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La firme albertaine Stantec met la main sur les actifs d'ingénierie de Dessau

24/09/2014 09:47 EDT | Actualisé 24/11/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - Le tumulte des dernières années qui a plongé Dessau dans un processus de recapitalisation aura finalement eu raison des activités d'ingénierie de la firme montréalaise, puisque celles-ci ont été vendues à la firme Stantec (TSX:STN).

Cette société albertaine a annoncé mercredi l'achat de cet actif, qui lui permettra d'ajouter quelque 1300 employés au Québec pour renforcer «considérablement» sa présence dans un marché où elle était peu présente.

Le montant de la transaction n'a pas été divulgué. Les activités d'ingénierie représentent moins de la moitié du nombre total d'employés du Groupe Dessau, qui en compte 2800.

«Ce qui se passe actuellement, c'est une conséquence directe des gestes qui ont été posés à l'époque», a laissé tomber la présidente-directrice générale de Dessau, Isabelle Jodoin, au cours d'une entrevue téléphonique.

Les deux dernières années ont été particulièrement difficiles pour Dessau, qui a vu sa réputation être entachée, notamment par des allégations de financement politique illégal ainsi que par les témoignages de certains de ses ex-dirigeants devant la Commission Charbonneau.

La firme montréalaise avait été forcée de revoir ses pratiques déontologiques après avoir été temporairement mise à l'index, en juin 2013, en vertu d'une décision défavorable de l'Autorité des marchés financiers (AMF).

À la tête de l'entreprise fondée par Jean-Paul Desjardins et Paul-Aimé Sauriol en 1957, les frères Rosaire et Jean-Pierre Sauriol avaient aussi quitté la firme dans la foulée du ménage effectué au sein de sa haute direction.

En processus de recapitalisation, Dessau avait également vendu, en mai dernier, une de ses principales filiales, LVM.

«On souhaiterait que cela ne se soit jamais produit pour avoir conservé ce que nous étions», a dit Mme Jodoin.

Malgré la vente des actifs d'ingénierie, la pdg de Dessau a voulu se montrer rassurante quant à la possibilité que des synergies entre les deux entreprises puissent se traduire par des suppressions d'emplois, comme c'est souvent le cas.

«La meilleure garantie que nous avons, c'est que nous sommes très complémentaires, autant au niveau géographique que pour l'expertise, explique-t-elle. Stantec souhaite être présent depuis plusieurs années au Québec. Ils ont besoin de toute notre capacité de gestion ici et d'organisation.»

En conférence téléphonique, après la clôture des marchés financiers, le président et chef de la direction de Stantec, Bob Gomes, a confirmé ces arguments en rappelant que l'effectif avait déjà été réduit chez Dessau.

«Nous voyons des occasions d'ajouter rapidement du personnel pour tenter de décrocher des projets, a-t-il dit aux analystes. Nous ne voyons pas d'autres réductions d'employés à court terme.»

Questionné sur ce dossier à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Économie, Jacques Daoust, a reconnu que la firme montréalaise avait connu des difficultés et qu'elle se trouvait dans une position «vulnérable».

«Pour la firme qui a fait l'acquisition, c'est une activité complémentaire, a-t-il dit. On semble pouvoir sauver des emplois. L'important pour moi c'est qu'il y a 20 bureaux de Dessau au Québec et 1300 emplois et c'est cela qu'il faut préserver.»

Les défis rencontrés par Dessau n'ont pas semblé freiner les ardeurs de Stantec, qui croit que «l'évolution du marché» québécois depuis deux ans justifie cette acquisition, dont la clôture est prévue pour le premier trimestre de l'exercice 2015.

«Nous avons effectué nos recherches en ce qui a trait à l'éthique, a souligné M. Gomes. Malgré les difficultés des deux dernières années, Dessau est maintenant plus forte et meilleure.»

Selon lui, Stantec profitera de l'expertise de Dessau dans les secteurs de la santé, de l'eau, de l'électricité et de l'énergie ainsi que des infrastructures. L'entreprise dit avoir effectué les démarches auprès de l'AMF pour obtenir son approbation afin de soumissionner sur des contrats publics.

Les filiales Plania (urbanisme) et Gestrans (transport collectif) sont concernées par la transaction, alors que Verreault (Construction), Simo et Sogep (exploitation) ainsi que les activités internationales demeurent au sein de Groupe Dessau.

«Sans transaction, nous aurions continué à opérer de la façon actuelle, a rappelé Mme Jodoin. Quand on ne peut pas se développer, aller chercher des plus grands projets, il y a certains risques, et on ne voulait pas tomber là-dedans. La concurrence est forte.»

En dépit de la vente des activités d'ingénierie, celle qui dirige le Groupe Dessau se dit toujours «ouverte» à envisager le remboursement de sommes liées à la collusion ainsi qu'à la malversation.

«Nous n'avons pas beaucoup d'informations par rapport aux intentions du gouvernement (Couillard), a dit Mme Jodoin. Nous sommes toujours intéressés à collaborer. Le Groupe Dessau doit solutionner ces enjeux.»

Dessau sera vraisemblablement la seule responsable dans ce dossier, puisque Stantec a laissé entendre qu'elle n'aurait pas à se mêler du remboursement de ces sommes.

«C'est un aspect (de la transaction) où nous nous sommes protégés, a indiqué son chef de la direction financière, Dan Lefaivre. Nous ne nous attendons pas à nous mêler de cela.»

Selon divers analystes financiers, cette acquisition devrait permettre à Stantec de bonifier ses revenus annuels de 130 millions $ et d'ajouter jusqu'à 13 millions $ à son bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements.

Stantec compte plus de 14 000 employés — dont 70 à Montréal — répartis à travers 230 bureaux aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Moyen-Orient, notamment.

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