, autant à gauche qu’à droite, à un parti et à l’autre. Il se questionne sur le sens de la vie, sur son legs à ses enfants, est souvent touchant d’authenticité.

Tout au long de la soirée, jeudi, les rires qui ont ponctué les différents numéros du One Manu Show étaient sincères et sentis. En plus d’être véritablement apprécié de ses pairs, Emmanuel Bilodeau est sympathique et attachant. Il a le chic pour mettre la salle dans sa poche grâce à sa simplicité et son charisme. Sa mise en scène, sobre, dont le décor repose principalement sur un assemblage de chaises suspendues dans les airs, à l’endroit, à l’envers, qui s’éclairent à l’occasion, laisse toute la place à sa verve, et c’est tant mieux. Les véritables vedettes, ce sont lui et son amour des mots, avec lesquels il joue avec grâce et facilité.

Emmanuel achève son tour de piste avec un discours de politicien très songé, engagé, mi français, mi anglais, sur fond de souverainisme, parsemé de trouvailles originales. Et on se surprend à penser que le pilier du One Manu Show causerait probablement un malheur à l’Assemblée nationale...

Emmanuel Bilodeau et son One Manu Show seront en tournée dans 35 villes du Québec d’ici la fin de 2015. Consultez le www.emmanuelbilodeau.com pour toutes les dates. Les représentations du 26 et 27 septembre, au Monument-National, affichent déjà complet, mais des supplémentaires ont été ajoutées, au Théâtre Saint-Denis, les 6 et 7 février.

MANU SHOW - Spectacle d'Emmanuel Bilodeau

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