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CEIC: Montréal a vécu une «tempête parfaite» avec son système de collusion

23/09/2014 10:32 EDT | Actualisé 23/11/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - Avec le système de collusion entre entrepreneurs et de corruption de fonctionnaires qui y a sévi pendant des années, la Ville de Montréal a connu «une tempête parfaite», a opiné mardi le vérificateur général de la Ville, Jacques Bergeron.

Devant la Commission Charbonneau, le vérificateur général a soutenu qu'avec ce qui a été révélé à la commission au fil des témoignages, ce système était si élaboré qu'il était difficile à détecter.

«L'autre élément qui est important, c'est la collusion interne entre les employés et les dirigeants de la Ville. De ce que je comprends, c'est que la chaîne de commandement elle-même était corrompue. Ici, on a vraiment ce qu'on appelle une tempête parfaite», a-t-il conclu.

Si un vérificateur avait voulu, par exemple, chercher des documents pour vérifier la validité d'un contrat, il en aurait trouvé, mais ces documents auraient été inexacts. «On va avoir des documents qui vont être présents, mais qui ne seront pas véridiques, et qui sont autorisés par des gens qui eux-mêmes sont dans le système. Donc, c'est un système parfait», a-t-il résumé.

M. Bergeron a rappelé qu'en 2006, il y avait eu une vérification de contrats en comparant les prix payés par la Ville au prix suggéré par un logiciel distinct, et qu'on n'y avait pratiquement pas décelé d'écarts. Or, selon les témoignages entendus à la commission, plusieurs de ces contrats avaient été truqués par les entrepreneurs.

«À l'époque, on n'a pas vu d'indices, puis on n'en voit pas encore. Et on ne comprend pas ce tableau-là», a-t-il avoué, ajoutant que puisqu'il y a eu collusion entre entrepreneurs, il devrait y avoir des écarts de prix.

Du même souffle pourtant, il s'est dit surpris que personne d'honnête à l'époque n'ait dénoncé la situation qui a prévalu des années durant.

«C'est très surprenant qu'il n'y ait pas eu de dénonciation de gens qui auraient peut-être pu observer ce genre de situations-là. Probablement par peur des représailles. Des personnes ont vraiment peut-être vu des choses, mais elles n'ont pas voulu en parler. C'est un système qui était tellement gros, tellement vaste, de la manière qu'il a été décrit à la commission! C'est pratiquement impossible que des gens honnêtes à la Ville n'aient pas vu ce stratagème-là», a-t-il opiné.

M. Bergeron a formulé plusieurs recommandations, parmi lesquelles une voulant que la ligne éthique, destinée aux dénonciations de tous ordres, qui est passée du bureau du Contrôleur général à celui du Vérificateur général, puis à l'Inspecteur général, lui soit retournée.

Il a lui-même souhaité une clarification des rôles entre ceux du Vérificateur général, de l'Inspecteur général et du Contrôleur général de la Ville de Montréal. «Il y a beaucoup de généraux à la Ville. Ce qu'on peut constater, c'est que les gens sont beaucoup mêlés. Et même les élus sont mêlés par rapport à ça.»

Le vérificateur général de Montréal a aussi dénoncé le fait que ses employés soient syndiqués. Il y voit un problème de «double allégeance» envers le Bureau du vérificateur et le syndicat.

Il s'est également plaint à la commission d'enquête de sa propre rémunération. Son salaire, ainsi que celui de son adjoint et des employés du bureau devraient «correspondre au statut et à l'importance du VG pour une municipalité», a-t-il critiqué.

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