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Ebola: le CDC craint 1,4 million d'infections d'ici janvier si rien ne change

23/09/2014 08:55 EDT | Actualisé 23/11/2014 05:12 EST

LONDRES - On pourrait dénombrer 21 000 infections au virus d'Ebola d'ici six semaines, et 1,4 million à la mi-janvier, à moins que les efforts déployés pour combattre l'épidémie ne soient grandement accélérés, prévient une analyse de données de l'OMS publiée mardi par le prestigieux New England Journal of Medicine.

Depuis la détection des premiers cas il y a six mois, le bilan atteint quelque 5800 infections en Afrique de l'Ouest. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) témoigne d'une croissance exponentielle du nombre de cas et craint que l'Ebola ne continue à faire des victimes pendant encore des années, si de meilleures mesures de contrôle ne sont pas mises en place.

L'agence onusienne de la santé prévient depuis longtemps que le bilan officiel sous-estime probablement gravement l'ampleur réelle de la crise. Par exemple, l'OMS a noté mardi que le bilan réel au Libéria, le pays le plus durement touché par l'épidémie, ne sera peut-être jamais connu, puisque les corps des victimes mortes dans un bidonville surpeuplé ont simplement été jetés dans une rivière.

En Sierra Leone, la quarantaine de trois jours imposée à travers le pays le week-end dernier a permis de retrouver au moins 130 nouvelles victimes, et on attend les résultats des tests menés sur 70 autres personnes. Le ministre adjoint des Affaires politiques et publiques, Karamoh Kabba, a indiqué aux journalistes que 92 corps ont été récupérés. Le président Ernest Bai Koroma a annoncé mardi que l'exercice pourrait être répété prochainement. La communauté internationale s'est tout d'abord montrée sceptique face à cette quarantaine, mais un expert britannique a admis mardi qu'il s'agit d'une «innovation» intriguante.

En prenant partiellement pour acquis que le nombre de cas réel est sous-calculé, les Centres américains de contrôle et de prévention de la maladie (CDC) évoquent, d'ici la fin du mois de septembre, 21 000 cas seulement au Libéria et en Sierra Leone — un bilan qui pourrait exploser à 1,4 million de victimes d'ici la fin du mois de janvier.

Les experts préviennent toutefois que ces prédictions ne tiennent pas compte de la réponse médicale.

«On commence à voir des signes qui nous permettent d'espérer que cette hausse du nombre de cas ne surviendra pas, a dit le directeur de la stratégie pour l'OMS et co-auteur de l'étude, Christopher Dye. C'est un peu comme les prévisions météorologiques. On peut le faire quelques jours d'avance, mais il est très difficile de prédire quelques semaines ou mois d'avance.»

Les auteurs de l'étude calculent aussi un taux de mortalité d'environ 70 pour cent parmi les patients hospitalisés, même s'ils font remarquer que plusieurs cas ne sont identifiés qu'après la mort du patient. L'épidémie a jusqu'à présent fait 2800 morts. M. Dye indique que rien ne permet de croire que l'épidémie actuelle est plus ou moins contagieuse que les précédentes.

Les prévisions des CDC ne font toutefois pas l'unanimité. Le docteur américain Richard Wenzel, qui dirigeait auparavant la Société internationale des maladies contagieuses, estime ainsi qu'elles sont «quelque peu pessimistes» et qu'elles ne tiennent pas compte des efforts déjà déployés.

D'autres experts croient que la progression de l'Ebola sera éventuellement freinée non seulement par les mesures de prévention, mais aussi par une modification des comportements de la population.

«C'est une supposition énorme de croire que la réponse actuelle à l'épidémie ne changera en rien, a dit le docteur Armand Sprecher, de Médecins sans frontières. Les épidémies d'Ebola prennent habituellement fin quand les gens cessent de toucher les morts. L'épidémie ne cessera pas demain, mais il y a des choses qu'on peut faire pour amoindrir le bilan.»

Le docteur Sprecher a aussi rappelé que les maladies qui persistent dans l'environnement deviennent habituellement moins contagieuses.

M. Dye et ses collègues anticipent éventuellement des milliers de nouveaux cas par semaine, pour atteindre 21 000 à la fin novembre. Il a dit s'inquiéter de voir de nouveaux cas éclore dans des secteurs, comme des coins de la Guinée, où l'Ebola n'avait pas auparavant été signalé.

Les scientifiques ont prévenu que la réponse des prochains mois sera cruciale.

«La fenêtre ouverte pour contrôler cette épidémie commence à se refermer», a dit Adam Kucharski, un chercheur de la London School of Hygiene and Tropical Medicine.

Pour leur part, les ministres européens de la Santé estiment que le risque est «faible» de voir l'Ebola atteindre le continent, mais ils admettent qu'ils doivent renforcer leurs mesures de coordination et de prévention pour parer à toute éventualité. Ils ont fait ces commentaires au terme d'une rencontre de deux jours à Milan, en Italie, où on s'inquiète des milliers de migrants clandestins qui arrivent d'Afrique chaque jour.

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