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Forages à Cacouna: Heurtel refuse d'assumer le blâme pour le ratage

25/09/2014 10:42 EDT | Actualisé 25/11/2014 05:12 EST

QUÉBEC - Le ministre de l'Environnement, David Heurtel, refuse d'assumer le blâme pour le cafouillage entourant les travaux de forage de TransCanada au large de Cacouna.

Il montre plutôt du doigt les fonctionnaires de son ministère, responsables de l'émission du certificat d'autorisation délivré au promoteur de l'oléoduc Énergie Est.

«Ça vient de la direction régionale du ministère de l'Environnement», a déclaré le ministre, jeudi en point de presse, tentant de justifier sa conduite dans le dossier.

«J'étais au courant qu'il y avait une demande de certificat d'autorisation, j'étais également au courant qu'il allait y avoir émission d'un certificat d'autorisation assorti de conditions très sévères, et moi, ce que j'ai demandé comme ministre à ce moment-là: Est-ce qu'il y a une base scientifique et est-ce que les normes ont été suivies? On m'a assuré que oui», a-t-il relaté.

Avec cette assurance, M. Heurtel n'a pas jugé bon intervenir plus avant.

«Je ne m'immisce pas dans des processus administratifs. Il y a des normes qui doivent être suivies, et ce n'est pas au ministre de s'immiscer dans les processus administratifs», a-t-il affirmé, laissant entendre que le dossier de Cacouna en est un parmi des milliers d'autres. «Il y a plus de 5000 demandes de certificats d'autorisation chaque année au Québec», a-t-il souligné pour illustrer ses dires.

Plus tôt cette semaine, la Cour supérieure du Québec a ordonné l'arrêt des forages géotechniques jusqu'au 15 octobre, jugeant déraisonnable l'autorisation de ces travaux dans une «pouponnière» de bélugas.

Dans sa décision, le tribunal relève entre autres «qu'aucun des représentants du ministère ayant travaillé sur le dossier ne connaît les mammifères marins» et que «Pêches et Océans Canada a refusé de donner un avis scientifique formel au ministère de l'Environnement».

Malgré l'absence d'informations scientifiques et «pour des raisons inexpliquées», ajoute la Cour, le ministère a délivré le certificat d'autorisation à TransCanada.

M. Heurtel n'a pas fourni d'explication à ce sujet, invoquant le processus judiciaire en cours.

«La preuve n'est pas terminée, le dossier est encore ouvert. Allons au bout des procédures, obtenons un jugement final sur l'injonction permanente, et, là, après ça, je pourrai commenter. D'autant plus qu'il y a des faits additionnels qu'il faut obtenir. Il faut comprendre exactement qu'est-ce qui s'est passé dans l'émission (du certificat d'autorisation), si toutes les étapes ont été respectées», a-t-il dit.

M. Heurtel a annoncé qu'il entendait revoir les étapes administratives qui ont mené à la délivrance du certificat d'autorisation. Il a aussi promis d'établir «une meilleure communication» entre son ministère et Pêches et Océans Canada, l'autorité fédérale qui dispose de l'expertise en matière de protection des mammifères marins.

«Il y a des questions sérieuses qui sont soulevées, d'où les deux demandes que j'ai faites au ministère, tant au niveau de revoir le processus administratif qui a mené à l'émission, voir si tout a été suivi selon les règles de l'art, et, deuxièmement, voir si, au niveau des échanges avec Pêches et Océans Canada, il y a moyen d'améliorer, parce que, clairement, il y a au niveau de l'échange d'information des choses à améliorer», a-t-il concédé.

Pour l'opposition péquiste, il est clair que le ministre Heurtel n'a pas fait son travail et tente de jeter le blâme sur des subalternes. La seule chose qui lui reste à faire, selon le député Sylvain Gaudreault, est de révoquer immédiatement le certificat d'autorisation émis à TransCanada.

«Le ministre met ça sur le dos des fonctionnaires, sur le dos de la direction régionale», a dénoncé le porte-parole du Parti québécois en matière d'environnement.

«Est-ce qu'il est responsable? Le jugement est très clair, il remet en question la décision du ministre. Quand est-ce que le ministre va révoquer le certificat d'autorisation? Il n'a que cela à faire parce que c'est manifestement déraisonnable, et c'est un juge qui le dit», a lancé M. Gaudreault, n'obtenant nulle réponse à sa question.

Quant à lui, le député Amir Khadir, de Québec solidaire, a dénoncé «l'influence des lobbys» du pétrole sur le gouvernement libéral et les relations incestueuses qui en découlent.

Dans le cas de TransCanada, il a fait remarquer que le lobbyiste et porte-parole de la société, Philippe Cannon, a été chef de cabinet de deux ministres libéraux dans le passé, Christine St-Pierre et Line Beauchamp.

À cela s'ajoutent les accointances du Parti libéral du Québec (PLQ) avec Power Corporation, qui a des intérêts dans l'exploitation des sables bitumineux.

«Le ministre (Heurtel) a agi avec une telle servilité devant TransCanada qu'il est complètement discrédité. Les sables bitumineux, c'est 5 milliards $ d'investissement pour un ami important et influent du Parti libéral, la famille Desmarais, Power Corporation», a-t-il soutenu.

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