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Les musulmans modérés condamnent l'extrémisme du groupe État islamique

26/09/2014 06:18 EDT | Actualisé 26/11/2014 05:12 EST

PARIS - Dans leurs gazouillis, leurs manifestations et leurs lettres ouvertes, les musulmans modérés autour du monde plaident que les extrémistes de l'organisation État islamique (ÉI) ne représentent pas leur religion.

Plusieurs d'entre eux sont frustrés de vivre les contrecoups de cet amalgame entre l'islam et les djihadistes du groupe ÉI.

La diffusion, mercredi, d'une vidéo montrant la décapitation d'un alpiniste français par des extrémistes en Algérie a provoqué la colère des musulmans français et européens. Ils regrettent d'avoir à se défendre pour des gestes atroces qui ne représentant aucunement leur religion.

Hervé Gourdel a été le cinquième otage occidental à être exécuté par les extrémistes de l'ÉI en raison des frappes aériennes menées sur les territoires qu'ils contrôlent en Irak et en Syrie.

Le dirigeant de la plus grande mosquée française a d'ailleurs appelé les musulmans à se rallier à Paris, vendredi, pour condamner la mort de M. Gourdel et s'unir contre le terrorisme. Près de 500 personnes, qui se sont dites atterrées et horrifiées par les événements, ont participé à la marche.

«Ils (les musulmans) sont doublement touchés, parce que ce crime concerne un de nos compatriotes, mais aussi parce qu'il a été perpétré au nom de notre religion», a expliqué Tareq Oubrou, imam de la mosquée de Bordeaux.

Le débat s'est aussi déplacé sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, le mot-clic #pasenmonnom a inspiré plusieurs musulmans francophones à dénoncer l'extrémisme.

La campagne a été inspirée par des musulmans britanniques, qui ont voulu condamner l'extrémisme de façon caustique avec #Muslimapologies (Excuses musulmanes), où les internautes «s'excusent» pour tous les maux du monde.

«Nulle part, dans le Coran, on dit d'attaquer les autres religions ou les autres nations. Décapiter des gens est vraiment un geste méprisable. Si les raids aériens peuvent aider à ce que ces idées fondamentalistes et agressives cessent de s'étendre, je suis tout à fait pour», a indiqué Enes Mustafic, 65 ans, qui a participé au rassemblement de vendredi à Paris.

Un autre participant, Omar Jamak, se demande comment certaines personnes peuvent faire un rapprochement entre l'islam et l'extrémisme.

«Personne ne peut être malveillant avec les autres, selon l'islam. Personne n'a ce droit. Je suis contre ce qu'ils font là-bas (en Irak et en Syrie), comme toute personne saine d'esprit», a-t-il expliqué.

Un sondage mené par le quotidien français «Le Figaro», qui demandait aux internautes si les musulmans avaient suffisamment condamné les gestes du groupe ÉI, a suscité plusieurs réactions négatives.

Rachida Dati, mairesse du 7e arrondissement de Paris et fille d'immigrants algériens, avait alors déploré la «confusion entre l'islam et le fondamentalisme». Le journal a présenté ses excuses le lendemain pour avoir posé une question «maladroite».

Dawud Walid, un musulman noir qui siège au Conseil sur les relations entre l'islam et les États-Unis, estime que les nouvelles sur l'organisation ÉI sont frustrantes dans sa position. M. Walid s'est récemment fait reprocher son implication dans le débat sur la mort de Michael Brown, un jeune Noir du Missouri.

«J'ai reçu des appels et des courriels de mes compatriotes, qui me disaient "Pourquoi êtes-vous inquiet sur ce qui se passe à Ferguson? Arrêtez le groupe État islamique." C'est ridicule. (...) Ma première responsabilité, en tant que citoyen américain, est de faire des États-Unis un endroit plus équitable. Les habitants de la Syrie et de l'Irak ne peuvent même pas régler leurs propres problèmes. Que devrais-je pouvoir faire de Detroit?», a lancé M. Walid.

Des leaders musulmans et des universitaires américains ont écrit une lettre ouverte mercredi pour dénoncer les actions du groupe islamiste.

Muqtedar Khan, professeur de science politique à l'université du Delaware, estime que les événements du 11 septembre 2001, et la marginalisation des musulmans qui s'est ensuivie, n'a pas ébranlé le pouvoir des extrémistes.

«Ils (les musulmans modérés) commencent à réagir comme ils auraient dû le faire le 12 septembre 2001 (...) Les musulmans sont exaspérés de ces groupes qui n'apportent rien de positif dans leur société», a souligné M. Khan.

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